Ici, on ne dit plus dentiste mais «architecte du sourire»

TendancesGenève abrite une des dix cliniques dentaires dans le monde à être totalement digitalisée. Holistique et futuriste, axé autour de la gestion de la peur, on n’en oublie pas pour autant l’humain.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

On pénètre dans la «Smile Design Boutique» du quai du Mont-Blanc à Genève comme on pousserait la porte d’un club privé ou d’un salon de thé huppé. Tout ici a été pensé avec soin. À commencer par le nom de cette clinique dentaire ultramoderne, unique au monde dans son approche. Il comprend les mots tendance comme «design» et sa connotation futuriste, et «boutique» et sa connotation cocooning. Son slogan, «emotional dental care», donne le ton: «soins dentaires émotionnels». Du décor luxueux au vocabulaire précis précieux du personnel, tout est mis en œuvre pour chasser la seule sensation liée d’ordinaire au monde dentaire, la peur.

L’idée première consiste à amalgamer examens et soins hyperpointus – révolutionnaires même car digitalisés (le Digital Smile Design) – avec de la musique douce, des éclairages tamisés, des canapés en velours. Des éclats de rire des praticiens viennent encore ponctuer ce souci du contact humain permanent. Ici, pas de gants de protection, sauf absolue nécessité.

Ce temple a été imaginé par Eduardo de la Torre, un Americano-Espagnol qui a épousé une Vaudoise et adore sa vie en Suisse. La première consultation y est offerte. Un «risque» totalement mesuré car après avoir vu les vidéos de témoignages de patients et écouté les explications précises de «l’assistante personnelle à la clientèle», il devient dur de résister à l’envie de croquer le projet à pleines dents. Le marketing de la Smile Design Boutique frappe avec la même précision que les scanners de prise de mesures. Au point de se demander comment on a pu faire confiance à son dentiste habituel qui, en comparaison, semble encore utiliser des techniques moyenâgeuses.

Car si les motivations des clients/patients sont avant tout esthétiques, du moins au moment de pousser la porte d’entrée, la manière de travailler de la clinique est holistique. Pas question de modifier la couleur des dents grâce à un blanchiment ou à la pose de facettes sans approche totale, de la qualité de la morsure à la position de la mâchoire en passant par les expressions faciales. Ces dentistes d’un nouveau genre sont de vrais «architectes du sourire» et, pour poursuivre la métaphore, on ne repeint pas la façade de sa maison sans avoir auparavant réparé les éventuels problèmes d’étanchéité pour éviter les futures mauvaises surprises.

La prise en charge digitalisée permet de gagner en confort et en temps au moment de la prise des mesures. En moins de trente minutes, la tête du patient est radiographiée, sa mâchoire scannée à l’aide d’un stylet futuriste et très peu intrusif et ses expressions photographiées et filmées. Une semaine plus tard c’est la révélation: le Dr de la Torre et son équipe déposent un prototype en plastique du futur sourire sur les dents du patient, le temps de prendre de nouvelles photos et de totalement bluffer le client. Reste encore à gérer sa peur, aussi bien face à l’ampleur éventuelle du traitement (et de la douleur) et de celle de la facture (même si, avec un point situé entre 4 fr. et 4 fr. 20, la clinique se situe dans la moyenne des prix du marché lémanique). «Les muscles de la mâchoire sont les plus puissants du corps, explique Teodora Motorca, la numéro deux de l’établissement. Ce serait très mauvais pour vos dents, mais vous pourriez suspendre tout le poids de votre corps en mordant dans la branche d’un arbre, comme le ferait un chien! Donc le moindre dérèglement peut mettre une énorme pression sur une seule dent et causer des dommages collatéraux, qui peuvent se répandre jusque dans les trapèzes. Souvent les patients doivent passer l’orthodontie (ndlr: cela fait longtemps que les bagues de métal ont disparu, remplacées par un appareil transparent amovible et invisible) avant la pose de facettes qui modifieront la couleur et la forme de leurs dents.»

Même s’il leur faut parfois un peu de temps avant d’oser se lancer et d’assumer un travail parfois long, la clinique peut se féliciter d’avoir un «taux de concrétisation» qui approche les 100%. Désormais, on n’investit plus seulement dans sa voiture ou dans sa maison, mais bien dans son sourire, souvent synonyme de carte de visite sur le marché du travail. (TDG)

Créé: 06.04.2019, 08h27

«La révolution a commencé»

Nicolas Rizcalla, médecin-dentiste à Lausanne, chargé d’enseignement à la Clinique universitaire de médecine dentaire à Genève et membre du comité de la Société vaudoise des médecins-dentistes ne voit pas l’arrivée de ce genre de cabinet d’un mauvais œil.

«Je fais partie de ces praticiens qui aiment beaucoup les gadgets et dans notre métier, il y en a des nouveaux presque tous les jours. En dentisterie, la révolution numérique a commencé: le changement le plus important est l’assistance par ordinateur.

À l’Université de Genève, la seule en Suisse romande qui forme les dentistes, nous utilisons aussi des scanners intra-oraux pour l’imagerie 3D de la mâchoire, par exemple. C’est beaucoup plus confortable pour le patient et pour le praticien.

Mais cela nécessite une formation précise et dans certains cas, comme pour le palais, le moulage donnerait une image plus détaillée. La Smile Design Boutique s’inscrit dans le trend de ne plus travailler dans des cabinets aseptisés et, comme nous, recherche les traitements les moins invasifs possible.

Il semblerait qu’ils misent surtout sur de gros travaux au niveau de la bouche entière, et les patients ne peuvent pas tous se les permettre.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Etude: les Suisses champions du monde pour restituer un portefeuille perdu
Plus...