«Il faut garantir la dignité des patientes en remboursant totalement la reconstruction»

Cancer du sein Les députés veulent inscrire dans la loi la prise en charge de toute chirurgie correctrice, y compris le tatouage du mamelon.

Cette nouvelle prestation concernerait environ 700 femmes par an en Suisse.

Cette nouvelle prestation concernerait environ 700 femmes par an en Suisse. Image: GETTY IMAGES

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Elles sont 450 à Genève et 5500 en Suisse. Autant de femmes qui se voient diagnostiquer un cancer du sein chaque année. Près d’un tiers d’entre elles devra subir une mastectomie partielle ou totale, soit l’ablation du sein malade. Si la chirurgie reconstructive permet de lui redonner vie, le résultat n’est pas toujours à la hauteur des attentes, le nouveau sein pas toujours identique à l’autre. Alors près de 40% des patientes ont recours à une chirurgie pour ce deuxième sein, sain, qui nécessitera dans certains cas une augmentation mammaire.


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Le problème est que la loi n’oblige pas les assurances à rembourser cette intervention. Une ineptie pour les députés du Grand Conseil: ils ont récemment voté à l’unanimité une proposition de résolution destinée au Département fédéral de l’intérieur et portée par l’UDC Thomas Bläsi et la PDC Delphine Bachmann, également infirmière référente et directrice administrative du Centre du sein de la Clinique des Grangettes. Le texte demande que l’intervention sur le sein valide soit intégrée dans l’ordonnance sur les prestations de l’assurance de base lorsqu’elle vise à résoudre une asymétrie.

«On ne parvient pas toujours à reconstruire au même volume, notamment parce que la plus petite taille de prothèse peut être plus grosse que le volume initial du sein, explique Sindy Monnier, gynécologue et chirurgienne au Centre du sein de la Clinique des Grangettes. Dans 20% des cas, pour retrouver une symétrie, il faut poser une prothèse sur le sein non atteint.» Pour retrouver une symétrie, il faut ainsi «grossir» ou remodeler au moyen d’une prothèse. «Ce n’est pas une augmentation mammaire pour passer d’un bonnet A à un B! précise la médecin. C’est une chirurgie pour rétablir une intégrité.»

Le coût de cette intervention peut varier entre 1600 et 5000 fr. en fonction de l’assurance de la patiente. Or, le remboursement de cette prestation n’est pas automatique. Depuis 2015, la réduction du sein intact est à la charge des caisses maladie, c’est une obligation légale. En revanche, son augmentation ne l’est pas. Son remboursement est seulement dicté par une jurisprudence du Tribunal fédéral de 2008. Christophe Kaempf, porte-parole de SantéSuisse, faîtière des assurances, assure toutefois que «si l’asymétrie est avérée auprès du médecin-conseil, l’assurance maladie prend la prestation en charge.»

Alors, caduque cette résolution des députés? «Non, car ce qui pose problème, c’est qu’il n’est pas acceptable que la prise en charge de cette intervention dépende du bon vouloir du médecin-conseil de l’assurance maladie, dénonce l’élue PDC. Aujourd’hui, rien ne garantit à 100% un remboursement. Il faut pouvoir l’inscrire dans la loi.»

Sindy Monnier rapporte avoir déjà été confrontée à des refus de prise en charge par l’assurance de base. «La prestation devrait être remboursée sans avoir besoin de l’aval d’un médecin-conseil qui se penche sur une décision prise par un panel de spécialistes.» D’autant que le poids d’une telle prise en charge serait négligeable sur les coûts de la santé, soutient Thomas Bläsi. «On estime que cette nouvelle prestation concernerait environ 700 femmes par an en Suisse, cela coûterait entre 3 et 4 millions, un impact quasi nul sur les coûts de la santé, qui s’élèvent à 80 milliards de francs par année.»

La gynécologue et les deux députés relèvent encore l’importance de cette opération. «C’est plus qu’un simple problème d’esthétique. Rembourser sans entrave cette intervention, c’est offrir une possibilité de reconstruire l’image de soi, garantir la dignité des femmes et ne pas contrarier leur volonté d’aller de l’avant.» (TDG)

Créé: 04.02.2019, 22h19

De l’encre pour recréer un mamelon

La résolution votée aborde un deuxième point: la reconstruction du mamelon et de l’aréole grâce au tatouage. Lors d’une opération pour traiter un cancer du sein, il n’est parfois pas possible de conserver le mamelon. N’étant plus innervé, il pourrait se nécroser, explique Delphine Bachmann, députée PDC et infirmière. Pour le recréer, il existe plusieurs options, dont la greffe avec le prélèvement de tissus sur d’autres parties du corps. Et depuis quelques années, le tatouage, qui permet de redessiner mamelon et aréole sans passer par la case chirurgie, que certaines patientes ne supportent plus. Cette intervention est remboursée par l’assurance de base mais à des conditions strictes: le tatouage doit être effectué par un fournisseur de soins reconnu, explique Christophe Kaempf de SantéSuisse, la faîtière des assurances. Problème: peu de professionnels de la santé sont formés et leur temps est minuté: le montant prévu par Tarmed pour le tatouage d’une aréole est d’environ 70 fr. pour 12 minutes.

L’Hôpital cantonal propose une reconstruction hybride, composée d’une greffe assortie de tatouage. Son Service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique effectue trente interventions de ce genre chaque année, rapporte Eva Rüegg, médecin adjointe du service. L’institution indique collaborer avec des tatoueurs indépendants «à la demande des patients et pour des retouches», des prestations non remboursées.

Certains tatoueurs sont en effet spécialisés dans la réalisation d’aréoles et de mamelons. «Mais ils ne sont pas autorisés à pratiquer à charge de l’assurance maladie obligatoire, même sous supervision d’un médecin», précise Christophe Kaempf. «C’est très dommage, déplore Sindy Monnier, gynécologue et chirurgienne à la Clinique des Grangettes. Des professionnels proposent aujourd’hui des tatouages en 3D bluffants que les médecins formés, mais dont ce n’est pas la spécialité, ne peuvent offrir. C’est regrettable que certaines patientes doivent y renoncer pour des questions financières.»

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