Novartis s’accroche toujours au Glivec

PharmacieL’entreprise a saisi les tribunaux pour empêcher la réduction du prix de son anticancéreux.

L’entreprise pharmaceutique suisse, Novartis, tente de dissuader la Colombie de baisser le prix du Glivec, un anticancéreux.

L’entreprise pharmaceutique suisse, Novartis, tente de dissuader la Colombie de baisser le prix du Glivec, un anticancéreux. Image: NOVARTIS

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La guerre du Glivec n’est pas finie. Selon les informations de l’ONG Public Eye (ex-Déclaration de Berne), publiées mercredi 12 avril, Novartis continue de faire pression sur la Colombie afin de protéger le brevet et le prix du Glivec. «Que les big pharma fassent du lobby n’a rien d’étonnant. C’est bien connu, souligne Patrick Durisch, responsable du programme santé chez Public Eye. Mais là où je trouve Novartis particulièrement agressif dans cette affaire, c’est que le Glivec est un médicament en fin de vie. Son brevet est échu en Europe et aux Etats-Unis et, s’il persiste en Colombie, c’est uniquement parce qu’il y a été déposé plus tard. Novartis s’acharne pour protéger le prix d’un médicament qui a déjà largement fait son beurre.

Et l’entreprise sort l’artillerie lourde contre des décisions légales et légitimes d’un Etat souverain.» Pour comprendre l’histoire, il faut remonter en arrière. Protégé par un brevet depuis 2012 en Colombie, le Glivec grève considérablement le budget de santé publique colombien: le traitement coûtait en moyenne 15 000 dollars par an en 2015. Afin de remédier à ce problème, le Ministère de la santé colombien a décidé d’étudier la possibilité de déclarer l’accès à ce médicament d’intérêt public, ce qui conduirait à l’émission d’une licence obligatoire et au retour sur le marché de génériques. Bien que ce mécanisme soit légal, le pays andin subit depuis lors de lourdes pressions. En mai 2015, par exemple, le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) a œuvré en coulisse afin de dissuader le gouvernement colombien d’émettre une licence obligatoire (lire nos éditions du 29 août 2015). Les lettres confidentielles, dévoilées cette semaine par Public Eye, montrent que Novartis a ensuite menacé de recourir à un arbitrage international. Résultat: les autorités colombiennes ont finalement abandonné l’idée d’une licence obligatoire et se sont «contentées» d’imposer une réduction de prix. En décembre 2016, le coût du Glivec a ainsi baissé de 44% alors qu’il aurait pu baisser de 70% avec une licence obligatoire. Mais c’est déjà trop pour la société pharmaceutique, qui a saisi les tribunaux colombiens pour tenter d’empêcher cette réduction de prix. «Les procès intentés par Novartis à la Colombie attestent une fois de plus de la détermination du géant suisse à placer les intérêts commerciaux et la recherche de profits au-dessus de la santé publique et des droits humains, estime Patrick Durisch. L’industrie pharmaceutique et ses pays hôtes luttent de manière scandaleuse contre tout pays souverain ayant recours à des instruments juridiques légitimes tels que les licences obligatoires, par peur que ceux-ci ne créent un précédent.» Sollicitée par l’agence de presse AWP, l’entreprise campe sur ses positions: «Novartis est en désaccord fondamental avec la décision du Ministère colombien de la santé d’imposer une déclaration d’intérêt public à son médicament (…) De telles actions infondées violent le principe de la propriété intellectuelle, sur lequel elle se base en tant qu’investisseur privé majeur au niveau mondial dans les médicaments du futur.» BE.B. (TDG)

Créé: 14.04.2017, 20h01

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