Formation duale«Les douleurs, la fatigue, on dit encore que c’est le métier qui rentre»
La Haute École fédérale en formation professionnelle tire un premier bilan inquiétant de son enquête en cours sur la santé au travail des apprentis.

- L’étude en cours de la HEFP explore l’impact des conditions de travail sur la santé des apprentis.
- L’apprentissage renforce souvent des problèmes de santé préexistants.
- La double tâche des formateurs complique l’encadrement des apprentis. Trois quarts des maîtres d’apprentissage n’ont aucune décharge pour former les apprentis.
«Il y a une certaine banalisation des petites blessures, de la fatigue ou des douleurs liées aux postures pendant l’apprentissage. On continue de dire que «c’est le métier qui rentre», comme si ces incidents faisaient simplement partie du processus», déplore Barbara Duc, chercheuse à la Haute École fédérale en formation professionnelle (HEFP) et coresponsable de l’étude «La santé au travail: un impensé de la socialisation professionnelle des apprenti·e·s». Depuis une année, les témoignages d’une quarantaine d’apprentis romands issus de divers secteurs, ainsi que ceux de leur commissaire d’apprentissage et des intervenants scolaires (médiateur, infirmière, psychologues, etc.) ont été analysés.
L’enquête dresse un premier constat préoccupant: les apprentis romands sont surexposés au stress. La formation duale, avec ses conditions souvent difficiles, affecte fréquemment leur santé psychique. «On observe un cercle vicieux qui peut s’installer durant l’apprentissage: des problèmes préexistants se renforcent souvent au moment de la transition vers le monde du travail», explique la docteure en sciences de l’éducation.
Réunies fin septembre lors d’une conférence de la HEFP, une centaine de personnes impliquées dans la formation professionnelle ont échangé sur les problématiques récurrentes rapportées par les apprentis. En fin de session, un participant réagit: «À vous entendre, on dirait que plus rien ne va et que tous les apprentis sont en souffrance.» Barbara Duc tempère: «Nous n’assistons pas nécessairement à une augmentation des problèmes de santé chez les apprentis, mais le fait qu’on s’y intéresse davantage, notamment à leur santé mentale, peut donner cette impression.»
Formateurs démunis
Ce qui était habituellement mis sur le compte de l’inexpérience serait en réalité un problème structurel lié au manque d’encadrement: «Nous avons constaté que trois quarts (76%) des maîtres d’apprentissage en Suisse ne bénéficient d’aucune réduction de leurs tâches pour se consacrer à la formation des apprentis», pointe Nadia Lamamra, professeure à la HEFP et coresponsable de l’étude. Cette double casquette, entre formateur et travailleur, devient difficile à gérer, surtout dans des secteurs sous pression ou au sein de petites entreprises.
L’impératif de rentabilité touche aussi les apprentis, qui peuvent parfois être considérés comme des employés à part entière.
Espaces de partage
Nadia Lamamra se réjouit néanmoins de certaines évolutions prometteuses: «Dans les secteurs qui peinent à recruter, on observe un changement. Plutôt que de multiplier les campagnes publicitaires comme auparavant, les entreprises cherchent désormais à améliorer les conditions de formation. Par exemple, les apprentis maçons en première année bénéficient désormais de dix semaines de vacances. Parallèlement, de plus en plus d’espaces de dialogue et de partage sont créés dans les différentes filières.»
Les conclusions de l’étude sortiront en septembre 2025 et comprendront également les réflexions émanant d’enseignants professionnels, de formateurs, ainsi que des observations récoltées sur le terrain.
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