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Lettre du jourUn lien à travers toute l'humanité

Genève, 6 mai

Ce virus est devenu en peu de temps un lien à travers toute l’humanité. Un lien invisible, menaçant, anxiogène dont on se serait bien passé.

On fait tout pour le casser en s’évitant, en s’enfermant, en refoulant ceux qui veulent venir d’ailleurs. Nous nous recouvrons de protections pour que le lien ne se fasse pas, pour qu’il ne nous atteigne pas.

Pour empêcher tout contact avec le foutu lien nous essayons d’enlever toutes les traces éventuelles de son passage invisible et de toucher le moins de choses possible.

Mais s’il est vrai que le virus nous éloigne des proches, il nous rapproche en même temps des lointains. Sept milliards d’êtres humains ont tout d’un coup la même préoccupation, le même sujet de conversation qui domine et efface (presque) nos différences. On a conscience de faire partie de la même espèce comme rarement auparavant. Parce que le virus n’a pas de préférence ethnique, sociale ou religieuse. Si on n’est pas tous égaux devant le virus, les inégalités se situent ailleurs que d’habitude.

Ce lien mondial mortel est aussi un lien psychologique et culturel. Des vidéos prises n’importe où et par n’importe qui sont comprises et font rire sur tous les continents. Et puis oui, bien sûr, un ennemi commun crée toujours de la solidarité.

Qui aurait pensé qu’un Chinois qui éternue au marché de Wuhan aurait une quelconque influence sur sa propre vie. Personne, ni à Wuhan, ni à Pékin, et certainement pas en Europe. Mais maintenant nous savons que ce petit atchoum sorti d’un nez a priori petit aussi a eu une importance pour l’humanité dont les effets dépassent ceux de la plupart des décisions politiques, de la plupart des guerres et des catastrophes naturelles connues jusqu’à présent.

Quel pouvoir! Et quelle responsabilité! Tout d’un coup, les actes les plus personnels et intimes qui soient, presque chaque instant de ma vie relèvent d’intérêt général planétaire. Si je néglige ma fièvre, je risque de tuer une grand-mère au Canada. Si je participe à une fête, un diabétique en Argentine devra être intubé dans quelques semaines.

Je me sens bouddhiste tout d’un coup: tout ce que je fais a des conséquences sur le monde, et le monde n’est pas indifférent à moi. Il se préoccupe de ma petite santé, mais m’assigne dans mon coin. Plus isolé et plus relié que jamais.

Beda Kupper

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