Philae ouvre une nouvelle page de l'histoire spatiale

EspaceLe robot européen a atterri mercredi sur la comète Tchouri. Récit d’une journée durant laquelle le suspense fut insoutenable.

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«Ce soir, le champagne va couler dans pas mal de laboratoires.» Mercredi, Stéphane Berthet, vice-président de la Commission fédérale des affaires spatiales (CFAS), ne cachait pas la joie de la communauté scientifique après le succès retentissant de la mission Rosetta. Mercredi, à 17h08 (heure de Genève), le Centre des opérations de l’Agence spatiale européenne (ESA), basé à Darmstadt, en Allemagne, a tweeté un message qui fera date: «We’re on the comet!»

L’atterrisseur Philae, qui a quitté la Terre il y a plus de dix ans dans son vaisseau amiral Rosetta, a donc réussi sa mission: se poser sur la comète Tchourioumov-Guérassimenko, alias Tchouri. «Je viens de vivre en direct cet événement avec le rectorat. Nous avons interrompu notre séance pour regarder l’atterrissage, raconte Stéphane Berthet. La tension était très forte en attendant le résultat. Et ce fut vraiment un bel instant de voir la joie sur le visage des scientifiques à Darmstadt lorsqu’ils ont appris que Philae s’était bien posé. Cette réussite de l’ESA, cette réussite européenne, fait vraiment plaisir. C’est un exploit fantastique.»

Inquiétude et libération

Pour comprendre l’enthousiasme suscité par cette première mondiale, il faut revenir en arrière. La sonde Rosetta, petit bijou de technologie spatiale, quitte la Terre le 2 mars 2004, à bord de la fusée Ariane 5. Il lui faut ensuite dix ans et 6,4 milliards de kilomètres pour parvenir à sa cible: la comète Tchouri. «Pendant cette décennie de voyage, le grand public a un peu oublié Rosetta. Mais pas les scientifiques. En comptant les dix années de développement qui ont précédé le lancement, certains d’entre eux ont passé jusqu’à vingt ans de leur existence sur cette mission, explique Stéphane Berthet. Ils y ont consacré leur vie, leur carrière. Pour eux, la journée que nous venons de vivre est une véritable délivrance.»

Pour les chercheurs impliqués, le premier soulagement arrive en fait en janvier 2014. Après avoir été mise en hibernation afin d’épargner ses batteries, la sonde Rosetta se réveille seule puis parvient à se placer en orbite autour de Tchouri en août dernier. Deux exploits technologiques en un. «C’était la première fois qu’un engin construit par l’homme s’approchait aussi près d’une comète, à seulement une vingtaine de kilomètres contre plusieurs centaines pour les missions précédentes. Et c’est également la première fois qu’une sonde se plaçait en orbite autour d’un tel corps céleste, poursuit le chercheur. Cette rencontre est formidable lorsqu’on pense que Tchouri file dans l’espace à 70 000 kilomètres par heure et qu’il ne s’agit que d’un rocher de 4 kilomètres sur 3,5 kilomètres, situé à 600 millions de kilomètres de la Terre. Il a fallu que Rosetta adapte sa vitesse pour naviguer avec lui.»

Ces exploits ont amorcé l’apogée vécue mercredi. Récit d’une journée extraordinaire. Durant la nuit de mardi à mercredi, le Centre des opérations de l’ESA mène une série de vérifications, afin d’évaluer l’état de Rosetta et de l’atterrisseur Philae. Puis, à 8 h 07, l’équipe donne son feu vert au largage du robot, avec toutefois un bémol: le système de descente active de Philae, qui doit empêcher tout rebond lors de l’atterrissage, ne fonctionne plus. L’information inquiète. «L’une des grandes difficultés de cette opération réside dans le fait que le noyau cométaire possède une très faible gravité. Sur Terre, Philae pèse une centaine de kilos. Mais sur Tchouri, il a le poids d’une feuille de papier A4. S’il arrive trop vite, il risque de rebondir et de se perdre dans l’espace.»

Une longue attente

A 9h35, Rosetta largue Philae, mais les scientifiques de l’ESA ignorent si la séparation se déroule bien. «Compte tenu de la distance qui nous sépare de Tchouri, il faut de 25 à 28 minutes avant que le signal radio émis par Philae, qui transite par Rosetta, arrive jusqu’à la Terre, souligne Stéphane Berthet. Et après la séparation, l’équipe au sol n’a plus aucun moyen d’influer sur Philae. La sonde tombe littéralement sur la comète.» Une chute très lente, qui dure sept heures, à la vitesse de 3,5 kilomètres par heure. Pendant cette longue attente, les images du centre de contrôle de Darmstadt, diffusées sur le site Internet de l’ESA, montrent une ambiance tendue. Les scientifiques, les yeux rivés sur leurs écrans, attendent les signaux de Philae, qui arrivent au compte-gouttes. 10h05: le robot s’est bien détaché. 10h10: Philae rompt le contact. 12h08: reprise du contact. 14h30: premières données. 15h25: moins de 5 kilomètres. 16h34: heure prévue de l’atterrissage. La tension monte. 17h08: confirmation: «We’re on the comet!»

«Des engins terrestres se sont posés sur la Lune, sur Mars, sur Titan – l’un des satellites de Saturne – et aujourd’hui sur une comète, rappelle Stéphane Berthet. Avec cette réussite, c’est une nouvelle page de l’histoire spatiale qui s’ouvre. Pendant au moins une semaine, Philae va étudier la composition du sol et nous apprendre beaucoup sur la naissance du système solaire.» Seule ombre au tableau: les harpons permettant d’arrimer le robot à la comète n’ont pas fonctionné. L’explorateur restera-t-il stable sur le sol de Tchouri? A l’heure d’écrire ces lignes, les scientifiques restent dans l’expectative.

Le fil Twitter de Philae

Créé: 12.11.2014, 20h18

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