Le CHUV, hôpital à haute sensibilité humanitaire

SantéL’an dernier, l’hôpital a consacré 537 jours à des missions d’entraide. Une vocation encouragée

En 2017, des soignants du CHUV sont partis au Bénin. Grâce aux efforts sur place, un bloc opératoire est désormais actif à l’année.

En 2017, des soignants du CHUV sont partis au Bénin. Grâce aux efforts sur place, un bloc opératoire est désormais actif à l’année. Image: P. GÉTAZ/SAM-CHUV

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«C’est toujours beau de voir une famille partir avec son bébé qu’on a soigné au CHUV pendant plusieurs semaines avec des technologies de pointe. Mais dans des pays démunis une toute petite chose peut changer tellement! C’est cela qui fait la valeur de l’engagement humanitaire.» La mine joviale, l’enthousiasme chevillé au corps, le professeur Matthias Roth-Kleiner est l’un de ces professionnels navigant entre les rives nanties et démunies de la médecine, à bord d’un gros bateau nommé CHUV.

Comme des dizaines de professionnels de l’institution au fil de plus d’un demi-siècle, le médecin-chef du service de néonatalogie vit dans sa chair les joies et les découragements de l’humanitaire. Poussé par la foi en son métier, le spécialiste s’est engagé volontairement à monter une structure de néonatologie en Guinée au sortir de l’épidémie d’Ébola, en 2015.

Pour ce faire, le CHUV lui a accordé de l’argent et du temps (lire ci-dessous), ressource que l’homme a aussi puisée dans sa vie privée. «Je travaille vingt-quatre heures par jour et si cela ne suffit pas, ce n’est pas grave. Il me reste encore la nuit», se marre celui qui ne compte plus les dimanches consacrés à son projet africain.

En Guinée, où 94 enfants sur 1'000 meurent avant leurs 5 ans, où 250 parturientes décèdent chaque mois en mettant au monde leur enfant, le médecin a découvert des besoins rendus encore plus aigus par les ravages d’Ébola, en particulier sur le personnel hospitalier. «Il manquait de tout, même des choses très basiques! Au CHU d’Ignace Deen (ndlr: à Conakry, la capitale) nous avons trouvé trois tables chauffantes: deux ne marchaient pas, la troisième chauffait trop. Aucun enfant ne pouvait en bénéficier. Quant aux ballons de réanimation, ils tenaient avec du scotch…»

L’inventaire a priori désespérant ne vient pas à bout de cet optimiste qui reprend tout de zéro, forme un large personnel à la réanimation avec force mannequins et ballons providentiellement glissés dans ses bagages. De pas de fourmi en pas de fourmi, ce travail s’achèvera peut-être dans quelques années par la construction d’un service de néonatalogie (déjà dessiné par un architecte du CHUV) à Donka, l’autre CHU de Conakry. Le tout grâce à des fonds levés auprès d’autres instances, comme l’Unicef, déjà sur le coup.

Moins de décès en néonatologie

Pas moins de 20 missions ont ainsi émergé du CHUV en 2017. Certaines se développent de longue date, comme la plus ancienne, menée avec Terre des hommes depuis 1960 pour traiter à Lausanne des enfants inopérables chez eux. Dans le Delta du Mékong, un service de pédiatrie surmonte depuis vingt ans le manque d’espace et d’hygiène, le recours abusif aux antibiotiques, les difficultés organisationnelles, le fort turn-over de soignants mal payés… Avec des résultats mesurables: en 2000, 30% des enfants amenés en néonatologie y décédaient, chiffre aujourd’hui ramené à 10%.

«C’est extrêmement intense. En compensation, il y a le sourire et la soif d’apprendre de nos collègues sénégalais. On apprend aussi d’eux»

En Afrique subsaharienne, la doctoresse Nicole Sekarski, médecin-cheffe de l’Unité de cardiologie pédiatrique, affronte chaque année depuis 2011 la touffeur des salles d’op’ du Sénégal, les soins intensifs faméliques, le manque d’eau, les pannes d’électricité et leur corollaire, les perfusionnistes contraints de faire tourner les pompes à la main… La doctoresse a néanmoins pu y mener, en équipe, 85 opérations, à raison de cinq à douze interventions par mission. «Physiquement et psychiquement, c’est extrêmement intense. En compensation, il y a le sourire et la soif d’apprendre de nos collègues sénégalais. On apprend aussi d’eux, à se débrouiller avec des choses toutes simples.» «Le transfert de compétences va dans les deux sens, renchérit le pédiatre morgien Jean-Marie Choffat, engagé de longue date à Can Tho, au Vietnam. Avec 1700 enfants vus par jour, dont 120 hospitalisés, nous avons pu observer des pathologies variées, parfois rares ou nouvelles pour nous.»

Petits pas vers l’autonomie

En guise d’encouragement, il y a aussi les pas accomplis vers l’autonomisation médicale des régions soutenues. Exemple au Bénin, où les premières actions menées il y a trente-cinq ans dans le sillage de Terre des hommes ont abouti à la création d’un bloc opératoire actif à longueur d’année à Abomey. «Nous nous y rendons deux semaines par an pour réaliser les chirurgies qui ne peuvent pas s’y dérouler habituellement faute de matériel et de compétences. Mais le reste du temps l’équipe locale œuvre seule», se réjouit Mirko Dolci, médecin associé du service d’anesthésiologie. Cette autonomie est l’objectif partagé par tous ces soignants, comme le conclut Barbara Thevenet Bertozzi, infirmière en soins intensifs pédiatriques: «Comme tout acteur de l’humanitaire qui se respecte, je pense que le happy end serait que l’on n’ait plus besoin de nous.»

Créé: 29.04.2018, 10h28

En chiffres

100'000 francs
sont mis à disposition par le CHUV chaque année pour monter des projets humanitaires. L’hôpital accorde aussi annuellement 250'000 francs à des projets médicaux d’ONG vaudoises.

4,2 millions de francs
sont accordés au CHUV chaque année par le Service de la santé du Canton de Vaud pour opérer des enfants amenés en Suisse par Terre des hommes.

61 collaborateurs de 20 services du CHUV ont pris part à des missions humanitaires vers 10 pays en 2017. Ce chiffre n’inclut pas tous ceux qui ont agi depuis Lausanne. Deux médecins africaines sont venues se perfectionner au CHUV en 2017.

342 m3 de matériel ont été acheminés vers des régions démunies. L’équivalent de trois semi-remorques. Dans le lot, aussi bien des incubateurs de néonatologie que des pompes, lits, microscopes opératoires ou du petit matériel.

537 jours de travail ont été consacrés au total à des missions humanitaires par le personnel du CHUV au cours de l’année 2017.

Un soutien matériel et humain aux projets

Tradition remontant à 1960, l’engagement humanitaire du CHUV tient très à cœur au personnel et à la direction. «On est un pays riche, c’est notre devoir de partager non seulement les ressources matérielles et financières, mais aussi du savoir-faire et des compétences», estime Pierre-François Leyvraz, directeur général.
Le professeur salue l’engagement spontané de ses collaborateurs qui tantôt partent en mission sur le terrain, tantôt forment à Lausanne des médecins venus d’ailleurs, tantôt opèrent dans leurs murs les jeunes patients acheminés par Terre des hommes. Sans oublier l’aide en cas de catastrophe naturelle. Ce volontariat est soutenu concrètement. Des enveloppes de 100 000 francs sont mises annuellement à disposition pour des missions humanitaires, l’hôpital subventionne les projets d’ONG à hauteur de 250 000 francs et l’établissement touche une subvention de 4,2 millions du Service de la santé du Canton de Vaud pour soigner les enfants de Terre des hommes. L’établissement autorise ses collaborateurs à partir en mission deux ou trois semaines par an, sur leur temps de travail. Il achemine aussi une importante quantité de matériel encore en bon état vers l’étranger.
Les projets sont retenus en fonction de leur côté durable, orienté vers le transfert de compétences dans le pays d’origine afin de renforcer l’autonomie des acteurs sur place. En 2017, le CHUV a ainsi soutenu vingt missions vers dix pays, impliquant vingt services. Soixante et un collaborateurs y ont pris part, «sans compter toutes les petites mains qui œuvrent à Lausanne à préparer, récupérer, empaqueter du matériel et des médicaments», salue Pierre-François Leyvraz.

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