Aéroport: l’heure du choix

Face-à-faceNos invités s’expriment sur l’IN 163 et le contreprojet à cette initiative concocté par l’État, deux objets liés au développement de Genève Aéroport.

Image: Dessin Herrmann

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Le 24 novembre, les Genevois voteront pour ou contre l’IN 163 et pour ou contre le contreprojet à cette initiative concocté par l’État. Nos invités s’expriment sur ces deux objets liés au développement de Genève Aéroport et aux nuisances qu’il génère.


Une initiative qui peut mettre fin au huis clos

Par Yvan Rochat, président de l’ATCR Association transfrontalière des communes riveraines de l’aéroport de Genève (Texte cosigné par Cédric Lambert, membre de l’ATCR)

Le 18 septembre dernier, l’enquête publique portant sur le «bruit admissible» de l’aéroport était lancée. Ce document n’est pas anodin. Une fois validé à Berne, il permettra à la Confédération (OFAC) d’établir le cadastre du bruit aéroportuaire et ainsi de se donner un cadre réglementaire valable pour notre aménagement du territoire.

Problème! Genève Aéroport a concocté ce document tout seul dans son coin, sans consultation, ni des riverains, ni des communes soumises aux nuisances, ni d’aucun acteur étatique, privé ou associatif susceptible d’avoir un avis sur la question.

Ce petit travail réalisé dans «un entre-soi de spécialistes» est d’un autre temps et totalement contre-productif. D’ores et déjà, une vingtaine de communes, dont les Villes de Genève, Versoix et Meyrin notamment, se sont opposées à ce projet, démontrant de manière flagrante l’impératif et la justesse de l’initiative 163 «Pour un pilotage démocratique de l’aéroport». En effet, celle-ci, si elle était adoptée par le peuple, ne permettrait plus un fonctionnement aussi fermé et désuet que celui que l’on découvre à travers cette enquête publique.

Piloter, notamment avec les institutions démocratiques des communes, le projet de bruit admissible de l’aéroport aurait sanctionné à coup sûr certaines énormités qui nous sont aujourd’hui présentées. Florilège des absurdités permettant selon Genève Aéroport de définir le bruit admissible et à terme de le «diminuer»:
- Autoriser automatiquement 11 000 mouvements par an entre 22 h et minuit.
- Au-delà des 11 000 mouvements par an, ne limiter que les décollages alors que les atterrissages, loin d’être silencieux, sont cinq fois plus nombreux.
- Augmenter le nombre de places de stationnement pour les avions alors que celles-ci ont été limitées lors de la délivrance de l’autorisation de construire pour «l’aile est».
- Maintenir la courbe Konil le soir alors qu’elle a un impact considérable, notamment sur Satigny, Saint-Genis, Meyrin et Ferney.
- Maintenir l’aéroport comme le plus gros émetteur de gaz à effet de serre, annihilant ainsi les efforts des collectivités publiques communales et cantonales pour les réduire…

On le voit, le travail technocratique mené par Genève Aéroport abouti à des non-sens et ne permet pas d’empoigner avec courage les enjeux démocratiques, climatiques et de santé publique posés par l’activité aéroportuaire. Seule l’initiative 163 «Pour un pilotage démocratique de l’aéroport» pourra le faire, parce qu’elle impose à Genève Aéroport l’obligation de rendre compte au Canton et aux Communes.


Contreprojet de l’État: une feuille de route

Par Jean-Marc Devaud, conseiller administratif en ville de Meyrin

«Laissez-nous écrire le message»: telle fut en substance la réaction laconique du président Ueli Maurer en sortant de la séance onusienne pendant laquelle les chefs d’État auditionnaient Greta Thunberg. Il exprimait ainsi une réaction de bon sens que je partage: l’urgence climatique ne saurait occulter les réalités temporelles des systèmes de décision de nos méritantes démocraties. Afin de mieux saisir cette réalité, le dossier de l’aéroport est à ce titre instructif. Le 24 novembre prochain, le peuple genevois se prononcera sur l’avenir de notre aéroport.

Il aura le choix entre une initiative présentée par les Verts, qui poursuit une volonté de décroissance (IN 163), et un contreprojet issu du travail conjoint des autorités fédérales et cantonales. […] Grâce à lui, nous disposons enfin d’une feuille de route afin de diminuer les nuisances dont beaucoup de riverains souffrent dans leur quotidien. Ce travail fut long et assidu.

Face aux appels à l’urgence orchestrés par un militantisme chevronné, il me semble important de préciser qui fait quoi et de rappeler les grandes étapes de ce dossier. Genève Aéroport bénéficie d’une concession fédérale et détient donc son droit d’exploiter d’une autorisation de l’Office fédéral de l’aviation civile. N’en déplaise aux Verts genevois, ce n’est donc pas la Constitution cantonale qui sera le lieu privilégié afin de proposer des solutions. En tant que propriétaire et en vertu de certaines compétences légales, le Canton a toutefois son mot à dire et il l’a fait. Depuis 2013, à chaque étape importante, notre parlement et notre gouvernement ont répondu présent. En 2016, dans un document dénommé protocole de coordination, le Conseil d’État a par exemple exigé de la Confédération qu’elle intègre mieux dans sa stratégie les objectifs cantonaux de réduction des émissions sonores. Après deux années de travail […], le Conseil fédéral a proposé un plan, afin de stabiliser puis réduire le bruit à l’horizon 2030.

Le 14 novembre 2018, notre gouvernement fédéral a précisé ses intentions dans un document précis dénommé plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique (PSIA). […]

Le 28 mai passé, le gouvernement genevois a précisé la manière dont il entendait traduire ce contreprojet. Il contrôlera annuellement l’évolution de la courbe de bruit de notre aéroport. En cas de non-respect des engagements conjointement définis avec la Confédération, il agira dans l’intérêt de nos concitoyens. […] Les communes riveraines de l’aéroport suivront de très près ce processus. […] En dépit de leurs faibles compétences, elles sauront tirer la sonnette d’alarme. À l’heure du choix, je constate qu’il n’existe pas de solutions crédibles portées par les partisans de l’initiative 163. […] Face aux épouvantails et avec la reconnaissance du travail engagé, je voterai donc non à l’IN 163 et oui au contreprojet. […]

Créé: 23.10.2019, 10h13

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