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Beau livre édité par un GenevoisSaint-Exupéry redéploie ses ailes

Tous deux pilotes, le scénariste Bernard Chabbert et le dessinateur Romain Hugault font revivre l’homme derrière l’aviateur-écrivain.

«St Ex, un prince dans sa citadelle», extrait de la couverture.
«St Ex, un prince dans sa citadelle», extrait de la couverture.
Éd. Paquet

Pour beaucoup, Antoine de Saint-Exupéry reste associé au seul «Petit Prince», bientôt 200 millions d’exemplaires vendus, le deuxième ouvrage le plus traduit au monde après la Bible. Si son nom demeure indissociable de la légende de l’aéronautique, on connaît moins la tumultueuse existence de cet aviateur-écrivain, disparu en mer avec son avion au large de Marseille le 31 juillet 1944. «Plus le temps passe et plus l’homme s’éloigne, d’une certaine manière», note Bernard Chabbert. Avec le dessinateur Romain Hugault, ce journaliste passionné d’aéronautiqueil totalise plus de 1600 heures de vol sur plus de 250 types d’appareilssigne «St Ex, un prince dans sa citadelle», un beau livre à la prose inspirée publié par l’éditeur genevois Pierre Paquet.

Le Simoun rouge et crème de Saint-Exupéry, dessiné par Romain Hugault.
Le Simoun rouge et crème de Saint-Exupéry, dessiné par Romain Hugault.
Éd. Paquet

Son Saint-Ex, Chabbert le connaît sur le bout des doigts. «Mon père était très proche de lui. Il faisait le même boulot dans la même société, à l’Aéropostale, explique-t-il dans une vidéo de présentation de l’ouvrage. J’ai grandi avec cette dualité d’un personnage qui m’était familier, et avec le personnage qu’on découvrait dans ses bouquins. «Le Petit Prince», pour moi, c’était le livre écrit par un ami de mes parents.» À la fin de l’album, l’auteur reproduit une dédicace de Saint-Exupéry à sa mère Rosy. Rédigée sur la page de garde de «Pilote de guerre», datée d’août 1943, la bafouille est ornée d’un dessin rapidement exécuté, une figure angélique aux allures de «Petit Prince». «Ça, c’est moi», a légendé Saint-Exupéry.

Saint-Ex sur les ailes d’un Lightning, son dernier avion.
Saint-Ex sur les ailes d’un Lightning, son dernier avion.
Éd. Paquet

Habile à détailler les sensations d’un pilote aux commandes de son appareil, Chabbert décrit l’habitacle étroit, «mal éclairé, qui sent la mécanique chaude, l’essence et la sueur», dans lequel évoluent les héros de l’Aéropostale, Saint-Ex en tête. Il raconte aussi l’enfance de ce môme issu d’une famille de cinq enfants, tôt passionné par les avions. À 12 ans, le jeune Antoine s’installe dans le cockpit d’un biplace et effectue son premier vol, fasciné. L’auteur de «St Ex, un prince dans sa citadelle» ne passe pas sous silence les nombreux crashs de son héros, son goût pour les voitures rapides et sa propension à flamber l’argent de son épouse, Consuelo, avec qui il traverse de nombreuses zones de turbulences, souvent au bord de la rupture. Côté littérature, Chabbert évoque notamment le premier rendez-vous de Saint-Exupéry avec un Gaston Gallimard étonné par cet interlocuteur qui «semble persuadé qu’on n’a le droit d’écrire que ce qu’on a vécu et qu’on connaît intimement».

Une respiration

Au texte fouillé et vivant répondent les images riches en détail de Romain Hugault, certaines dans un format XXL impressionnant. Le dessinateur français – 1 million d’albums BD vendus à ce jour s’est imposé comme une des références incontournables dans le domaine de l’illustration aéronautique. Pilote lui aussi, il sait de quoi il parle. «Ce livre est une véritable respiration dans mon travail d’auteur de bande dessinée. Comme Saint-Ex pouvait se trouver à l’étroit dans son cockpit, ce livre m’a permis, pour une fois, de travailler en grand. J’ai pu faire des illustrations dans lesquelles l’histoire se raconte d’elle-même.» Comme une galerie de la vie de Saint-Exupéry.

«St Ex, un prince dans sa citadelle», par Bernard Chabbert et Romain Hugault, Éd. Paquet, 176 p.