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1000 vies
Rino Barillari

Arrive rarement ce moment, dans la vie d’un paparazzi, où il devient lui-même une célébrité. On devrait ainsi se demander s’il n’y a pas alors quelque honneur à être saisi, terrasse ou plage, situation compromettante ou non, par un photographe aussi fameux que celui qui est photographié.

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C’est un peu ce qui s’est passé avec Gérard, acteur français célèbre à la carrière finissante, embourbée désormais dans les accusations de viol ou de grossier personnage. Cela débouche sur un autre thème intéressant: dans une «paparazzade», qui est la victime et qui est le coupable? Ce n’est pas toujours clair. Si le people à qui l’on vole une image est honni par l’opinion ou en train de mal se comporter, on conviendra que le shooter est bien fait pour lui. Au contraire, si le public l’adore, alors c’est le photographe qui sera réputé scandaleux.

Revenons ainsi à Gérard, rangé désormais dans les bannis. Il y a une poignée de jours, Rome, via Veneto, terrasse, il mange, c’est sa nature, avec une septuagénaire polonaise. Un paparazzi s’approche, réaction de Gérard, bousculade, peut-être des baffes, on ne sait pas trop. Mais le vieux photographe, 79 ans, a foncé aux urgences, et communiqué fortement sur l’altercation et l’agression qu’il dit avoir subie. Ce spécialiste des people au téléobjectif est un génie dans son style. Son nom est Rino Barillari.

J’ai connu quelques paparazzis. Chacun a sa méthode, mais il y a deux grandes catégories. Ceux qui deviennent amis avec des célébrités et utilisent ces liens pour monter des coups plus ou moins fake avec eux. Et les autres qui préfèrent la planque, sans foi ni loi, et la bonne vieille image à la sauvette. 

Barillari est de la seconde engeance, semblant échappé du personnage fellinien de la «Dolce Vita», Paparazzo, qui lui est contemporain et a laissé son patronyme à la profession. Mais ce qui le rend unique, c’est sa technique du corps à corps. Il s’approche trop près de celle ou celui qui est sa proie, souvent dans un restaurant, et s’arrange pour que ça tourne vinaigre. Dès 1963, 18 ans à peine, Barillari est au point: sur la même via Veneto, le grand – et ivre – Peter O’Toole en vient aux mains avec lui. Quatre points de suture pour le photographe, qui fait de l’incident et des blessures sa publicité: le prix des clichés s’envole.

Il n’a jamais cessé depuis d’affiner cette stratégie dont Gérard vient de faire les frais. Barillari a volé des photos à tout le gotha terrestre (Sinatra, Sophia Loren, Brando, Michael Jackson, Lady Gaga ou Stallone…) et le «roi des paparazzis» revendique en plus d’un demi-siècle… 170 passages aux urgences dans l’exercice de ses fonctions: 11 côtes cassées, 1 coup de couteau, 76 appareils photo fracassés, 40 flashs éparpillés, etc. Performer de la paparazzade, Rino Barillari est un genre d’artiste.

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