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Lettre d'EuropeCovid-19: la démocratie polonaise en danger

Désormais, en Pologne, il ne faut pas seulement protéger les personnes âgées du coronavirus. Il faut aussi protéger la démocratie. Sans quoi elle pourrait bien succomber à cette épidémie. Heureusement, les médecins polonais n’ont pas encore été confrontés aux dilemmes dramatiques qui se sont posés à leurs confrères du sud de l’Europe – parmi les patients atteints du Covid-19, lesquels brancher à un respirateur, lesquels laisser mourir.

Chez nous, le virus fait des ravages et dans de nombreuses villes, les médecins et infirmiers sont à bout de forces, les équipements de protection font défaut et ceux récupérés par le gouvernement n’avaient pas toujours les certificats requis. Les maisons de retraite, où il est arrivé que des soignants abandonnent les résidents, ont été frappées de plein fouet; le virus fait maintenant rage parmi les mineurs de Haute-Silésie.

Il y a un mois déjà, le président, Andrzej Duda, a déclaré que l’épidémie faiblissait, alors que plusieurs centaines de nouveaux cas sont annoncés chaque jour. Nous ne savons même pas quand nous atteindrons le pic de l’épidémie car il est difficile de se fier aux statistiques officielles. Contrairement aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Pologne fait très peu de tests, plusieurs fois moins que l’Allemagne, par exemple. Or, moins il y a de tests, moins il y a de cas détectés – ce dont le gouvernement s’attribue les mérites.

Le premier ministre, Mateusz Morawiecki, s’est félicité à plusieurs reprises du meilleur bilan de la Pologne face au coronavirus, jalousé par les autres pays du monde. Même en période d’épidémie, le gouvernement polonais n’a pas arrêté sa machine à propagande. Le parti conservateur nationaliste Droit et justice (PiS), au pouvoir depuis 2015, se sert de cette crise pour consolider son pouvoir aux dépens de la démocratie. Jaros?aw Kaczynski, chef du parti, a voulu à tout prix maintenir l’élection présidentielle en pleine épidémie pour que son candidat, Andrzej Duda, garde les rênes de la Pologne dans les années à venir, protégeant ainsi le PiS lorsque, à l’instar de la Hongrie, il supprimera les médias libres et bridera la société civile.

Avant l’épidémie, la popularité d’Andrzej Duda était en baisse; à présent, elle augmente, notamment parce que le président multiplie les apparitions sur les chaînes de télévision publiques et que ses rivaux n’ont pas pu mener campagne. Mais elle reculera dès que les Polonais ressentiront les effets de la crise qui va frapper notre pays. Les caisses de l’État étant vides, le gouvernement ne va pas pouvoir faire grand-chose pour sauver les entreprises de la faillite et les salariés du chômage. Il est probable que le PiS coupe court aux généreuses prestations sociales qui lui avaient permis d’accéder au pouvoir.

C’est la raison pour laquelle Kaczynski voulait faire passer en force la réélection de Duda dès le mois de mai, malgré l’épidémie. Des maires polonais ont refusé d’organiser l’élection et la plupart des électeurs, craignant le virus, ont déclaré qu’ils ne participeraient pas à un tel scrutin. Ainsi, un mois avant l’élection prévue le 10?mai, Kaczynski a ordonné de modifier – à l’encontre de la constitution polonaise et des principes de l’OSCE – le code électoral pour que le président puisse être élu uniquement par vote par correspondance. Et non sous le contrôle de la Commission électorale nationale, indépendante, mais sous celui de la Poste, contrôlée par le gouvernement Kaczynski-PiS.

Kaszynski s’est finalement rétracté face à une fronde au sein de la coalition au pouvoir et la menace de perdre la majorité à la chambre basse du parlement. Le 6?mai (une heure après le débat présidentiel télévisé!), il a déclaré que l’élection était repoussée, vraisemblablement à l’été. Une nouvelle fois, il a violé la Constitution, qui ne prévoit aucunement la modification de la date des élections sans instaurer d’état d’urgence. Mais Kaczynski n’en a cure: il contrôle le Tribunal constitutionnel (dont, selon ses propres dires, il fréquente le président à ses heures libres) et a placé ses pions à la Cour suprême, achevant ainsi le démantèlement de la justice indépendante commencé il y a cinq ans. Parallèlement, le gouvernement passe outre les jugements de la Cour de justice de l’Union européenne qui le somment de ne pas toucher aux tribunaux. Si, durant les premiers mois de l’épidémie, le PiS a osé s’en prendre aux institutions électorales, de quoi est-il encore capable? La cinquième démocratie de l’Union européenne par sa taille est en pièces. C’est un nouveau test pour notre communauté tout entière.

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