La verte Naomi Klein lance l’alerte rouge avec son pavé

EcologieDans «Tout peut changer», la journaliste canadienne préconise des profonds changements socio-économiques pour une meilleure gestion des ressources.

L’extraction du phosphate à Nauru a brièvement propulsé l’île du Pacifique à la tête du hit-parade des pays les plus riches du monde avant d’en faire une terre dévastée, sans aucun avenir.

L’extraction du phosphate à Nauru a brièvement propulsé l’île du Pacifique à la tête du hit-parade des pays les plus riches du monde avant d’en faire une terre dévastée, sans aucun avenir. Image: Reuters

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Parmi toutes les catastrophes écologiques que dénombre la journaliste canadienne Naomi Klein dans son dernier ouvrage, Tout peut changer – Capitalisme et changement climatique, il en est une qui est peut-être la pire de toutes: le déni de la menace qui pèse sur la planète et l’incapacité chronique de prendre les résolutions d’un changement de cap décisif. «Si le nécessaire n’a pas encore été fait pour réduire les émissions, c’est parce que les politiques à mettre en œuvre sont fondamentalement incompatibles avec le capitalisme déréglementé dont l’idéologie a dominé toute la période durant laquelle nous nous sommes démenés pour trouver une issue à la crise du climat.»

D’entrée de jeu, l’enquêtrice, qui avait mis à mal l’invasion marketing des grandes marques dans No Logo (2000) et les stratégies néolibérales dans La stratégie du choc (2007), annonce la couleur. Verte. Mais rouge aussi, même si elle reste prudente dans ses formulations puisque l’Amérique du Nord supporte mal les références gauchistes. Si son livre traite de multiples aspects de la crise écologique actuelle, les perspectives d’avenir qu’elle ouvre ne se contentent pas de passer en revue de strictes mesures de régulation (et d’abandon!) de l’industrie des énergies fossiles, mais affirme que les nations de la planète vont devoir sérieusement revoir le modèle socio-économique du capitalisme pour donner une chance à une gestion responsable des ressources.

La dette climatique reste à payer

L’investissement dans des énergies renouvelables aux rendements beaucoup plus faibles et aux profits redistribués dans les régions qui en supportent les nuisances – les terrains d’éoliennes, par exemple – ne permettrait plus le même rythme de développement, même s’il créerait probablement bon nombre d’emplois. La reconnaissance de la «dette climatique» – un calcul des profits qu’ont permis le charbon ou le pétrole depuis deux siècles et qui contraindrait les pays développés à un plus grand effort que leurs homologues entrés dans le jeu des énergies fossiles plus tardivement – grèverait aussi le budget des nations les plus en pointe du capitalisme actuel…

Mais avant d’en arriver aux solutions (ou plutôt à ce qu’elle considère comme des contraintes à court terme), la militante ne ménage pas ses efforts pour dresser le portrait d’une planète en feu. Alors que les préoccupations écologiques sont vieilles de 50 ans, les émissions ne cessent d’augmenter, avec une nette accélération dans les années 2000. La prospection et l’exploitation de nouvelles sources minières comme les sables bitumineux ou le gaz de schiste (par la préoccupante technique de la fracturation hydraulique) s’intensifient, notamment aux Etats-Unis et au Canada.

La terre se creuse partout

Selon une enquête de 2013 du Wall Street Journal, «plus de 15 millions d’Américains vivent à moins de deux kilomètres d’un puits creusé depuis 2000». Les oléoducs et leurs accidents de déversement ou les transports par train ne manquent pas d’effets néfastes sur les territoires parcourus. Plus personne n’est à l’abri, les sites pollués (ou polluables en raison de gisements détectés) touchent une population toujours plus large. Cette proximité grandissante avec des sources de pollution a néanmoins aussi des effets positifs sur la prise de conscience des populations lésées. Ironie de l’histoire: sur territoire américain, l’un des leviers pour agir contre les nuisances des grands groupes sont les traités historiques passés avec les peuples autochtones, les Amérindiens, qui permettent de contrecarrer légalement des projets d’extraction ou de transport en vertu de la préservation de leur territoire de chasse et de pêche.

De la désinformation climatosceptique et ses lobbies financés par l’industrie aux promesses non tenues de multimilliardaires qui, comme Richard Branson, patron de Virgin, a promis en 2006 d’investir 3 milliards dans les énergies renouvelables, les thématiques abordées dans Tout peut changer ne manquent pas. L’un de ses chapitres les plus angoissants est consacré aux spécialistes de la géo-ingénierie, qui promettent volontiers des solutions d’apprentis sorciers, comme l’injection massive de soufre dans la stratosphère (un phénomène qui se produit lors des éruptions volcaniques très puissantes) pour diminuer la température du globe, même si certaines études concluent à l’apparition concomitante de sécheresses importantes.

Certaines solutions portent la marque du système qui pose justement problème. Laisser les technocrates de l’«extractivisme» se débarrasser de leur stock de soufre n’est peut-être pas la meilleure d’entre elles…

Avec sa somme documentée – un pavé de plus de 600 pages –, Naomi Klein envoie un nouveau signal d’alarme à quelques mois de la décisive Conférence de Paris sur les changements climatiques, en décembre. Selon certains experts, le temps presse. La fenêtre pour amorcer l’objectif d’une limitation de 2 °C de réchauffement d’ici à la fin du siècle pourrait se fermer dans deux ans. Peu suspecte d’écologisme forcené, la société d’audit PricewaterhouseCoopers prévoit plutôt une hausse de 4 à 6 °C sur la période et des entreprises d’armement conseillent d’envisager une production en hausse dans les prochaines décennies en raison des troubles climatiques. «Tout peut changer», mais il faut faire vite.

Créé: 12.04.2015, 17h48

Infos

«Tout peut changer - Capitalisme & changement climatique»

Naomi Klein

Ed. Actes Sud
630 p.

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