Des idées à infuserRetour aux sources du «Livre du thé»
Le classique vénéré par les fans du «suc de l’Orient» est republié en fac-similé. Curiosité.

Cette édition du «Livre du thé» copie, jusqu’au grammage du papier, la version qui débarqua sur les rives de la Seine en 1914. Daté de 1906, le texte d’Okakura Kakuro, composé en version originale anglaise, traduit par Gabriel Mourey, est imprimé sur du papier Impérial Annam à la cuve, fabriqué près de Hanoï. Dans sa préface, Thomas Raucat, commandant de la section de photographie aérienne au siècle dernier et solide globe-trotter polyglotte, voit l’auteur de cette «bible» comme un galant chevalier menant une croisade pour la beauté.
«Que de graves discussions durent s’élever en sarclant le jardin, en raclant les navets, en servant le thé!»
Fils de samouraï, lettré sarcastique, philosophe éclairé et esthète aiguisé, Okakura sait tempérer l’hagiographe. Le malicieux pratique un humour trempé d’autodérision pour démontrer combien cette «Asie une», qu’il défendit toute sa vie, a conquis le monde au XVe siècle par la magie de quelques feuilles de théier. Le thé, explique-t-il, «donne vie à une philosophie de la beauté, une école de poésie, une discipline toute aristocratique dans la conduite de l’existence».
Pour mémoire, le philosophe Heidegger, le poète Ezra Pound, la peintre Georgia O’Keeffe ou le poète Rabindranath Tagore ont confirmé combien «Le livre du thé» avait éclairé leur cheminement créatif. Car l’ouvrage traite autant de pratique taoïste ou zen que d’art floral, des rituels de préparation que de politique, de l’arrogance de certains maîtres bouddhistes et de l’humilité réconfortante des Chambres de thé. «Que de graves discussions durent s’élever en sarclant le jardin, en raclant les navets, en servant le thé!»

«Le livre du thé»
Okakira Kakuzo
Éd. Citadelles & Mazenod, 123 p.
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