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LittératureSauvage je suis, sauvage je resterai

Le nouveau roman de l’auteure genevoise Douna Loup désaltère comme un bol d’eau fraîche.

Douna Loup, romancière.
Douna Loup, romancière.
DR

«S’ensauvager: se rendre sauvage, devenir sauvage.» On disait au Moyen Âge «s’ensauvagir», et le mouvement actif du verbe résonne particulièrement bien pour un mot si beau, héritier en ligne directe des racines latines de la forêt profonde et de l’état de nature. Un si beau mot qui a bien souffert ces dernières années. Malmené par l’extrême droite française, il s’est vu assigner le rôle de synonyme de diverses formes de violence gratuite et de délinquance des jeunes.

«Lorsque je m’éveillais je lisais l’avenir du jour dans les plis de mes draps»

Douna Loup, romancière

Le nouveau roman de Douna Loup tombe à pic pour sa défense, et c’est à sa réhabilitation que nous invite l’auteure née à Genève en 1982, qui vit aujourd’hui en France. «Les Printemps sauvages» célèbre dans une langue solaire la saine rébellion. Celle qui pousse sur les routes l’héroïne du roman, Olo, et sa mère revenue à elle après une séparation tragique. Cette révolte intime les conduit à mener dans l’extrême simplicité des arbres une vie dépouillée de tout ce qui ne tend pas vers la sincérité du cœur et des relations entre les êtres devenues douces. «Lorsque je m’éveillais je lisais l’avenir du jour dans les plis de mes draps. C’était important [...] Leurs froissés, leurs ombres, leurs courbes, leurs trous, tout cela m’informait sur le jour à venir et c’était important, vu les circonstances, d’avoir déjà une idée globale du court de la vie.»

On absorbe la lecture de ces «Printemps sauvages» comme un bol d’eau fraîche, apaisante et astringente à la fois. Douna Loup nous offre avec son Petit manuel d’ensauvagement une recette à picorer: «Se connaître nu [...] Manger des feuilles de pissenlit fraîches lavées à l’eau de rivière. S’en foutre de tout [...] Se dissoudre dans le soir sur une véranda vide ou ailleurs [...] Hurler [...] Poémiser [...] Jouer au loup.» Chiche?

«Les Printemps sauvages» de Douna Loup, Éditions Zoé, 160 pages

3 commentaires
    E. Caminade

    "Le COURT de la vie " : quelle belle trouvaille poétique !