L'immunothérapie, la nouvelle arme anticancer

SantéEncore confidentielle il y a peu, l’immuno-oncologie suscite désormais de grands espoirs. Explications

L’immuno-thérapie combat les tumeurs en stimulant le système immunitaire des patients, afin qu’il détruise les cellules cancéreuses.

L’immuno-thérapie combat les tumeurs en stimulant le système immunitaire des patients, afin qu’il détruise les cellules cancéreuses. Image: MERCK

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A la tête d’une fortune estimée à 2,4 milliards de dollars, Sean Parker a les moyens. Plus que cela même. Mais plutôt que de dormir sur ses pièces d’or, comme un vulgaire Oncle Picsou, le fondateur de Napster, qui se définit lui-même comme un «pirate philanthrope», a décidé d’investir dans la recherche. Et pas n’importe quelle recherche.

Mercredi 13 avril, il a annoncé la création d’un institut consacré à l’immunothérapie, doté de 250 millions de dollars. Pour justifier son geste, le patron de 36 ans – incarné par Justin Timberlake dans le film «The Social Network» – a déclaré dans un communiqué: «Nous sommes à un tournant dans la recherche contre le cancer et il faut optimiser le potentiel unique des immunothérapies de manière à transformer tous les cancers en maladies pouvant être contrôlées. Cela permettra de sauver des millions de vies.»

Percée scientifique de l’année

Rien qu’en Suisse, environ 38 000 cancers sont diagnostiqués chaque année, entraînant plus de 16 000 décès. Ils représentent la première cause de mortalité chez les hommes et la seconde chez les femmes. Pour lutter contre cette maladie, de nombreux progrès ont été réalisées ces dernières années, en particulier en matière d’immuno-oncologie. Le principe est assez simple: «L’immuno-thérapie entend combattre les tumeurs en stimulant le système immunitaire des patients. Il s’agit donc d’utiliser contre le cancer des armes qui sont naturellement présentes dans le corps. C’est une approche complètement différente de la chimiothérapie qui l’affronte avec des produits toxiques, explique Nicolas Mach, oncologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et cofondateur de la société MaxiVAX. Cela fait plus de vingt ans que je travaille dans ce domaine. A l’époque, nous étions un peu considérés comme des illuminés. Aujourd’hui, il y a un buzz autour de cette technologie parce que les résultats cliniques publiés ces dernières années s’avèrent très prometteurs.»

Depuis cinq ans, en effet, les tests cliniques se multiplient et l’immuno-oncologie remporte des victoires impressionnantes dans la lutte contre des cancers difficilement traitables, comme le mélanome avancé. A tel point que la revue Science a qualifié la méthode de «percée de l’année 2013». «C’est actuellement l’un des domaines les plus dynamiques de la cancérologie, en termes de connaissances scientifiques et de développements thérapeutiques», souligne Vassili Soumelis, chef d’équipe au département Immunité et cancer à l’Institut Curie, à Paris.

Aider nos défenses naturelles

Mais comment fonctionnent ces traitements innovants? «Véritable armée de notre organisme, le système immunitaire nous défend contre les agents pathogènes étrangers comme les virus, bactéries et autres parasites. Mais il doit aussi nous débarrasser des agresseurs internes, en premier lieu des cellules cancéreuses, poursuit Nicolas Mach. Problème: «A la différence des virus, les dissemblances entre cellules tumorales et saines s’avèrent si minimes que le corps ne parvient pas toujours à les identifier, explique Vassili Soumelis. Il faut donc l’aider dans sa tâche, lui donner un petit coup de pouce.» Le principe de l’immuno-oncologie est donc de stimuler les défenses – d’augmenter leur sensibilité – afin qu’elles détruisent les cellules cancéreuses.

Pour y parvenir, les chercheurs ont commencé par copier-coller les approches vaccinales utilisées dans la lutte contre les maladies infectieuses. Mais, contrairement à la vaccination habituelle, il s’agit ici de soigner et non de prévenir. La méthode consistait alors à soumettre au corps des morceaux de cellules de la tumeur du patient ou à utiliser des activateurs du système immunitaire, notamment des interleukines et des interférons. Mais ces stratégies n’ont pas apporté les résultats escomptés.

Et pour cause: «C’est un peu comme dans une voiture, poursuit Vassili Soumelis. Si vous appuyez sur la pédale de l’accélérateur alors que le frein à main est enclenché, vous n’avancez pas. Aujourd’hui, nous avons identifié une trentaine de modulateurs. Il faut donc imaginer une voiture avec 15 pédales d’accélérateur et 15 freins, toutes interagissant les unes avec les autres, ce qui rend la situation très complexe. Mais en jouant sur ces leviers, il est possible de lutter efficacement contre les cancers.» Chez la souris et dans quelques cas de tumeurs humaines, les chercheurs sont ainsi parvenus à déclencher une réponse appropriée.

Maladies auto-immunes

En pratique, la stratégie passe désormais par plusieurs approches différentes et complémentaires, comme la vaccination, la stimulation immunitaire et la thérapie cellulaire. Les avantages sont nombreux: «En théorie, l’immunothérapie peut se révéler efficace contre n’importe quel type de cancer, note Nicolas Mach. Par rapport à la chimiothérapie, cette technique représente aussi un changement complet de philosophie: on ne cible plus la tumeur avec des produits toxiques, on passe par un intermédiaire naturel. Les effets secondaires devraient donc s’avérer plus supportables pour le patient. Nous espérons par ailleurs que la mémoire immunitaire – ce qui fait que les vaccins protègent pour une longue période, notamment – permettra aux personnes traitées de ne pas subir de rechute ou de métastases.»

Mais il y a un «mais»: «En stimulant les défenses, nous faisons courir le risque au patient de ne plus contrôler sa réponse immunitaire et ainsi de déclencher des maladies auto-immunes, souligne Vassili Soumelis. En tout état de cause, l’immunothérapie ne constituera pas, à elle seule, la solution miracle pour tous les patients. Mais combinée avec les traitements actuels (chirurgie, chimiothérapie et rayon X), elle apporte une nouvelle arme à l’arsenal thérapeutique.»

Une nouvelle arme qui demande encore un grand travail de recherche: «Nous n’en sommes qu’au début, rappelle Nicolas Mach, mais j’en suis persuadé: l’immunothérapie représente le futur.»

Créé: 22.04.2016, 16h47

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