Un astronaute de la NASA décoré par le CIO pour ses frasques sur la Lune

InsolitePour avoir inventé les JO sur notre satellite, Charlie Duke, 10e homme à avoir foulé le sol lunaire, a été récompensé par Thomas Bach.

Thomas Bach remet le trophée olympique à Charlie Duke.
Vidéo: Keystone

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C’est un trophée pour le moins improbable qui a été remis au Musée olympique, mercredi après-midi, par le président du CIO, Thomas Bach en personne, à l’initiative de la société SwissApollo. Car son récipiendaire ne représente pas de fédération sportive et ne s’est illustré dans aucun stade du monde. C’est en effet sur la Lune, à quelque 350'000 kilomètres d’un quelconque terrain de sport, que Charles «Charlie» Duke s’est distingué.

La scène se passe sur le satellite naturel de la Terre en avril 1972, dans la région du cratère Descartes, sur les hauts plateaux lunaires. La mission d’une dizaine de jours touche à sa fin. John Young, commandant d’Apollo 16, et Charlie Duke, copilote du module lunaire, arrivent au terme de leur troisième et dernière sortie sur la Lune. Tandis que Ken Mattingly est aux manettes du module de commande en orbite, les deux hommes ont effectué toutes les missions scientifiques prévues et viennent de décharger les échantillons de roche du Rover: le plan de mission est respecté.

Mais la situation dérape lorsque John Young s’adresse à la caméra en sautillant, des bonds d’autant plus hauts que la pesanteur est faible. «Nous avons décidé d’effectuer quelques exercices, que nous avons baptisés «Jeux olympiques lunaires», pour vous montrer ce qu’un gars peut faire sur la Lune. Plus de 1,20 mètre», s’exclame le commandant.

Charlie Duke, qui a 36 ans à l’époque, ne se fait pas prier. Il effectue lui aussi plusieurs sauts, dont un où il se retrouve déséquilibré, part en arrière et tombe au sol, sur le dos. «Ce n’est pas très drôle n’est-ce pas?» s’inquiète Duke. «Ce n’est pas très malin», répond Young sur les enregistrements au grésillement typique des échanges avec l’espace.

Désapprobation de la NASA

C’est pour cette «prouesse» hors de tout protocole et réalisée en pleine année olympique que Charlie Duke, qui compte parmi les quatre derniers hommes encore vivants à avoir foulé le sol lunaire (sur douze), a été récompensé par le CIO. «Vous nous prouvez que l’esprit olympique n’a aucune frontière et représentez parfaitement la devise olympique: «Plus vite, plus haut, plus fort». Sans compter que votre technique du saut Fosbury est excellente», lançait Thomas Bach à l’heure de la remise très symbolique du trophée.

Ravi de recevoir le prix sous les yeux de sa femme, Dorothy, dont le smartphone a tout enregistré, Charlie Duke a tenu à rendre hommage à John Young, décédé en janvier dernier. «C’est lui qui a eu cette idée de Jeux lunaires. À la fin de chaque mission Apollo, l’équipage faisait quelque chose de spécial. Sur Apollo 14, ils ont joué au golf. Avec Apollo 15, on a eu droit à une expérience de physique consistant à lâcher un marteau et une plume pour voir lequel tomberait en premier. Et nous avons inventé des JO sur la Lune», précisait l’ancien astronaute, ajoutant que l’exploit n’avait pas été du goût de la NASA. «Ils n’ont vraiment pas apprécié et me l’ont fait savoir. Il faut dire que je suis tombé sur le dos, là où se trouve le sac qui embarque tous les systèmes de survie. Le sac, en fibres de carbone, n’était pas fait pour ça et j’ai eu peur qu’il ne résiste pas. S’il n’avait pas tenu, je serais mort. Mais la combinaison a heureusement tenu. Et j’ai désormais un titre olympique.»


«Sur la Lune, on a parfois le temps de plaisanter»

Organiser des Jeux olympiques sur la Lune. Le sujet a beau être aujourd’hui à la limite de la science-fiction, il a déjà été sérieusement envisagé. Il y a une dizaine d’années, la NASA, pas forcément connue pour son sens de l’humour, s’est ainsi très sérieusement posé la question au travers une série d’articles qu’on trouve encore sur son site. «Ce n’est qu’une affaire de temps. Un jour, les Jeux olympiques d’hiver se tiendront sur la Lune», avance l’agence spatiale américaine, qui détaille. Avec ses pentes couvertes de poussière qui ferait office de poudreuse, ses Alpes lunaires, ses bosses et sa faible gravité qui garantirait des alunissages en douceur lors de sauts, le satellite naturel de la Terre a tout de l’endroit idéal pour des joutes olympiques. «Que les Jeux commencent!» conclut la NASA.

«Cela me paraît tout de même peu probable à court terme», tempère Georges Meylan, ancien directeur du Laboratoire d’astrophysique de l’EPFL. Outre les coûts, astronomiques évidemment, une telle éventualité poserait d’immenses problèmes de sécurité. «Lorsqu’elle voyait des astronautes gambader sur la Lune, la NASA avait très peur des fuites dans les combinaisons, en particulier au niveau des jointures au poignet», rappelle le scientifique, qui accepte de jouer le jeu et d’envisager des Jeux sur la Lune, rappelant les bonds prodigieux de Tintin et de ses amis dans «On a marché sur la Lune». «La pesanteur y est six fois moindre. Lors du lancer de marteau, par exemple, les athlètes pourraient carrément satelliser l’outil. On pourrait voir des boulets finir dans les gradins. Il faudrait en tout cas revoir les catégories», sourit Georges Meylan.

Unique Suisse à s’être rendu dans l’espace à ce jour, Claude Nicollier confirme. «Les disciplines olympiques ont été conçues et pensées pour un environnement à 1G. Sur la Lune, la donne est différente. Si l’on y organisait des Jeux, ils n’auraient rien à voir avec ceux qu’on connaît et ne pourraient être ancrés dans la tradition olympique terrestre. Mais pourquoi ne pas rêver de compétitions d’un autre type», commente le spationaute vaudois, que les frasques de Charlie Duke sur la Lune ont fait sourire. «On le voit tomber sur le dos, il a dû avoir des soucis. Ils ont voulu s’amuser, ils ont fait ça pour le clin d’œil. Sur la Lune, en marge des sorties extravéhiculaires, ils avaient un peu de temps. Le programme n’était pas minuté, ils ont eu le temps de plaisanter entre deux expériences scientifiques et les missions d’exploration. Personnellement, j’ai assisté à quelques plaisanteries dans la navette, mais pas pendant la sortie dans l’espace pour la maintenance de Hubble, nous n’avions pas le temps.»

(TDG)

Créé: 12.12.2018, 19h19

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