Burkini, bikini ou seins nus. Et si on laissait ces dames choisir leur tenue?

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Le récent toilettage du règlement de la Ville de Genève sur les installations sportives nous vaut quelques tempêtes dans un verre d’eau bien chlorée. En cause: une formulation d’un article sur les tenues féminines admises dans les piscines, qui, de fait, autorise le burkini. Sans le citer.

Depuis, les conseillers municipaux de droite et du MCG s’étouffent d’indignation. Majoritaires au sein du Délibératif, ils tentent de contraindre Sami Kanaan – désormais responsable des défilés de mode dans les bassins genevois – de revenir en arrière. Pour certains d’entre eux, céder serait, en résumé, abdiquer devant l’islam le plus radical. Tout cela est excessif.

En premier lieu parce que les tentatives d’infiltration de corps cachés sous des burkinis dans les piscines de la Ville sont rarissimes. Il y en aurait eu deux en cinq ans. Ce n’est donc pas cette vague-là qui va nous noyer.

On peut certes sans effort se donner bonne conscience par une interdiction pure et simple au nom des droits de la femme. Ce serait oublier que le burkini a malgré tout une fonction émancipatrice pour celles qui le portent. Car il leur permet d’accéder à un lieu public. Et, pire que tout, à un lieu mixte. Autant dire que ce ne sont pas les plus radicalisées qui iront faire trempette ou des longueurs dans cette horrible promiscuité.

Lors du débat français sur la pluie d’interdictions du burkini qui avait frappé les plages en 2016, Amnesty International avait du reste plaidé contre une mesure qualifiée de «discriminatoire, qui se fonde sur – et qui nourrit – des préjugés et l’intolérance».

Que l’on regrette que des femmes se sentent contraintes de couvrir leur corps et leurs cheveux lorsqu’elles sont en public est compréhensible. Mais c’est le cas aujourd’hui dans de nombreuses cultures, pas uniquement dans la société musulmane. Même sous nos latitudes, cela ne fait pas si longtemps que ces dames sont socialement autorisées à dévoiler leurs jambes.

S’il faut trouver une consolation à propos de cette polémique, c’est le grand écart sociétal entre deux modifications du règlement. D’un côté le feu vert au burkini, de l’autre le plan d’eau désormais accessible aux seins nus. Genève est décidément une terre de contrastes.

Ce qui serait réellement insupportable, c’est qu’on impose à ces dames soit le burkini, soit les seins nus. Tant que les deux restent possibles dans le même lieu, tout comme le bikini ou le maillot une pièce, laissons-les choisir la tenue dans laquelle elles se sentent le mieux.

Créé: 16.11.2017, 19h25

Eric Budry, journaliste à la rubrique Genève

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