Fumer, c'est grave, Docteur?

SantéLe Groupement romand d’études des addictions veut tordre le cou aux fausses croyances sur le cannabis. Le point sur la question.

Image: Keystone

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Perte de mémoire, échec scolaire et même schizophrénie. Le cannabis traîne une mauvaise réputation. Souvent à tort. Les experts en addiction ont tenu, hier à Lausanne, une conférence de presse pour dire halte à la «désinformation». Réunis au sein du Groupement romand d’études des addictions (GREA), ils réclament un débat serein, basé sur des faits scientifiques et expurgé de tout «sensationnalisme». Le GREA ne s’en cache pas: «Nous souhaitons que l’Etat prenne le contrôle de ce marché, aujourd’hui aux mains des dealers, déclare Jean-Félix Savary. C’est le meilleur moyen de limiter les risques.» Le tour médical de la question.

Fumer n’est pas bon pour la santé

«Oui, le cannabis n’est pas anodin et fumer chaque jour n’est pas bon pour la santé.» Psychiatre au Service d’addictologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Daniele Zullino ne minimise pas les risques. Le cannabis «peut poser des problèmes». Le THC, sa substance psychotrope, crée des troubles de la perception, un relâchement des associations logiques voire des hallucinations. «On ne pense pas bien, on mémorise mal et on apprend mal.» Mais ces effets ne durent que durant la phase où le consommateur est «pété». Par ailleurs, le cannabis étant souvent pris avec du tabac, on devient «accro» à la nicotine. Le cannabis est moins addictif que le tabac et l’alcool et ne crée pas, sauf cas extrêmes, de dépendance physique, contrairement au tabac et à l’alcool.

Le cannabis ne rend pas plus bête

Le cannabis ne réduit pas le quotient intellectuel, poursuit Daniele Zullino. «Il n’a pas d’effet anatomique, il ne «brûle» pas les cellules, à l’inverse de l’alcool qui, lui, a un effet destructeur. Mais si on ne fait que fumer, c’est comme si on regarde trop la TV. On ne sollicite pas son cerveau et on se ramollit. On est moins motivé pour entreprendre des choses.» Une consommation accrue et chronique peut avoir des effets sur les résultats scolaires. Non pas parce que le cerveau serait affecté, mais par la multiplication de ces moments où on n’apprend pas. «C’est le temps perdu à ne pas étudier qui explique le déficit scolaire, pas la substance elle-même.»

Le cannabis ne rend pas fou

Selon certaines études, il y aurait une corrélation entre cannabis et schizophrénie. «Mais cela ne veut pas dire effet de causalité», nuance le psychiatre. «On disait aussi que les cigognes annonçaient les naissances à l’époque où il y avait une forte temporalité de la natalité.» Si le cannabis causait cette maladie, il y aurait plus de schizophrènes, ce qui n’est pas le cas. Il est possible qu’à l’inverse, ce soit le mal-être des schizophrènes qui les poussent vers le cannabis. «C’est d’ailleurs ce qu’on dit pour expliquer la corrélation, plus forte encore, entre tabagisme et schizophrénie.»

L’importance de la famille

A l’adolescence, l’envie de prise de risque et d’expérimentation augmente. Un quart des 14-15 ans disent avoir fumé au moins une fois, relève Kathia Bornand, directrice du programme Départ au CHUV. «Mais toutes les consommations ne sont pas à risque.» L’expérience montre que le meilleur moyen de limiter la «fumette» réside dans un bon dialogue entre les parents et les ados.

Les potentiels thérapeutiques

Le cannabis a été très utilisé par la pharma à la fin du XIXe siècle, avant que les remèdes chimiques, plus faciles à conditionner, ne prennent le pas. «Aujourd’hui, on redécouvre ses nombreux potentiels», relève le neurologue Claude Vaney, qui préside le groupe d’experts Application médicale de stupéfiants (Amis). Le THC, la substance qui «pète», a des effets antivomitifs (utile en cas de chimiothérapie), analgésique et elle calme les crampes musculaires (dont souffrent les malades de la sclérose en plaques). Mais le cannabis compte une centaine d’autres cannabinoïdes, dont le CBD. Ce dernier n’a pas d’effet psychotique, il atténue même ceux du THC. Il est aussi anxiolytique, analgésique et freinerait la croissance de certaines tumeurs cancérigènes. C’est ce CBD que l’on trouve dans le cannabis légal, substance en vente libre pour autant que le taux de THC soit inférieur à 1%.

Créé: 04.05.2017, 20h03

«Le cannabis ne détruit pas comme l’alcool»

Que sait-on de l’effet du cannabis sur la santé mentale des consommateurs?

Ce qu’on sait, c’est que le THC à haute dose produit des effets psychotiques temporaires, comme des hallucinations. Dès que la substance est éliminée, les effets disparaissent. Si le lien entre cannabis et schizophrénie est avéré, rien ne prouve que la substance déclenche la maladie ou inversement. Les cas problématiques de consommation sont souvent liés à des comportements addictifs. Heureusement, ils ne concernent qu’une petite proportion de consommateurs.


La consommation régulière de cannabis produit-elle des effets à long terme sur le cerveau?

Non. S’il est effectivement mauvais pour la santé de fumer du cannabis, cela ne détruit pas les cellules du cerveau, comme le ferait l’alcool. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que si un jeune fume un joint avant un cours, il ne va pas pouvoir le comprendre aussi bien que d’habitude. Il va perdre du temps dans son apprentissage. Et c’est cela qui, à long terme, va l’empêcher de se construire socialement et intellectuellement.

Donc dès que la consommation de cannabis s’arrête, on peut retrouver sa capacité intellectuelle?

Du moment que toutes les substances sont éliminées de l’organisme, oui. Ensuite, si la motivation est présente, il est possible de suivre les cours normalement et de rattraper les retards accumulés. Au niveau biologique, le cerveau ne subit pas d’atteinte permanente, c’est un phénomène passager et réversible.

Quel message voudriez-vous transmettre aux parents qui ne savent plus quoi faire pour aider leurs enfants?

Que la situation n’est pas désespérée. Il existe des structures et des professionnels qui sont prêts à les soutenir. Nous avons l’habitude de prendre charge des jeunes. Nous les aidons à s’en sortir et à reprendre le cours de leur vie.(A.E.)

Daniele Zullino, médecin-chef du service d’addictologie des HUG.

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