L’air est moins pollué à Genève, mais le flou persiste

PollutionUn rapport de l’État évoque une diminution des polluants. Mais les outils de mesure sont limités.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Caque matin, des centaines de milliers de motards, cyclistes, piétons ou autres automobilistes sillonnent les principales artères de Genève pour se rendre au travail. Et chaque soir, ils font le chemin en sens inverse. L’air qu’ils respirent figure, il y a fort à parier, parmi le plus pollué du canton. Les véhicules, diesels ou essence, rejettent des gaz nocifs.

Quelle est donc la qualité de l’air sur la route de Chêne, le pont du Mont-Blanc ou l’avenue du Mail? Le tout nouveau rapport du Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants de l’État (Sabra), publié cette semaine, ne permet pas d’y répondre, même s’il montre une embellie de manière générale: les principaux polluants de l’air cantonal (qui n’émanent pas tous de la route) sont plutôt en recul.

Les particules fines – ces rejets des chaudières, de l’industrie, des combustions – sont moins présentes. La concentration des poussières en suspension dans l’air dont le diamètre aérodynamique est inférieur à dix microns, dites PM10, a encore baissé l’an dernier. Elle est depuis 2016 sous la limite fixée par la Berne fédérale, même en milieu urbain.

Mesurer la qualité de l’air, un défi

La concentration de dioxyde d’azote (NO2) – brunâtre, il sort des moteurs à combustion – a diminué en 2017, mais sur la dernière décennie les chiffres sont stables. Depuis 2010, le territoire cantonal exposé à des concentrations supérieures aux normes s’est réduit de moitié, mais le centre-ville et l’aéroport demeurent en rouge sur la carte. Quant à l’ozone (O3), les dépassements des normes fédérales ont été limités l’an dernier, surtout en milieu urbain, où ils sont détruits chimiquement par les autres polluants.

Cette amélioration s’explique par la moindre nocivité des nouveaux carburants et la plus faible consommation des véhicules modernes, quand bien même le trafic s’intensifie – le parc de véhicules motorisés immatriculés dans le canton s’est encore accru en 2017. Les chaudières, aussi, sont plus propres.

Quatre stations de mesure de la qualité de l’air sont installées à Genève: une à la campagne (Chancy), deux en milieu suburbain (Meyrin et Foron) et une en ville, à la rue Necker. Septante-trois capteurs à travers le canton renforcent l’arsenal. Des simulations, tirées de ces données, permettent d’affiner les résultats. Suffisant pour dresser une radiographie générale de la pollution dans le canton. Mais insuffisant pour répondre aux préoccupations des usagers de la route. «Impossible d’avoir des résultats plus précis, ou alors ce serait trop coûteux, les technologies ne sont pas prêtes», selon Philippe Royer, directeur du Sabra.

Mesurer la qualité de l’air relève du défi: «Elle varie selon les saisons, le vent, l’architecture urbaine, la météo, les heures, le trafic, indique Philippe Royer. La pollution peut être très localisée.» Dans la vallée de l’Arve voisine, les chauffages au bois et l’industrie salissent particulièrement l’air. «Genève ne se démarque pas des autres villes européennes, les polluants sont les mêmes, selon Philippe Royer. Être encerclés de montagnes ne joue pas en notre faveur.»

La Suisse est pourtant à la pointe dans la mesure de la qualité de l’air. Des chercheurs, de l’EPFL, du CHUV et de l’EPFZ notamment, ont conçu des capteurs petits, légers et low cost qu’ils ont installés sur des bus, des trams et des voitures électriques à Lausanne et Zurich. Des personnes ont été amenées à porter un sac à dos rempli de senseurs et des projets ont été menés autour de capteurs pour vélos.

Vers des capteurs personnalisés

Les scientifiques d’Opensense – le nom d’un programme d’études – imaginent des cartes de Google proposant, aux côtés des traditionnels trajets les plus courts, les parcours les plus sains («health optimal routes»), basés sur des capteurs en mains citoyennes (ils parlent de «crowdsensing»). Les résultats, en partie confidentiels, doivent encore faire l’objet de recherches. «On vise à la création de capteurs suffisamment petits pour être portés, fiables et connectés pour fournir des données précises en temps réel», indique Alcherio Martinoli, professeur associé à la Faculté de l’environnement naturel, architecutral et construit (ENAC) de l’EPFL.

En attendant, Jacques-André Romand, le médecin cantonal genevois, évite les gros axes quand il se rend à son travail en ville à bicyclette depuis Presinge. «Pour des questions de pollution mais aussi de confort», dit-il, admettant que lorsqu’il rentre de vacances à Genève, il est régulièrement frappé par l’odeur de la pollution. Mais il nuance: «La pollution est un facteur de risque de maladies parmi d’autres, comme le tabagisme ou la sédentarité. Il est difficile de mesurer lequel pèse le plus lourd.»

Reste que les PM10 sont dangereuses car elles sont suffisamment fines pour aller jusqu’aux alvéoles des poumons et pénétrer dans le système sanguin. Elles exacerbent les maladies cardiovasculaires, de l’hypertension à l’infarctus. Certaines d’entre elles sont classées cancérigènes par le Centre international de recherche sur le cancer. Le dioxyde d’azote aggrave les inflammations, tout comme l’ozone, qui entraîne des crises d’asthme et un encombrement bronchique. La pollution de l’air aurait aussi des effets néfastes sur le développement cérébral des enfants. (TDG)

Créé: 11.05.2018, 18h52

7 millions de morts

Dans le monde, neuf personnes sur dix respirent un air pollué, indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un rapport publié au début de mai. L’institution ajoute que 7 millions de personnes par an meurent à cause de la pollution de l’air ambiant et à l’intérieur des habitations.

«Les populations les plus pauvres et les plus marginalisées sont les premières à en souffrir. On ne peut pas accepter que plus de 3 milliards de personnes, surtout des femmes et des enfants, continuent de respirer tous les jours des fumées mortelles émises par des fourneaux et des combustibles polluants à l’intérieur de leurs habitations, indique Tedros Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS. Si nous n’agissons pas très vite, le développement durable restera une chimère.»

Articles en relation

«Les dimanches sans voitures ne sont pas efficaces contre la pollution»

Santé Genève a connu des pics de pollution en mars. Quels effets sur notre santé? L’éclairage de Thierry Rochat, médecin aux HUG. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...