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Alexandre Friederich, l’écrivain qui paie de sa personne

Alexandre Friederich est parti vivre un mois à Detroit, aux Etats-Unis, pour écrire son dernier livre, «Fordetroit».
Alexandre Friederich est parti vivre un mois à Detroit, aux Etats-Unis, pour écrire son dernier livre, «Fordetroit».
CHRISTIAN BRUN

Savoir unifier les expériences multiples du réel est l’une des tâches de la philosophie. Alexandre Friederich n’a pourtant pas dû attendre d’en faire l’étude à Genève pour s’atteler à la question, tant les chemins qu’il emprunte dès son enfance sont nombreux. Et volontiers sinueux, depuis que ses aventures littéraires le conduisent dans les recoins du monde. Fils d’un diplomate spécialisé dans les rapports Est-Ouest à l’époque où la guerre froide battait son plein, l’enfant qu’il était se confronte à la forêt parfois impénétrable des langues, d’Helsinki à Mexico en passant par Madrid. «Mon intérêt pour l’écrit vient certainement de là. Être séparé de sa langue, comme je l’ai été en Finlande, n’en parler aucune, incite à un retour à sa langue maternelle. On arrive assez vite à un traité avec soi-même. Il n’en va pas que de littérature, mais aussi de construction de la personne.» Car il n’y a pas que les mots dans son parcours, il y a aussi ce qui les précède, les nourrit. Les voyages, l’excitation de l’inconnu, voire du danger, le happent de manière précoce. «Je me souviens être resté seul à Bangkok pendant une semaine, à l’âge de 14 ans.» Durant son adolescence lausannoise, il fréquente avec assiduité le centre autonome du Cabaret Orwell, ancêtre du club de rock la Dolce Vita. Un virage alternatif qu’il poursuivra dans les squats genevois, logeant dans celui de l’IPI 2000, aux Eaux-Vives. Pendant des années, le metal hardcore lui sert de défouloir. «On hurlait et on faisait beaucoup de bruit, mais j’étais nul, je ne risquais pas de percer.»

L’univers visuel ne le laisse pas indifférent. «Jusqu’à l’âge de 18 ans, je savais que j’allais peindre ou écrire. Je me suis essayé à la peinture pendant une année dans une ferme familiale fribourgeoise.» Il décidera pourtant de se vouer à l’écriture, «un choix conscient». Son frère Fabien, lui, s’adonne toujours à la peinture. Ensemble, ils montent, en 1991, la société Affichage Vert, officiant dans le placard et le flyer, où les a rejoints Bernard Monney, guitariste de Hell’s Kitchen. «Il y a deux ans, je collais encore les affiches. On bossait de 3 h à 8 h du matin, à la colle. Au départ, c’était un boulot de «punkos», on se faisait de l’argent de poche, mais la boîte existe toujours.»

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