Élection de rêve au pays du bonheur! Merci Mesdames

Chronique

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C’est si bon. Si apaisant. Alors qu’en France les gilets jaunes font prendre une veste à Macron, que Genève s’enferre dans une affaire maudite, que les «démocratures» fleurissent un peu partout, la Suisse a donné ce mercredi le spectacle d’une démocratie touchant à la perfection. Du moins selon les standards confédéraux.

Au terme d’une campagne lisse, sans coups bas, d’une discrétion toute helvétique, sans excès médiatique, l’élection s’est déroulée selon un rituel réglé au millimètre. Rapide, efficace, consensuelle, harmonieuse, ennuyeuse, respectueuse. Aucune surprise, pas le plus petit éclat. Tout était dit d’avance. En plus, l’élection fut historique. Jamais deux femmes ne furent élues d’un coup, d’un seul, au gouvernement. Pas des femmes alibis, deux femmes de tête, une Saint-Galloise et une Valaisanne, qui portent au Conseil fédéral, l’une la Suisse orientale qui a attendu patiemment son tour, l’autre les régions de montagne et donc le respect des traditions. Une victoire des femmes, de l’intelligence et des équilibres.

La Suisse s’est rarement montrée sous un jour à la fois aussi moderne et authentique. Les perdants sont partis la tête haute. Et même les sortants étaient plus beaux que nature sous les feux du départ. Doris Leuthard, radieuse, charismatique et brillante comme toujours. Johann Schneider Amman, irrésistible comme il ne l’a été qu’une fois dans sa carrière bien malgré lui. Ceux qui l’ont côtoyé lui connaissaient ce brin d’humour distillé au compte-goutte. Mais là, il s’est surpassé. Un peu plus et on le réélisait pour un tour. Qui dit mieux?

À 10h30, l’affaire était donc poutzée et le gouvernement reconstitué pour un bon bout de temps. La vie pouvait continuer. Près d’un tiers de l’Exécutif a été remplacé sans que le peuple ne s’en préoccupe, voire ne s'en rende compte, alors qu’en politique, il se mêle de tout, démocratie directe aidant.

Heureux pays, et dirigeants, qui après des crises de gouvernance sévères retombe toujours sur ses pieds. Rien ne semble pouvoir faire dérailler cette Suisse dotée d’une formidable capacité de résilience, d’une inertie de tanker et pratiquant une politique des petits pas guidée par la recherche constante du consensus. Un bijou de stabilité dans un monde devenu fou.

Au cours des six dernières semaines, j’ai parcouru les six cantons romands afin de prendre le pouls des «Welsches» à la veille des élections. Mauvaise idée. Le cœur des Romands ne bat pas; pour les élections au gouvernement s’entend. Ils s’en moquent. Ignorance crasse des processus démocratiques ou désintérêt pour la chose publique? Ni l’un ni l’autre. Les Romands, comme probablement la grande majorité des confédérés, gardent confiance dans leurs institutions et gouvernement. La dépersonnalisation extrême de l’exécutif et la collégialité qui va avec les rassurent. Combien de fois n’ai-je entendu les propos suivants: «Ces élections ne vont rien changer.» Bien sûr que la critique est aussi de mise mais le plus souvent le désintérêt affiché masque une bonne dose de confiance en «Berne».

Tout serait donc pour le mieux dans la meilleure des Suisse. Illusion bien sûr. Chacun en est conscient, les démunis en premiers. Est-ce que la Suisse, dans sa nouvelle configuration, est parée pour relever les défis de demain? Non. Climat, migration, digitalisation, inégalités. Les changements s’accélèrent. La politique de la tête dans le sable atteint ses limites. Et comme me le disait avec un réalisme déconcertant un étudiant en informatique de l’EPFL: «On peine à gérer quelques dizaines de milliers de migrants à la frontière. Comment fera-t-on quand un million de réfugiés climatiques se présenteront à notre porte?» Bonne question. Réponse souhaitée. (TDG)

Créé: 06.12.2018, 09h20

Pierre Ruetschi, journaliste

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