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La mort d’un pur«Roland Wilhem n’a jamais fait de musique pour la vendre»

Le folkeux lausannois est mort près d’un demi-siècle après son seul album, «Comme un oiseau». Souvenirs de son producteur de l’époque.

Roland Wilhem sur le seul disque qu’il a laissé à la postérité, le 33-tours «Comme un oiseau».
Roland Wilhem sur le seul disque qu’il a laissé à la postérité, le 33-tours «Comme un oiseau».
DR

Figure oubliée de la musique lausannoise, Roland Wilhem – Schumacher de son vrai nom – est resté dans la mémoire de quelques-uns grâce à son unique album, «Comme un oiseau», sorti en 1971 sur le label Evasion. Mort le 26 mai dernier à l’âge de 77 ans, ce folkeux à guitare avait pourtant capté l’attention d’un petit cercle.

«L’enregistrement de cet album avait été une aventure terrible, se souvient Gaston Schaefer, producteur de l’époque. Roland faisait partie des purs, il se montrait très méfiant dès qu’il s’agissait de vendre la musique. Pour le convaincre, j’avais dû lui jurer qu’il pourrait décider de tout.»

De la rue aux petits clubs

Le musicien, qui se produisait dans de petits clubs et faisait la manche pour survivre, amena ainsi des amis et sa compagne de l’époque, la chanteuse et flûtiste Pipo, aux séances qui allaient donner «Comme un oiseau». «Le disque ne s’est pas très bien vendu, peut-être à 2000 exemplaires, souvent achetés par ses fidèles, son petit club de fans. J’avais su gagner sa confiance et j’étais même devenu son ami, mais cette réalisation s’est tout de même révélée une galère.»

Influencé par Bob Dylan et Leonard Cohen, Roland Wilhem faisait partie des francophones qui avait fait leur la tradition folk américaine. Mais l’épreuve eut raison de sa carrière. Sombrant dans la dépression, il abandonna la musique pour vivre dans son antre où s’accumulaient des journaux. Reste donc cette collection de dix chansons, où l’on trouve (sur Spotify aujourd’hui) des titres tels que «J'ai fait ce que j'ai pu» ou «On meurt pour presque rien».