L’oncologie assure une forte croissance à la pharma suisse

Journée mondiale contre le cancerLes bénéfices 2018 de Roche et Novartis ont bondi grâce à leurs traitements vendus au prix fort.

Vasant Narasimhan, patron de Novartis depuis le 1er février 2018.

Vasant Narasimhan, patron de Novartis depuis le 1er février 2018. Image: Keystone

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La date du 4 février est certes moins connue que celle du 1er décembre pour le sida. Mais, dans les faits, la mobilisation, au travers de cette Journée mondiale contre le cancer, est totale, face aux 18,1 millions de nouveaux cas recensés en 2018 et aux 9,1 millions de décès, dont l’immense majorité (70%) en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Pour preuve et pour la première fois, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) feront ce jeudi front commun contre ce fléau par le biais de conférences et de visites ouvertes au public.

«Un homme sur cinq et une femme sur six dans le monde développeront un cancer au cours de leur vie, et un homme sur huit et une femme sur onze meurent de cette maladie. À l’échelle mondiale, le nombre total de personnes vivant avec un cancer dans les cinq ans suivant le diagnostic, appelé prévalence à cinq ans, est estimé à 43,8 millions», affirme le Centre international de recherche sur le cancer. Et, hélas, ces chiffres ne sont pas appelés à baisser, du fait, notamment, du vieillissement de la population. Le cancer reste la première cause de mortalité en Occident et la deuxième, après les maladies infectieuses, sur le reste de la planète.

Des décès en recul

Or, parallèlement, le nombre de décès a fortement diminué dans les pays développés entre 1983 et 2012, de 36% chez l’homme et de 27% chez la femme. «Ce recul est principalement dû aux progrès thérapeutiques, au dépistage de certains cancers, à l’identification de prédispositions génétiques ainsi qu’à une meilleure information du public», explique le Pr Pierre-Yves Dietrich, médecin-chef du service d’oncologie aux HUG, dans le magazine «Pulsations». Et, désormais, les bonnes nouvelles se succèdent, qui vont de l’immunothérapie à la chirurgie de pointe et la médecine personnalisée.

Ces pistes d’espoir d’une vie plus longue, voire, carrément, de guérison, on les retrouve très exactement dans les résultats 2018 de Novartis et Roche, publiés la semaine dernière. Dans les deux cas, ce sont particulièrement les traitements anticancéreux qui ont boosté leur chiffre d’affaires et leur bénéfice. Novartis a ainsi connu une croissance de 5% de son chiffre d’affaires 2018, à 51,9 milliards de dollars (51,7 milliards de francs) et un bénéfice net de 12,6 milliards de dollars (+64%), certes fortement dopé par la cession à l’américain GlaxoSmithKline de ses parts dans la coentreprise dans les produits en automédication. Mais son unité Oncologie a vu ses ventes progresser de 9%, soutenues par quatre blockbusters (des médicaments à plus de 1 milliard de francs de revenus). Roche, de son côté, n’a pas fait moins. Chiffre d’affaires 2018 en hausse de 7%, à 56,9 milliards de francs, et bénéfice net amélioré de 23%, à 10,9 milliards de francs. Sa division pharmaceutique, où figurent trois blockbusters de poids dans l’oncologie, affiche, quant à elle, la belle croissance de 7%.

La guerre des titans fait ainsi rage pour dominer un marché estimé, aujourd’hui déjà, à 150 milliards de dollars par an. Pour preuve: le 4 janvier dernier, le géant américain Bristol-Myers Squibb a déboursé pas moins de 74 milliards de dollars pour racheter la biotech Celgene et devenir le leader mondial de l’oncologie. De leur côté, Roche et Novartis dénombrent à ce jour des centaines de molécules dans leur pipeline, destinées à combattre les 36 formes de cancers recensées. Si une grande partie de ces recherches pour trouver un nouveau médicament – dont les coûts de recherche et développement (R&D) sont estimés entre 700 millions et 1 milliard de francs – débouchent rarement, les quelques élus promettent des milliards de francs de rentrées.

100 000 francs par an

La semaine dernière, tant le nouveau CEO de Novartis, Vas Narasimhan, que celui de Roche, Severin Schwan, n’ont pas fanfaronné sur les profits tirés des nouveaux anticancéreux au coût annuel moyen et par patient de 100 000 francs, mais tous deux se montrent bien heureux de leur performance: «Un groupe de notre taille doit avoir des positions de leader sur la prochaine vague de thérapies», a ainsi déclaré mercredi dernier Vas Narasimhan, qui, en 2018, a fait un grand nettoyage au sein du groupe bâlois, misant à fond sur tout ce qui se fait de neuf grâce aux nouvelles technologies (thérapie génique, médecine nucléaire, thérapie cellulaire et, surtout, plateforme monstre de données pour la médecine personnalisée).

Certes, tout cela, chez Novartis, n’est de loin pas destiné au seul traitement du cancer, mais les quelque 9 milliards de francs dépensés chaque année en R&D prouvent l’importance de l’enjeu. Severin Schwan reste tout aussi pudique: «Je suis particulièrement heureux de la forte progression de nos nouveaux traitements», a-t-il déclaré jeudi. L’an dernier, Roche a également consacré quelque 9 milliards de francs en R&D, des sommes gigantesques pour des médicaments de plus en plus chers et à la fixation des prix résolument opaque.

Créé: 04.02.2019, 07h13

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