L'«accoucheur» se bat contre les césariennes évitables

SantéLe Dr David Desseauve sait que changer la position de la mère peut débloquer un accouchement laborieux. Les recherches de cet obstétricien sur la posture idéale sont prometteuses.

Obstétricien et médecin associé au Département femme-mère-enfant du CHUV, David Desseauve veut trouver la position optimale de la maman afin de favoriser l’avancement du bébé dans son bassin lorsque le travail ne progresse pas.

Obstétricien et médecin associé au Département femme-mère-enfant du CHUV, David Desseauve veut trouver la position optimale de la maman afin de favoriser l’avancement du bébé dans son bassin lorsque le travail ne progresse pas. Image: ODILE MEYLAN

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C’est à Poitiers, où il était chef de clinique, qu’il a commencé à réfléchir aux mécanismes de l’accouchement. Le Dr David Desseauve découvre alors comment le simple fait de repositionner la mère - en réorientant ses cuisses, par exemple - peut aider un bébé qui ne progresse pas à s’engager dans le bassin. L’Hôpital de Poitiers où, soit dit en passant, le taux de césariennes est de 14%, contre 32% en Suisse.

Aujourd’hui médecin associé au Département femme-mère-enfant du CHUV, ce jeune obstétricien essaie d’objectiver les manœuvres auxquelles il a eu recours dans l’espoir de trouver un moyen simple de faciliter les naissances par voie basse pendant les accouchements laborieux.

Tout est dans le bassin

«Je pense aux cas suivants: la dilatation est complète, le travail est normal, la mère et le bébé vont bien mais soudain, ça se bloque. L’accouchement se prolonge et le bébé ne s’engage pas dans le bassin. La césarienne apparaît alors souvent comme LA solution. C’est simple, sûr et efficace. La contrepartie, c’est que les médecins se posent moins de questions.» Il explique son hypothèse. «Le bon positionnement du bassin est probablement l’une des clés permettant d’améliorer la contraction utérine et de faciliter la progression. C’est ce qu’on va essayer de mesurer.»

Encore faudrait-il mieux connaître les mécanismes de l’accouchement. David Desseauve relance ainsi la recherche en biomécaniques obstétricales, un domaine figé où les connaissances datent d’une centaine d’années. Son but ultime: fournir un catalogue de postures optimales. «Je me suis rendu compte que repositionner la femme, ça marche dans un bon nombre de cas. Mais je ne peux pas vous dire pourquoi ni comment. Il est temps de le déterminer de manière scientifique et individualisée.»

Voilà dix ans que le spécialiste planche sur le sujet. Il peut désormais passer la vitesse supérieure: son équipe vient de recevoir le prix scientifique de la Fondation Leenaards (700'000 francs pour trois ans), assorti d’une bourse du CHUV (180'000 fr.).

Le Swiss BioMotion Lab de l’hôpital vaudois et le Laboratoire de traitement des signaux de l’EPFL collaborent à ces recherches. Pour mesurer la position du bassin et les contractions de l’utérus, la piste des électrodes - utilisées chez les sportifs pour connaître l’activité des muscles - est explorée. Et pour apprécier la position de la tête du bébé, ce sont les images issues de l’échographie qui entrent en jeu.

«Pas banaliser la césarienne»

«Dans deux ans, je pense qu’on aura une méthodologie solide et qu’on lancera la phase de tests», annonce David Desseauve. Il estime qu’à peu près 20% des césariennes en urgence sont faites à cause d’un défaut d’inclinaison du bassin et pourraient donc être évitées. «On sait que les enfants nés par césarienne ont plus de complications respiratoires à la naissance et que le risque de thrombose chez la maman est plus élevé, rappelle-t-il. Il ne faut pas banaliser le geste chirurgical d’ouvrir un ventre. Si je le fais, c’est que j’ai une bonne raison!» (Tribune de Genève)

Créé: 05.05.2019, 08h36

En chiffres

40% des césariennes au CHUV sont programmées; 60% sont des cas d’urgence pendant le travail. On estime que 20% de ces urgences sont dues à un défaut d’inclinaison du bassin de la mère. «Une centaine de femmes par an, précise le Dr Desseauve. Peut-être que pour la moitié on va trouver une solution.»

841 césariennes faites au CHUV en 2018, soit 26% des accouchements, contre 32% en 2014 (la moyenne suisse est aussi à 32%). «C’est une diminution significative, se félicite le Dr Desseauve. Il y a eu du changement. On a beaucoup travaillé sur la réduction des provocations dans les cas où les femmes sont à terme.»

200 scanners de bassins de femmes sont analysés afin de calculer un modèle statistique. «L’idée est de se servir de ces données pour pouvoir dire, en salle d’accouchement, que chez Mme X, qui présente telles caractéristiques, l’entrée du bassin est comme ceci ou comme cela. Et agir en conséquence.»

Sa profession de foi

«Le métier d’obstétricien, ce n’est pas ça»

«Je connais des endroits qui tournent à 50% ou 60% de césariennes. À ce niveau-là, plus besoin de réfléchir aux indications. Ce n’est pas cela, l’obstétrique.» Le Dr David Desseauve milite pour un changement de culture dans sa spécialité.

«Certains gynécologues obstétriciens voient la salle d’accouchement comme le rebut. Ils la fuient. Certains s’installent en cabinet et font finalement assez peu d’accouchements, d’autres font de la procréation médicalement assistée, ce qui est plus rémunérateur.» Lui se revendique fièrement «accoucheur».

«Le problème, c’est que l’obstétrique est standardisée aujourd’hui. Mais notre métier, ce n’est pas de venir faire une césarienne quand les sages-femmes nous appellent. On doit accompagner l’alchimie entre la maman et le bébé.

C’est une profession qui devient intéressante si l’on replace au centre la femme et son accouchement. À nous de faire en sorte que ce moment soit le plus agréable possible. Mais cela demande de la préparation, donc du temps.»

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