Le rôle caché de notre flore intestinale dans l’addiction

SantéBenjamin Boutrel mise sur le profil bactérien pour combattre la dépendance au sucre ou à l’alcool.

«Dans quelques années, le sucre fera plus de victimes que le tabac et l’alcool», s’inquiète le chercheur Benjamin Boutrel, du Laboratoire de neurobiologie des troubles addictifs et alimentaires du CHUV. Ce spécialiste des addictions explore une nouvelle voie pour lutter contre l’épidémie d’obésité.

«Dans quelques années, le sucre fera plus de victimes que le tabac et l’alcool», s’inquiète le chercheur Benjamin Boutrel, du Laboratoire de neurobiologie des troubles addictifs et alimentaires du CHUV. Ce spécialiste des addictions explore une nouvelle voie pour lutter contre l’épidémie d’obésité. Image: JEAN-GUY PYTHON

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L’incidence des gènes codant des protéines sur le développement des maladies est bien connue. Notre corps abrite une autre catégorie de gènes, moins médiatisés: ceux des bactéries intestinales. Ils intéressent Benjamin Boutrel, chercheur et chef du Laboratoire de neurobiologie des troubles addictifs et alimentaires du CHUV. La nouvelle voie explorée par ce spécialiste des addictions suscite des espoirs de traitements.

En quoi l’intestin influence-t-il les addictions?

On sait depuis une vingtaine d’années qu’il est notre deuxième cerveau. À l’intérieur vivent des bactéries qui ont elles-mêmes un génome. C’est le microbiote, anciennement appelé flore intestinale. Je pense que notre profil génétique bactérien nous influence significativement et module notre comportement plus que ce que l’on croit. Nous sommes sensibles à ces milliers de petites voix bactériennes.

Comment nous parlent-elles?

Prenons l’addiction au sucre ( ndlr: qui peut être, chez certains, aussi addictogène que les drogues dures ). Et s’il existait des bactéries qui ont besoin de plus de sucre que les autres? Imaginons qu’un déséquilibre se crée dans le microbiote et qu’elles deviennent majoritaires. Pourquoi n’émettraient-elles pas des signaux du genre: «garçon, vous m’apporterez une double ration de sucre!»? Cette information remonterait au centre décisionnel pour ouvrir l’appétit. Je propose, avec mes recherches, d’élargir le champ de réflexion sur les troubles addictifs. Pourquoi les gens n’arrivent-ils pas à tenir un régime? Pourquoi une femme enceinte qui arrête de fumer reprend l’année suivante? La situation actuelle n’est pas satisfaisante. Et si, depuis cinquante ans, la psychiatrie biologique se contentait de mettre un gros pansement – très cher – sur une jambe de bois?

Vous voulez dire qu’il faudrait prendre en compte ce fameux profil bactérien?

Oui. Mon hypothèse est que nous traitons aujourd’hui un phénomène que l’on pense centré sur notre cerveau, en occultant le fait qu’une zone (les intestins) n’est pas soignée et continue d’envoyer des messages de dérèglement.

Le lien entre nos comportements et les bactéries est-il démontré?

Nous nous sommes aperçus en 2017 que les rats ne sont pas égaux face à l’alcool, tout comme l’humain. Une moitié parvient à boire avec modération, tandis que 12% environ présentent des risques majeurs de perte de contrôle de leur consommation (on retrouve ce même pourcentage chez l’homme). Nous avons proposé à des rats du sucre et de l’alcool, puis étudié le profil bactérien de la minorité qui montre une préférence marquée pour la boisson. Résultat: il y a une corrélation entre ce profil et leur comportement en matière d’addiction.

Quelles solutions se dessinent pour soigner l’alcoolisme?

Imaginons que la signature bactérienne permette d’identifier les personnes à risque. Je pense aux 25% de la population qui boit trop mais n’a pas encore de troubles associés à cette consommation. On peut imaginer ce discours préventif du médecin à son patient: «Vous êtes fragile et vous risquez de devenir alcoolique dans vingt ans si vous continuez.»

Ne serait-il pas aussi possible de corriger un microbiote déséquilibré?

Oui, avec des compléments alimentaires (comme les prébiotiques et les probiotiques), mais peut-être et surtout par un transfert de microbiote. Il s’agit de donner de la matière fécale d’une autre personne pour amener ses «bonnes» bactéries. Il y a des données préliminaires encourageantes, mais on ignore si cela fonctionne dans le cadre des pathologies addictives. En outre, l’approche thérapeutique peut rebuter, pour les raisons que vous imaginez. Je propose de tester le transfert de microbiote sur l’animal. S’il engendre un changement de comportement, cela nous donnera des clés.

Vous axez vos recherches sur l’alcool mais aussi le sucre.

C’est un problème de santé majeur. Dans les années à venir, le sucre sera responsable de plus de morts que l’alcool et le tabac! Je suis bien conscient qu’on ne résoudra pas le problème avec le seul transfert de microbiotes. Il faut sensibiliser, éduquer. Et taxer les gens qui vendent du sucre s’ils exagèrent les messages publicitaires! On connaît le rôle de l’industrie alimentaire dans la pandémie d’obésité. Vous trouvez normal que les céréales pour enfants contiennent entre 30% et 40% de sucre? Elles se vendraient tout aussi bien avec moitié moins. On pourrait dire aux marques: si vous voulez garder autant de sucre, vous devez diminuer les incitations et ne pas faire de la publicité à outrance.

Créé: 21.09.2019, 21h17

Visitez son laboratoire

Le tout nouveau Centre de neurosciences psychiatriques (auquel est affilié le laboratoire de Benjamin Boutrel) ouvre ses portes au public
le 28 septembre, de 11 h à 17 h. Dans ce bâtiment à 19 millions de francs, au cœur du site de Cery, les chercheurs cherchent des traitements contre la schizophrénie, la dépression, l’addiction aux drogues, l’anxiété, alzheimer… Voilà l’occasion de découvrir les travaux menés
par les différentes équipes au travers de visites et d’ateliers ludiques. M.N.

Programme et inscriptions aux ateliers: www.chuv.ch/cnp

Commentaire : Je souffre d’un cancer et n’ai plus de désir sexuel…

La vie intime est souvent bouleversée par l’annonce d’un cancer et par les traitements qui sont mis en place. Près de 50% des personnes atteintes d’un cancer se disent confrontées à des problèmes sexuels importants. Les traitements peuvent perturber l’équilibre hormonal, provoquer la chute des cheveux, la prise ou la perte de poids. Certaines chirurgies provoquent des lésions importantes. De nombreux patients souffrent de dépression et de fatigue. Ils ne reconnaissent plus leur corps et ne se sentent plus désirables. À l’inverse, le conjoint a parfois peur de faire mal à l’autre ou d’être trop intrusif. Il peut aussi avoir endossé le rôle de soignant et ne plus se voir comme un partenaire sexuel.

Si les problèmes sont multiples et le sujet douloureux, ils sont pourtant très peu abordés avec les soignants et même entre les partenaires. Parler de sexualité, alors qu’on fait face à une grave maladie, peut paraître déplacé, voire honteux. C’est oublier que la sexualité est un élément important de la qualité de vie et que, pour le bien-être du patient, elle doit être prise en compte dans les traitements oncologiques.

La première étape à franchir pour retrouver du désir sexuel est alors d’en parler. Avec votre partenaire tout d’abord. Il est ensuite possible que vous deviez faire le deuil de votre sexualité d’avant, pour vous adapter à votre corps et à ses possibilités actuelles. Mais rappelez-vous que la sexualité est diverse et variée et peut être réinventée à tout moment. Essayez de retrouver des moments de complicité avec votre conjoint et de garder un contact physique avec lui. Caressez-vous sans aller au départ vers une relation sexuelle complète. Vous développerez ainsi une nouvelle forme d’intimité et découvrirez ensemble ce qui vous apporte désormais du plaisir. N’hésitez pas enfin à vous faire aider par un sexologue. Il pourra vous donner des conseils et vous rassurer à deux.

Pr Francesco Bianchi-Demicheli
Responsable de l’Unité de médecine sexuelle et sexologie des HUG

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