Roman graphiqueMiles Hyman dévoile en BD «La vie secrète des écrivains»
Le dessinateur franco-américain adapte un des plus grands succès de Guillaume Musso. Une réussite.

Il faut l’imaginer dans un train, entre Paris et Nice. Guillaume Musso feuillette les pages de «La loterie», un album de bande dessinée signé Miles Hyman, adapté d’une nouvelle de la romancière américaine Shirley Jackson, sa grand-mère. Dans l’esprit de l’auteur traduit en 46 langues, une évidence s'impose. Personne d’autre que l’illustrateur franco-américain établi en région parisienne ne saura mieux retranscrire en images l’un de ses livres.
«J’ai tout de suite ressenti le potentiel visuel de l’histoire. Un flot a surgi.»
Ni une ni deux: Musso qui n’avait encore jamais accepté de projets d’adaptation d’un de ses best-sellers en BD, contacte celui dont il avait déjà apprécié le travail graphique autour du célèbre «Dahlia noir» de James Ellroy. Il lui propose de transposer «La vie secrète des écrivains», un roman publié en 2019, vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Un titre qui compte beaucoup à ses yeux.

Quand il se met à lire l’exemplaire que lui a fait parvenir Musso, Miles Hyman n’hésite pas. «J’ai tout de suite ressenti le potentiel visuel de l’histoire. Un flot a surgi», raconte-t-il dans le dossier de presse qui accompagne la publication de ce thriller BD aussi riche en rebondissements et en faux-semblants qu’en cases somptueuses. Composant une ambiance à la Edward Hopper, Hyman s’approprie l’intrigue et les personnages de Musso à travers des dessins en noir et blanc au fusain, subtilement mis en couleur numériquement.
Relecture complète
Pas question toutefois de livrer une version littérale ou décalquée. «Je cherche à proposer aux lecteurs une autre perspective par rapport au roman. Il s’agit d’un remaniement de la matière première pour que l’adaptation reste fidèle à l’original tout en en effectuant une relecture complète. Je tente d’arriver à un équilibre entre le texte et le dessin pour que l'un ne puisse pas se passer de l’autre.»

Bien à lui, le point de vue artistique d’Hyman apporte un éclairage inédit aux questions posées par Musso dans «La vie secrète des écrivains»: pourquoi, après trois romans devenus cultes, le célèbre romancier Nathan Fawles a-t-il posé la plume pour se retirer à Beaumont, une île sauvage au large des côtes de la Méditerranée? Pourquoi accueille-t-il à coups de fusil le jeune Raphaël Bataille, qui tente de le débusquer? Et quel secret la journaliste Mathilde Monney tente-t-elle de percer au cours d’un dangereux face-à-face où se frôlent l’amour et la peur?

Brossant des paysages à la fois austères et lumineux, Hyman recompose un huis clos à ciel ouvert, donnant au dessin un vrai rôle narratif. «Les décors comptent énormément dans mes livres. Je passe beaucoup de temps à chercher l’inspiration pour ceux-ci, à mettre au point ma palette de couleurs. Dans un polar, tout consiste dans ce qu’on ne dit pas, qu’on ne montre pas. Il faut faire attention à ce que les images dévoilent l’intrigue au même rythme que le roman.» Un jeu de cache-cache dont il se tire avec brio. «On n’est pas là pour illustrer le texte mais pour bâtir un véritable langage visuel qui va raconter l’histoire en même temps que le texte.»
Portraits d'écrivains
Ainsi, là où Musso ouvrait ses chapitres avec une citation d’écrivain, son adaptateur compose des cases grand format où se succèdent des portraits de grandes figures de la littérature, tels Umberto Eco, Agatha Christie, Georges Simenon ou Elena Ferrante. Une réussite.

Qualifié de «film noir en couleur» par Guillaume Musso, l’apport d’Hyman enrichit un récit dense à souhait à la base. «La vie secrète des écrivains» a ceci de particulier que c’est à la fois un polar et un regard sur la littérature, sur le fait d’écrire. On a deux personnages en miroir, un auteur qui a vécu et s’est retiré de la profession d’un côté, et un jeune qui rêve d’écrire de l’autre. J’ai beaucoup aimé ces regards croisés sur tout ce que nous vivons nous-mêmes en permanence en tant que créateur.»

«La vie secrète des écrivains», par Miles Hyman d’après Guillaume Musso. Éd. Calmann-Lévy, 192 p.
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