Mon amour, j’ai décidé de faire une vasectomie

Cette méthode de stérilisation, toujours qualifiée d’irréversible, n’est plus un tabou auprès des jeunes pères.

La vasectomie consiste à couper les canaux déférents, qui transportent les spermatozoïdes produits dans les testicules. Peu pratiquée en France, elle concerne plus de 20% des hommes au Royaume-Uni.

La vasectomie consiste à couper les canaux déférents, qui transportent les spermatozoïdes produits dans les testicules. Peu pratiquée en France, elle concerne plus de 20% des hommes au Royaume-Uni. Image: CORBIS

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«Mon épouse a toujours été antimédicaments et après quatre enfants, il m’est rapidement apparu que la meilleure solution, c’était la vasectomie. J’avais alors 35 ans.» Le témoignage d’Alain, informaticien vaudois âgé aujourd’hui de 43 ans, illustre un phénomène plutôt méconnu dans nos contrées. Contrairement aux pays anglo-saxons, où la pratique semble plus courante: environ un Britannique et un Canadien sur cinq choisiraient de subir une vasectomie! S’il n’existe pas de chiffres suisses, faute de statistiques nationales en matière de santé, cette méthode de stérilisation ne semble plus être un tabou.

«Je n’ai aucun problème à en parler autour de moi et rares sont les personnes à sembler choquées», constate Simon, 35 ans, père de trois enfants, opéré l’an dernier dans un cabinet privé. Le jeune homme explique que son propre père avait déjà subi une vasectomie et que ce choix, discuté également avec sa femme, lui semblait être un juste retour des choses. «Elle a pris la responsabilité de la contraception durant des années; j’estime que c’est mon tour. D’autant que je suis sûr de ne plus vouloir de bébé même si, touchons du bois, nous devions nous séparer un jour.»

Vingt-huit cas par an au CHUV

Le professeur Patrice Jichlinski, chef du Service d’urologie du CHUV, confirme que les profils d’Alain et de Simon sont représentatifs des hommes qui décident de franchir le pas de la vasectomie. Cette intervention radicale reste toutefois rare au Centre hospitalier universitaire vaudois: en moyenne 28 cas par année, un chiffre stable. «La plupart de ces patients ont la trentaine, père de deux ou trois enfants, et sont en général en couple. Dans ma pratique, je discute beaucoup au préalable avec eux, leur posant un certain nombre de questions sur leur motivation. En général, je refuse d’entrer en matière s’ils n’ont pas d’enfants, car il faut partir du principe que cette opération est définitive.»

Un point sur lequel tous les urologues insistent beaucoup. Car si cette technique chirurgicale, pratiquée dès la fin du XIXe siècle – essentiellement dans un but eugénique à l’époque –, est plutôt bénigne et relativement peu coûteuse (lire ci-contre), elle continue à être présentée comme irréversible. Selon une étude publiée en 2006 dans la Forum Médical Suisse, 5% des hommes vasectomisés demandent par la suite une vasovasostomie afin de rétablir leur fertilité. «Dans 90% des cas, la demande est motivée par un nouveau mariage avec une femme plus jeune», peut-on lire dans la revue médicale. Or, rappelle Patrice Jichlinski, les chances de réussite d’une vasovasostomie (cinq par an au CHUV) ne sont pas garanties, en particulier si cette microchirurgie est réalisée plus de dix ans après une vasectomie.

Pas d’amalgame avec la virilité

Reste qu’à une époque où la contraception hormonale, symbole de la libération de la femme dès la fin des années 60, suscite une méfiance accrue, comme en témoigne la salve de critiques lancée il y a deux ans contre les pilules de 3e et 4e générations, une relation plus «égalitaire» semble peu à peu s’instaurer au sein des jeunes couples au travers du mode de contraception. «Les jeunes papas s’investissent plus dans l’éducation de leur progéniture ainsi que dans la garde et le partage des tâches ménagères. Cela me paraît en effet aller dans le même sens», confirme Simon. Cela fait partie de l’argument «c’est ton tour!» que Patrice Jichlinski entend également souvent, même s’il souligne s’assurer que la décision est prise par le mari, sans pression.

Et qu’en est-il de leur sentiment de masculinité, dans une culture judéo-chrétienne et latine où la contraception reste encore souvent perçue comme une affaire de femmes? A entendre ces deux pères, aucun amalgame à faire entre virilité et stérilité. A leurs yeux, la vasectomie n’est pas synonyme de «mâle castré». «En elle-même, l’opération est peu douloureuse et je suis allé travailler le lendemain. Mais j’avoue qu’après m’être fait boucher les tuyaux, j’ai tout de même ressenti un petit quelque chose, comme un truc à digérer, une page qui se tourne…», se souvient Alain, qui précise connaître un certain nombre d’amis ayant également passé comme lui sur le billard. «Je pense que c’est une forme de responsabilisation de l’homme, en lien avec un souci d’égalité avec la femme, conclut-il. Mais pour ma part, il s’agit avant tout de mon propre confort car je déteste les préservatifs.»

Créé: 13.11.2015, 16h30

Coût de l’opération: de 500 à 1000 francs

L’intervention, le plus souvent en ambulatoire, consiste à couper les canaux déférents, qui transportent les spermatozoïdes produits dans les testicules. La technique la plus fréquente - utilisée par le CHUV - se pratique sous anesthésie locale; les ouvertures étant ensuite refermées à l’aide de petites sutures. La seconde méthode, dite «sans bistouri», a été développée dans les années 1970 en Chine, pays qui vient de mettre un terme à la politique de l’enfant unique. Elle ne nécessite aucun point de suture et se fait également sous anesthésie locale, via une micro-incision.

Décrite comme bénigne – 3 à 5 jours sans activité trop vigoureuse –, la vasectomie reste une opération chirurgicale, avec les risques qui en découlent. Parmi les plus graves, note Patrice Jichlinski, des hémorragies ou même des infections, heureusement très rares. La stérilisation, obtenue dans 97% à 98% des cas, n’est pas immédiate. Les médecins recommandent au patient de poursuivre la contraception habituelle durant deux à trois mois afin d’éviter une grossesse non désirée et d’effectuer une analyse du sperme après cette période afin de s’assurer de l’absence de spermatozoïdes.

Comme pour toutes les méthodes de contraception, cette opération n’est pas prise en charge par l’assurance-maladie de base. Mais certaines assurances complémentaires peuvent couvrir une partie des frais. Le coût dépend de l’établissement et peut varier de 500 à 1000 francs. Enfin, comme pour toute opération chirurgicale, la loi stipule qu’une vasectomie ne peut être pratiquée que sur une personne âgée de plus de 18 ans, capable de discernement, qui a été informée de manière détaillée sur l’intervention et qui y a consenti librement, en signant un document écrit.

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