La société Marc Dorcel mise sur la pornographie de qualité

CultureDe la disparition des cinémas X à l'explosion des vidéos gratuites en ligne, le PDG Gregory Dorcel se confie sur l'évolution de l'industrie pour adulte.

Gregory Dorcel occupe une place à part dans l'industrie du film pour adulte.

Gregory Dorcel occupe une place à part dans l'industrie du film pour adulte. Image: Laurent Guiraud

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L'univers du X, Gregory Dorcel le connait bien. Aujourd'hui PDG du géant de la production pornographique française, le fils de Marc a fait son entrée dans l'entreprise familiale dès 1996. Parmi ses faits d'armes, il compte le développement de la plateforme VOD (Video on demand) de la société ou encore l'entrée dans l'univers de la pornographie 3D. Tourné vers l'avenir, il n'hésite pas à se pencher sur l'histoire de son industrie. Avec nostalgie parfois, mais sans un regret dans la voix. Gregory Dorcel avance.

Genève compte à ce jour un unique cinéma pour adulte. La situation est similaire à Paris. Un constat qui vous désole ?

Entre 1975 et 1981, le X au cinéma a clairement connu un âge d’or. A l’époque, chez Marc Dorcel comme chez les concurrents, le but était de produire des films suffisamment bons pour être diffusés dans le monde entier. On cherchait à séduire le public le plus large possible avec une véritable réflexion sur la mise en scène, en proposant de vraies histoires écrites par de vrais auteurs. L’ampleur du phénomène était telle qu’en 1976, 38% du chiffre d’affaires des cinémas en France était réalisé par les films X. La pornographie était partout. On la retrouvait dans la moitié des salles obscures des Champs-Elysée.

Et le genre a périclité ?

La tendance s’est inversée avec l’arrivée de la VHS et un certain retour à l’ordre moral. Au lieu de se consommer dans l’espace public, le sexe s’est retrouvé confiné à la sphère privée. Les mentalités ont changé. Prenez l’émission Coco boy de Stéphane Collaro diffusée sur TF1 au début des années 80. On y voyais toujours apparaître des danseuses à moitié nues. Aujourd’hui on ne pourrait plus faire ça à la télévision.

Quelles conséquences pour la pornographie ?

Une baisse de qualité flagrante. Dans un premier temps, les producteurs faisaient encore des efforts avec la VHS, mais rapidement les caméscopes sont arrivés. Une vraie révolution. Il n’y avait dès lors plus besoin d’une équipe technique pour réaliser un film. Les chaînes satellites qui avaient besoin de contenu en masse se sont ruées sur ces produits peu onéreux. La même logique a conduit à l’apparition des «Tube», ces sites de streaming où la pornographie est accessible gratuitement. Les boîtes de production ont sorti trop de films à bas coût. Des produits finalement invendables. Jusqu’au jour où un petit malin a décidé de les mettre en ligne, avec espoir de gagner de l’argent via la publicité.

Une voix que n’a pas suivie Marc Dorcel ?

Alors que tout le monde se lançait dans le bas de gamme, nous avons opté pour la stratégie inverse. Quand les autres investissaient quatre ou cinq mille euros par films, nous avons continué à y mettre cent mille. Résultat, en une quinzaine d'année, nous avons multiplié par cinq notre chiffre d’affaires.

La qualité pour Marc Dorcel, qu'est-ce que c'est ?

On essaie de se réinventer. On parle bien sûr de beauté des acteurs, de la qualité des images, mais aussi d’histoire. On évite à tout prix les clichés du film X du genre livreur de pizzas moustachu qui s’active sur un canapé en sky rouge.

Pour finir, est-ce une fierté pour vous de savoir que vos films sont diffusés dans les rares salles de cinéma encore actives ?

Avoir un Dorcel au programme d'un cinéma n’est pas une fierté en soi. Qu’on parle d’internet, de DVD ou de cinéma, notre but reste le même : l’excitation du spectateur. Nous croyons à la force des images quel que soit le support.

Créé: 17.10.2012, 18h10

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