Vu du sofaRob Lowe, le sex-symbol en daddy sexagénaire
La star déchue des années 90 se rachète une conduite dans la série «Unstable», face-à-face drolatique avec son psy et son propre fils.

Ah, l’ironie… Rob Lowe, bientôt sexagénaire, aura passé une grosse partie de sa carrière à se racheter une conduite dans les méandres des séries télévisées avant que celles-ci n’entrent dans un nouvel âge d’or. Dans les folles années 80, Hollywood prédit une carrière de superstar à celui qui brille en membre de la bande des «Outsiders» de Francis F. Coppola, égal des Tom Cruise, Patrick Swayze, petit ami de Winona Ryder, Steph de Monac et autres Nastassja Kinski. Jusqu’à ce qu’une sextape matant l’idole en pleine séance de triolisme ne vienne ébranler son aura naissante.
En 1988, l’Amérique se montre plus pudibonde que jamais et les rumeurs finissent de saper sa réputation. Cela paraît incroyable, mais le surdoué mettra une décennie à s’en remettre. Autour de la vedette acclamée de la série visionnaire «À la Maison-Blanche», de ce séducteur rangé et marié depuis trente ans, les planètes semblaient finir par s’aligner. Il y eut bien quelques accusations de harcèlement sexuel de la part de nounous coléreuses, mais rien que quelques millions de dollars ne puissent apaiser. Dans la série «Unstable» que la star déchue écrit, produit et interprète avec son fils John Owen, il y a un peu de tout ça en arrière-plan.
Le déballage autobiographique noyaute la série avec une fantaisie cruelle, un détachement qui d’habitude ne s’exprime que sur le divan. Il y a d’ailleurs dans «Unstable» un psychanalyste dévoué que le fringant patriarche s’empresse de kidnapper dans sa cave pour mieux le torturer en égocentrique affiché. Dans ce tableau loufoque, la gravité pointe parfois, vite escamotée par une pirouette. L’aisance domine dans l’étalage de ce linge, sale mais griffé par cette nonchalance chic qui n’appartient qu’aux très riches. Certes, sans la mise en abyme des films de Woody Allen, première période, ni la récente autodérision assumée de Harrison Ford dans «Shrinking», la thérapie tourne un peu en rond. Mais le jeu de massacre reste jouissif dans son jusqu’au-boutisme revendiqué.
De son propre aveu, le duo en joue au deuxième degré, l’idée même de la série ayant éclos quand Rob Lowe découvrit que son fils John Owen le «trollait» sur les réseaux. Pour étoffer le dossier, le rejeton «spoile» encore ouvertement au sujet de ses propres addictions, résultat d’une enfance passée dans l’ombre d’un géant narcissique. Dopée par ces équivoques latentes, la série prend ici des airs de bazar psychanalytique un peu dingue et charmant. D’autant que le format court assure des punch lines à la mitraillette. (CLE)
Netflix, 8 x 20’-26'.
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