L’EPFL se replace au centre de l’Europe

Fusion nucléaireLa haute école fédérale inaugure un Swiss Plasma Center, où vont converger des chercheurs de toute l’Union.

De gauche à droite, devant le réacteur à plasma («tokamak») du Centre suisse, Tony Donné (EUROfusion), Bruno Moor (Confédération), Ambrogio Fasoli (directeur du Centre), Jérôme Paméla (directeur d’ITER France) et Simon Webster (Commission européenne).

De gauche à droite, devant le réacteur à plasma («tokamak») du Centre suisse, Tony Donné (EUROfusion), Bruno Moor (Confédération), Ambrogio Fasoli (directeur du Centre), Jérôme Paméla (directeur d’ITER France) et Simon Webster (Commission européenne). Image: FLORIAN CELLA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«C’est tout simplement l’un des plus grands projets internationaux jamais conduits, que ce soit d’un point de vue scientifique ou d’un point de vue technique!» Philippe Gillet, vice-président de l’EPFL, n’a pas mâché ses mots ce mardi lorsqu’il a tenté d’expliquer à quoi participait le Swiss Plasma Center (ou Centre suisse des plasmas), inauguré sur le campus de la haute école fédérale. Les installations et les quelque 130 scientifiques et collaborateurs qui se trouvent dans le Centre de recherche en physique des plasmas (l’ancien nom) se retrouvent en effet au cœur d’un gigantesque programme de recherche appliquée non seulement européen mais aussi mondial. But avoué: construire un réacteur montrant que l’on peut contrôler la fusion nucléaire (nom de code ITER) en utilisant des plasmas (quatrième état de la matière) aussi chauds, voire plus, que les températures régnant au cœur de notre soleil. D’ici à 2027 au mieux…

En attendant, le Centre des plasmas sis à l’EPFL, qui existe depuis les années 1960 mais a subi plusieurs mises à niveau, a droit ces jours à un nouveau lifting conséquent, la Confédération ayant débloqué 10 millions de francs.

De quoi transformer l’endroit pour l’aligner sur les nouvelles exigences du programme européen de fusion nucléaire, explique le professeur Ambrogio Fasoli, directeur du Centre, et en faire l’une des trois seules installations européennes sélectionnées pour tester les principes de fonctionnement du futur réacteur ITER expérimental avant sa mise en service dans le sud de la France.

Afflux d’Européens à l’EPFL

Du coup, l’EPFL va voir débarquer, dès le mois d’octobre et par tranche de vingt-cinq, des dizaines et des dizaines de chercheurs venant de toute l’Europe, qui pourront apporter leur pierre à ce colossal édifice, dont le budget avoisine les 15 milliards d’euros.

La participation suisse à la partie européenne du programme, acquise pour cette année et la suivante, reste cependant dépendante sur le plus long terme de l’évolution des relations politiques avec l’Union européenne après l’acceptation en Suisse de l’initiative limitant l’immigration, en février 2014.

«Selon les déclarations officielles de Bruxelles, rien n’est garanti après 2016, après février 2017, pour être précis, soit trois ans après le vote suisse du 9 février, note Ambrogio Fasoli. Notre participation se situe sur le même plan que celle de la Suisse au programme-cadre européen Horizon 2020. Et on voit que notre place dans le programme de fusion européen est un enjeu non seulement scientifique mais aussi politique, une carte utilisée par la Suisse dans les négociations avec Bruxelles. Certains Etats membres, la France notamment, voulaient que nous puissions continuer à faire partie du consortium EUROfusion.»

En attendant, les responsables du Swiss Plasma Center font aussi un effort pour ouvrir encore plus leur Centre au reste de la Suisse, et notamment aux industriels. «Nous avons déjà certaines technologies développées ici qui ont permis des avancées dans des domaines comme les instruments médicaux, rappelle le professeur Minh Quang Tran, prédécesseur d’Ambrogio Fasoli. Et il y a d’autres applications possibles, pour lesquelles nous voulons travailler avec le secteur privé, comme les emballages alimentaires, la stérilisation des denrées comestibles, ou celle de la peau avec des plasmas à plus basse température…»

Créé: 22.09.2015, 21h45

ITER, ou l’énergie du soleil domptée

En construction à Cadarache, près d’Aix-en-Provence, le réacteur ITER fonctionnera en recréant ce qui se passe dans le cœur de notre étoile, où des atomes fusionnent et libèrent en le faisant des énergies colossales. Les combustibles de base (deutérium et tritium légèrement radioactif) seront différents de ceux de notre soleil, et les températures encore plus élevées. La fusion se produira dans du plasma (un gaz où les électrons ne sont plus solidaires des noyaux des atomes) qui sera confiné dans un anneau par des aimants géants fonctionnant à très basse température (4 degrés Kelvin, soit environ –270 degrés Celsius) et sous vide. La cuve du réacteur sera un cube d’environ 30 mètres de haut sur 30 de large. Et la dalle antisismique qui portera ce réacteur devra supporter un poids respectable. Le but d’ITER, qui devrait produire ses premiers plasmas d’ici à 2027 et est le fruit de la collaboration de sept agences nationales (Europe, Etats-Unis, Chine, Japon, Russie, Corée du Sud, Inde), sera de montrer la faisabilité de la technique. Après cela, un deuxième réacteur, déjà baptisé DEMO, devra montrer qu’on peut produire de l’électricité. D’ici à 2050…

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après les frappes iraniennes sur l'Arabie saoudite
Plus...