«RF» est prêt à récolter les bienfaits de la terre

TennisQualifié serein pour les quarts de finale, Federer attaque les jours qui doivent valider son printemps sur terre battue.

Facile vainqueur de Matteo Berrettini ce lundi en huitième de finale, Roger Federer paraît être parfaitement dans les temps de passage, comme on dit en athlétisme.

Facile vainqueur de Matteo Berrettini ce lundi en huitième de finale, Roger Federer paraît être parfaitement dans les temps de passage, comme on dit en athlétisme. Image: Alastair Grant/Keystone

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En un mois, l’effervescence s’est muée en recueillement. Roger Federer avait traversé Roland-Garros telle une rock-star en tournée, il avance dans son Wimbledon avec l’application qui escorte les moments de vérité. La différence est d’abord culturelle, on n’entre pas dans «le Temple» comme on va aux arènes. Mais tout ne tient pas au décor. L’évolution raconte quelque chose d’autre, sans doute une ambition plus intime. Pour l’homme aux vingt titres du Grand Chelem, le retour sur terre était tout à la fois une concession au plaisir et un pari sur l’avenir. De Madrid à Paris, il a profité de l’instant, testé des approches et emmagasiné de l’amour pour la suite. Or la suite, c’est maintenant.

«Je suis revenu sur terre parce que j’en avais envie», avait insisté Roger Federer à Madrid. C’était vrai. Mais à la veille d’un quart de finale de Wimbledon contre Kei Nishikori, l’heure est venue de nuancer. Si le trio Paganini-Lüthi-Ljubicic avait décelé dans ce détour terrien un quelconque danger pour ses ambitions sur gazon, «le Maître» aurait vu son envie contestée. Peut-être même refrénée, comme en 2017. Car l’envie, seule, n’a jamais fait gagner un Grand Chelem. Et le Bâlois sait très bien que sa plus belle fenêtre s’ouvre chaque année début juillet du côté de Church Road.

L’aspect psychologique

Le printemps terrien de Roger Federer avait donc aussi un rôle de tremplin. La logique ne saute pas forcément aux yeux, il faut donc l’expliquer. Il y a d’abord l’aspect psychologique. «Trois mois sans affronter un top 10, sans jouer des balles de break à haute intensité, c’est trop», avait pointé Marc Rosset juste après la défaite du Bâlois contre Anderson ici même en 2018. Pour comprendre l’argument de l’ancien champion olympique, il faut imaginer le cerveau du tennisman comme un muscle. Plus ce dernier accumule les situations de stress et les prises de décisions sur un fil, plus il les banalise au point d’automatiser le juste choix. Or avec ses balles de match sauvées (contre Monfils et Coric) ou gâchées (Thiem) puis les empoignades intenses face à Wawrinka et Nadal à Roland-Garros, celui de «RF» est arrivé à Londres sous tension. En écho, Severin Lüthi nous avait confié au Masters que, sur le plan physique, «les longues pauses devenaient dangereuses. Car avec l’âge, il est plus difficile de relancer la machine». C’était en novembre dernier et le Bernois avait ajouté que «la terre battue représentait une option» pour garder le rythme. Huit mois plus tard, le constat se traduit par le nombre. Avec 40 matches au compteur (36-4), Roger Federer a plus joué que Novak Djokovic (32-6), presque autant que Rafael Nadal (36-5). «Et je le sens, confessait le Bâlois jeudi soir. Avec la quantité de matches disputés ces dernières semaines, je dois bien doser mes jours de repos. Depuis mon arrivée ici, je m’économise, reste un maximum à la maison en famille.» Le cocon pour entretenir les acquis. Chez «RF», les ajustements sur le court se font toujours en parallèle à ceux à la ville.

L’aspect technique

Le dernier bienfait de l’ocre est une subtilité technique, une indiscrétion d’initiés que le bavard Mats Wilander a racontée dans «L’Équipe». «Roger m’a expliqué (à Paris) que, sur terre battue, vous êtes obligés de frapper la balle en imprimant le maximum de vitesse à votre tête de raquette. Sur chaque coup. Sur herbe, vous «guidez» la balle, vous l’accompagnez plus que vous la frappez. Le coup est plus lisse, plus doux. Selon lui, l’an dernier, il n’avait pas le timing pour frapper franchement dans la balle, qu’il tapait davantage en feeling qu’en puissance.» L’explication colle au souvenir du coup droit hésitant de «RF» contre Anderson et dessine les frappes liftées de «terriens» comme un laboratoire technique. Convaincant? Au moins autant que le coup droit de Roger Federer depuis le début de la quinzaine, impérial vers l’avant comme en défense car définitivement libéré de cette douleur à la main qui l’avait handicapé l’été dernier.

Hier soir face à un Matteo Berrettini perdu au milieu du Centre Court, le Bâlois a semblé attirer la balle. Il voyait vite, bougeait juste. Tout était un peu plus précis, presque clinique; très loin «des jambes molles» de ses deux premiers tours. Et une heure plus tard face à la presse, «le Maître» avait troqué le masque des premiers jours contre quelques reparties bien senties. «Après deux semaines sur place, quatre matches, c’est normal que le niveau de performance augmente. Je comprends mieux comment la balle vole, comment réagit la surface. Je sais à quoi m’attendre et c’est plus facile de m’engager totalement.»

Roger Federer avait alors le sourire de celui qui est exactement là où il voudrait être. Pile au rendez-vous qu’il s’est fixé depuis des mois et qu’il a préparé au fil d’un printemps fastidieux. L’heure est venue pour lui de récolter les bienfaits de la terre.

Créé: 08.07.2019, 22h13

Du beau monde au tapis

Pour survivre au «Manic Monday», hier, il fallait être un «Big Three» ou une femme d’expérience. Cori Gauff a ainsi vu Simona Halep mettre logiquement un point final à son conte de fées. «À 15 ans, moi, je jouais les juniors, a souri la Roumaine. Elle a un tel potentiel. Si elle continue ainsi, je la vois très vite Top 10.» En plus de son coup de cœur, Wimbledon a perdu ses deux favorites: la No 1 mondiale Ashleigh Barty et celle qui pouvait lui voler son trône Karolina Pliskova. Titrée à Eastbourne, la Tchèque a calé aux portes du premier «super tie-break» de l’histoire (13-11 au 3e contre Muchova). Alors que l’Australienne subissait le même sort que Belinda Bencic, face au jeu gluant d’Alison Riske. «J’aime telle cet endroit que je ne veux pas le quitter», jubilait l’Américaine qui retrouvera une Serena Williams aussi discrète qu’efficace. Chez les hommes, il a fallu attendre la nuit tombante pour vivre une surprise: la «remontada» de Guido Pella contre Milos Raonic. L’Argentin disputera, mercredi, à Roberto Bautista-Agut la plus surprenante des places de demi-finaliste.

En sets

Wimbledon. Tournoi du Grand Chelem (47,1 millions de francs/gazon).

Simple messieurs, 8es de finale: Federer (S/2) bat Berrettini (Ita/17) 6-1 6-2 6-2. Djokovic (Ser/1) bat Humbert (Fra) 6-3 6-2 6-3. Nadal (Esp/3) bat Sousa (Por) 6-2 6-2 6-2. Nishikori (Jap/8) bat Kukuschkin (Kaz) 6-3 3-6 6-3 6-4. Goffin (Bel/21) bat Verdasco (Esp) 7-6 (11/9) 2-6 6-3 6-4. Pella (Arg/26) bat Raonic (Can/15) 3-6 4-6 6-3 7-6 (7/3) 8-6. Bautista Agut (Esp/23) bat Paire (Fra/28) 6-3 7-5 6-2. Querrey (EU) bat Sandgren (EU) 6-4 6-7 (7/9) 7-6 (7/3) 7-6 (7/5).

Tableau: Djokovic (1) - Goffin (21), Pella (26) - Bautista Agut (23); Querrey - Nadal (3), Nishikori (8) - Federer (2).

Simple dames, 8es de finale: Riske (EU) bat Barty (Aus/1) 3-6 6-2 6-3. Muchova (Tch) bat Pliskova (Tch/3) 4-6 7-5 13-11. Halep (Rou/7) bat Gauff (EU) 6-3 6-3. Konta (GB/19) bat Kvitova (Tch/6) 4-6 6-2 6-4. Switolina (Ukr/8) bat Martic (Cro/24) 6-4 6-2. S. Williams (EU/11) bat Suarez Navarro (Esp/30) 6-2 6-2. Strycova (Tch) bat Mertens (Bel/21) 4-6 7-5 6-2. Zhang (Chine) bat Jastremska (Ukr) 6-4 1-6 6-2.

Tableau: Riske - S. Williams (11), Strycova - Konta (19); Switolina (8) - Muchova, Halep (7) - Zhang.

Junior. Garçons, 1er tour: Stricker (S) bat Martin (EU) 7-5 6-0.

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