Après la sécheresse, la détresse des hérissons

FauneLes centres de soins débordent de petites boules affamées, qui n’ont pas les réserves pour passer l’hiver.

Sandra Bals, responsable du centre de soins de Le Vaud, porte une femelle. Elle pesait 94 g. Après sept semaines de soins, elle pèse 300 g

Sandra Bals, responsable du centre de soins de Le Vaud, porte une femelle. Elle pesait 94 g. Après sept semaines de soins, elle pèse 300 g Image: Vanessa Cardoso

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Dans sa cage, un petit hérisson grignote avec vigueur les grosses croquettes qui remplissent son bol. Il a l’air en bonne santé, mais lorsqu’il est arrivé au parc animalier La Garenne, le 3 octobre dernier, il ne pesait que 94 grammes! Après avoir été requinquée au biberon, nettoyée et vermifugée, cette petite femelle vient de se mettre au régime pâtée pour chiens, fruits et champignons. Sur le grillage, une fiche indique ses progrès: 300 grammes. Encore insuffisant pour être relâchée ou glisser sous la couette de paille et de feuilles de l’hibernatoire installé au zoo, car il faut attendre un poids minimum entre 500 et 600 grammes pour affronter les frimas.

«Elle faisait partie d’une portée de trois petits trouvés en forêt. Les deux autres n’ont pas survécu. Elle était maigre, pleine de tiques et infectée par des asticots», raconte Sandra Bals, assistante vétérinaire responsable du centre de soins de Le Vaud. Cet automne, ce dernier déborde de ces petites boules piquantes amaigries, amenées par des âmes charitables qui les ont récupérées dans la nature ou dans leur jardin.

Des naissances tardives

C’est qu’avec la sécheresse qui a régné cet été, les hérissons ne trouvaient plus leur nourriture habituelle que sont les limaces, les vers de terre et les insectes. Ils ont donc eu de la peine à constituer les réserves de graisse nécessaires pour se mettre en hibernation. Alors que les hérissons ne sortent que la nuit, on les a vus chercher de la nourriture le jour.

En plus, avec les températures très douces qui ont perduré cet automne, des femelles ont eu cette année deux, voire trois portées, avec des petits nés au-delà de la période de reproduction habituelle qui se situe entre les mois d’avril et de septembre. «En 2016 et 2017, on recevait une petite trentaine de hérissons au mois d’octobre, cette année 55. On voit bien, avec ce nombre, l’effet des bonnes conditions météo sur l’explosion des naissances tardives», constate Raoul Feignoux, biologiste à La Garenne.

Au nouveau refuge Erminea, à Chavornay, on vit la même situation de crise. Alors qu’à fin octobre, ce sanctuaire pour animaux sauvages soignait 9 hérissons, il en abrite actuellement plus d’une trentaine, dont beaucoup de jeunes. «Il y en a tellement qu’on n’a plus de place dans nos enclos, il a fallu rajouter des cages dans le couloir», explique Nathalie, une bénévole.

Si certains ont été blessés, la plupart sont très affaiblis. «Un tiers d’entre eux ne survivent pas. Une partie passera tout l’hiver chez nous, les autres sont remis à ceux qui nous les ont apportés».

Le bon geste

C’est ce qui est arrivé à Vincent et Sarah, d’Yverdon. Leur jardin est habité par plusieurs hérissons. Suite à la canicule, on leur avait recommandé d’y mettre une petite cabane pour leur offrir un abri et leur permettre d’hiberner. «On y a mis des croquettes et toutes les nuits, les hérissons venaient les manger. Mais fin octobre, on a découvert un petit qui semblait malade. Il pesait un peu moins de 500 gr. et le lendemain il avait encore perdu du poids, raconte Vincent. Alors on l’a apporté à Erminea. Là, on nous a dit qu’il avait la coccidiose (infection parasitaire). Il a été traité, mais deux nuits après, on nous l’a rendu, en nous conseillant de lui laisser des croquettes pour qu’il puisse survivre. On l’a relâché et on ne l’a plus revu.»

Cet automne, le Parc La Garenne recevait des appels tous les jours de gens éplorés par l’état de «leur» hérisson. «Car ceux qui nous apportent celui qui habite leur jardin lui ont souvent donné un nom, comme «Pic-Pic» ou «Bouboule», et rappellent souvent pour prendre de ses nouvelles», s’amuse Sandra Bals.

Ce fort attachement au petit animal n’est pas sans risque, car faute de connaissances et par volonté de trop bien faire, certains «délocalisent» parfois un petit alors qu’il aurait pu se débrouiller tout seul. «Dire qu’il ne peut survivre en dessous de 600 grammes, comme on peut le lire sur certains sites d’association, n’est pas une règle, cela dépend du contexte. Avec quelques croquettes à manger, un hérisson un peu maigre vivra mieux que d’être enfermé durant six mois», estime Tatiana Tarchini, la spécialiste hérisson d’Erminea. (TDG)

Créé: 24.11.2018, 11h32

Aider, mais sans trop en faire

Nourrir les animaux sauvages est vivement déconseillé, voire interdit. Sauf dans des situations exceptionnelles comme la sécheresse de cet été, qui peut conduire à une hécatombe parmi certaines espèces. Référence en la matière, Pro Hérissons Suisse rappelle que le hérisson est un animal protégé et qu’on ne peut le détenir et le soigner qu’au bénéfice d’une autorisation. Reste que pour favoriser la biodiversité, les particuliers qui ont un jardin sont encouragés à favoriser leur reproduction en renonçant aux pesticides et antilimaces, en laissant des abris naturels, comme tas de bois et de feuilles ou une caisse leur permettant de faire leur nid ou d’hiverner.
Donner de l’eau et des croquettes pour chien ou chat peut les aider à passer un mauvais cap, mais établir une mangeoire permanente peut être néfaste, car elles attirent renards, martres et chats, qui risquent d’échanger parasites et maladies. Un hérisson reste un animal sauvage. Il ne doit être recueilli que s’il est blessé, ne se met pas en boule, montre un comportement apathique ou est infesté de puces, mouches ou tiques. «Le mieux alors est de l’apporter dans un centre de soins agréé, où on a de l’expérience pour nourrir un bébé, analyser les crottes et lui donner le bon médicament pour lutter contre les parasites intestinaux», recommande Sandra Bals.

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