À Moutier, tout le monde a perdu

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«Maintenant ça suffit, qu’on nous laisse travailler!» Le cri du cœur du personnel de l’Hôpital du Jura bernois résume à lui seul le sentiment qui domine aujourd’hui à Moutier. Le vote du 18 juin 2017, qui devait régler une fois pour toutes la Question jurassienne, est jeté aux oubliettes. Saisie de sept recours, la préfecture a constaté suffisamment d’irrégularités pour décider d’invalider ce scrutin ultraserré. La cité prévôtoise ne rejoindra donc pas de sitôt le canton du Jura.


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Cette issue ne fait que des perdants. Les séparatistes, bien sûr, qui doivent s’en remettre à la justice pour tenter d’obtenir gain de cause. Le canton du Jura ensuite, dont les autorités crient au scandale politique. Leurs homologues de Berne, pour leur part, devront traîner longtemps encore ce boulet identitaire et institutionnel qu’est Moutier. Quant aux citoyens probernois de la ville, ils ne peuvent célébrer qu’une victoire d’étape. Ils savent que le chemin sera encore tortueux. Dans cette bourgade coupée en deux, le climat de rancœur et de méfiance ne fera sans doute que s’épaissir. On en aura un échantillon d’ici au 25 novembre, date des élections municipales, puisqu’un candidat antiséparatiste tentera de déloger le maire autonomiste de Moutier…

«À Moutier, le climat de rancœur et de méfiance ne fera sans doute que s’épaissir»

Quarante ans après la création du canton du Jura, seul un vote incontestable et incontesté aurait permis de clore l’affaire. Mais avec 137 petites voix d’écart au soir du 18 juin 2017, dans un contexte aussi tendu, la fronde était quasi programmée. Les autorités de Moutier, chargées de veiller au bon déroulement du scrutin, se voient aujourd’hui accusées d’avoir influencé, voire faussé le résultat du scrutin. C’est donc aussi notre démocratie de proximité qui s’en trouve écornée.

Enfin, l’Administration fédérale, qui avait déployé des moyens inhabituels pour surveiller ce vote historique, doit dresser un constat d’échec. Les observateurs dépêchés sur place n’ont pas suffi à désamorcer la bombe. La Berne fédérale aurait-elle dû organiser tout le processus au lieu de laisser les autorités cantonales et communales s’en charger? Voilà peut-être la leçon à tirer de cet immense gâchis.

(TDG)

Créé: 05.11.2018, 22h49

Patrick Monay, responsable de la rubrique Suisse

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