Le bio à toutes les sauces

AlimentationCette gamme de produits qui cartonne en Suisse provient de pays de plus en plus lointains.

Les produits bios sont de plus en plus industriels et originaires de pays éloignés. Mais en Suisse et à Genève, 
ce sont les fruits et les légumes qui restent les denrées alimentaires préférées des consommateurs.

Les produits bios sont de plus en plus industriels et originaires de pays éloignés. Mais en Suisse et à Genève, ce sont les fruits et les légumes qui restent les denrées alimentaires préférées des consommateurs. Image: Lucien Fortunati

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L’emballage en plastique est rouge fluo. Et flashy. Son aspect ressemble à un produit industriel des années 80. Mais, inscrit dans ce paquet de «flips à la fraise», le mot magique figure en bonne place, en lettres blanches sur fond vert: bio! C’est le tampon du bon goût, qui provoque chez de plus en plus de consommateurs comme une démangeaison.

En Suisse, les gammes de produits bios cartonnent. Selon Bio Suisse, sur cent francs dépensés l’an dernier en produits alimentaires, neuf concernaient des denrées biologiques, contre 8 fr. 40 en 2016. Le chiffre d’affaires du secteur s’est établi à 2,7 milliards de francs. En cinq ans, le bond est impressionnant: près d’un milliard de francs.

Les digues patiemment construites par l’industrie agroalimentaire classique durant le XXe siècle cèdent les unes après les autres. Le bio se faufile partout, surtout dans les fruits, les plantes et les légumes. En Suisse, les œufs et les fromages ont de plus en plus la cote.

Produits exotiques

Ces denrées et leurs ingrédients proviennent de pays de plus en plus lointains. Les «flips à la fraise»? Made in Poland. Des raisins sultanines «non traités au soufre»? Produits en Turquie. Le maïs de tortilla chips vendues par un grand distributeur a été cultivé en Hongrie et en Autriche, et la cannelle de biscuits style «prussiens» a poussé à Madagascar, au Sri Lanka ou en Indonésie. Des produits plus exotiques arrivent aussi sur le marché, des baies de goji cultivées dans les altitudes tibétaines aux incontournables curcumas et autres jus de grenade.

Les distributeurs confirment la fringale des Helvètes pour ces denrées naturelles. Alena Kress, porte-parole du groupe Coop, indique qu’en 2017, les ventes de produits bios ont augmenté de 10,7% pour atteindre 1,4 milliard de francs. Cette progression a été supérieure à la moyenne. Une hausse a également été enregistrée dans sa propre gamme Naturaplan: le chiffre d’affaires de ces produits est passé de 940 millions de francs en 2013 à 1,091 milliard l’an dernier.

Le grand distributeur travaille étroitement avec Bio Suisse, Alena Kress relevant que les critères de cette entité sont beaucoup plus sévères que les directives européennes et même suisses.

Selon la porte-parole, un amateur de produits bios sur deux, en Suisse, les achète dans ses supermarchés. «D’ici à 2025, notre objectif est d’atteindre des ventes de 2 milliards de francs avec notre gamme de produits Naturaplan», glisse encore Alena Kress. Ensemble, les deux géants de la distribution – Coop et Migros – totalisent les trois quarts des ventes de produits naturels en Suisse. Mais les plus petits détaillants s’y mettent aussi. Aldi a développé sa propre marque, Nature suisse bio, et affirme respecter a minima les directives européennes en la matière. «Actuellement, les articles issus de la production biologique représentent environ 6% de notre gamme standard», résume Claudine Esseiva, porte-parole d’Aldi Suisse.

Le bio essaime également de plus en plus dans le segment du non-alimentaire, cosmétiques en tête, mais encore gels douche et autres dentifrices «à effet blanchissant». Par ailleurs, une récente étude publiée dans la revue «JAMA Internal Medicine» met en évidence une diminution de 25% du risque de cancer chez les consommateurs «réguliers» d’aliments bios, par rapport aux personnes qui en consomment moins souvent (lire ci-contre).

Six fermes sur dix aux Grisons

Mais réexaminons notre paquet de «flips à la fraise» – le pays de provenance de ces 75 grammes, la Pologne, incite à la prudence. En le retournant, une partie des explications rassure. En lisant les ingrédients, le consommateur est heureux d’apprendre que cette denrée se compose de semoule de maïs, huile de colza, sucre en poudre de betterave, lait écrémé en poudre et fraises, tous d’origine biologique. Reste un point noir: le paquet plastifié couleur rouge Stabilo Boss.

Le contenu est bio, mais rien n’indique que le contenant est biodégradable. S’ils ne sont pas incinérés, on sait que ces bouts de plastique peuvent mettre des années à disparaître. Sur ce plan, les lois helvétiques ne sont pas assez précises. Le législateur s’est concentré sur l’aliment lui-même, en particulier dans l’ordonnance sur l’agriculture biologique qui précise notamment que «les importations doivent être accompagnées d’un certificat de contrôle». Et que ces denrées ne peuvent être vendues en Suisse que si le respect des exigences requises dans leur production, préparation, export-import, stockage et commercialisation a été certifié.

Les consommateurs restent friands de produits plus locaux. Pourtant, Genève reste encore à la traîne en termes de nombre d’exploitations bios. D’après Bio Suisse, 7,8% des fermes genevoises pratiquent l’agriculture selon ces préceptes, moins que la moyenne suisse (13,6%) et surtout le canton pionnier des Grisons, où six fermes sur dix sont désormais bios. Mais le pli est pris. Président de Bio Genève et paysan à Jussy, Grégoire Stoky souligne que neuf nouvelles fermes se reconvertissent cette année dans le bio, rejoignant les 37 exploitations qui ont déjà choisi ce mode de production. (TDG)

Créé: 28.10.2018, 10h31

Manger naturel réduirait le risque de cancer

Une diminution de 25% du risque de cancer a été observée chez les consommateurs «réguliers» d’aliments bios, par rapport aux personnes qui en consomment moins souvent. C’est ce que révèle une étude menée par une équipe notamment composée de spécialistes de l’Inra français (Institut national de la recherche agronomique). Les scientifiques se sont basés sur un échantillon d’environ 69 000 participants (78% de femmes, âge moyen 44 ans).
Au cours des sept années de suivi de cette enquête, qui s’est déroulée de 2009 à 2016, 1340 nouveaux cas de cancer ont été enregistrés et validés sur la base des dossiers médicaux, précise l’Inra. Cette diminution du risque de cancer (tous types confondus) a été particulièrement observée pour les cancers du sein chez les femmes ménopausées (diminution du risque de 34%) et les lymphomes (diminution de 76%).
Selon l’Inra, la présence de résidus de pesticides synthétiques beaucoup plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus d’une agriculture conventionnelle, comparativement aux denrées bios, explique en particulier cette différence.
Mais les scientifiques relèvent une autre explication possible. Des teneurs potentiellement plus élevées en certains micronutriments (antioxydants caroténoïdes, polyphénols, vitamine C ou profils d’acides gras plus bénéfiques) dans les aliments bios protégeraient les consommateurs de ces maladies.
Mais les experts de l’Inra estiment que «les conclusions de cette étude doivent être confirmées par d’autres investigations conduites sur d’autres populations d’étude, dans différents contextes». La diffusion de cette information a connu un vif succès sur le site de la revue qui l’a publiée.

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