Littérature, BD, roman…Entre Delerm et Incardona, nos choix de la rentrée d’hiver
Les textes ne manquent pas dans la nouvelle livraison littéraire. Conseils de lecture pour se réchauffer.

On l’appelle «la petite rentrée», parce que le tir groupé de parutions fictionnelles est traditionnellement plus léger en janvier qu’en août/septembre. Les enjeux se révèlent aussi moins importants: les grands prix littéraires de l’automne sont passés, et tandis que les Goncourt, Femina ou Médicis garnissent encore les rayons de librairies priées de faire de la place aux petits nouveaux, le lectorat n’a pas forcément terminé les ouvrages reçus à Noël. Pourtant, dans une tendance générale à la baisse du nombre de titres publiés, le rendez-vous éditorial de l’an neuf devient de plus en plus prisé.
Janvier démarre ainsi avec pas moins de 482 romans, contre 446 en août dernier. En guise d’explications, «Télérama» cite des auteurs rebutés par la déferlante d’août. C’est le cas de Nina Bouraoui, dont le «Grand seigneur» est paru le 3 janvier. Le magazine évoque aussi ceux qui ne feraient plus la course aux récompenses, comme un Michel Houellebecq abonné à la case de janvier depuis son Goncourt en 2010 pour «La carte et le territoire».
L’auteur à la réputation sulfureuse ne publie rien pour cette rentrée, qui ne connaît d’ailleurs pas de titres susceptibles de faire sensation, comme ce fut le cas pour «Le consentement» de Vanessa Springora en 2020. Voici plutôt une gerbe fournie d’auteurs en vue, avec les nouveaux Marie Darrieussecq, Cécile Coulon, David Foenkinos, Philippe Besson, Régis Jauffret, ou J.M.G. Le Clézio. Dans le volet étranger, on trouvera entre autres Colum McCann, Russell Banks ou Jon Kalman Stefansson.
Kramer, Suter, Pajak
Du côté des Suisses, Pascale Kramer ausculte dans «Les indulgences» la relation d’une jeune fille avec son oncle, à travers le regard de femmes de plusieurs générations, Frédéric Pajak se penche sur l’amour du philosophe pour la musique dans «Nietzsche au piano», tandis que Martin Suter raconte dans «Melody» les souvenirs d’un vieil homme autour de sa mystérieuse fiancée disparue.
Alain Freudiger écrit joyeusement sur le sol à hauteur d’enfant dans «Arpenté», et Daniel Cordonier, auteur du remarqué «Ordre des femmes» en 2010, fait son retour avec «Rhizosphère». Enfin, on connaîtra en février l’«histoire de l’homme qui ne voulait pas mourir» de Catherine Lovey, ou le regard acéré de Guillaume Rihs sur la «Dangereuse vie de bureau». Voici, en plus ces quelques jalons, nos repérages. (CRI)
Franquin sous la loupe

BD Seuls les spécialistes connaissent l’identité du lointain double de Gaston Lagaffe. Idem du rugissant M. De Mesmaeker, l’homme des contrats, ou de l’origine du Marsupilami. Le Français Bob Garcia fait partie de ces gars-là, qui appréhendent l'œuvre de Franquin dans ses moindres détails. En plus de 300 pages truffées de précisions historiques et artistiques méconnues, il en opère une relecture attentive, remontant aux sources pour relever les influences ou les réminiscences du génie dont on a célébré début janvier le centenaire de la naissance.
De Spirou aux Idées noires en passant par Gaston ou Modeste et Pompon, ce spécialiste de Tintin – à qui il a consacré plusieurs études – passe ici en revue presque tout Franquin. Il pointe notamment l’aspect autobiographique ainsi que les innombrables clins d'œil adressés aux lecteurs ou à des proches. Un décryptage ébouriffant. (PMU)
«Franquin, les secrets d’une œuvre», par Bob Garcia. Éd. du Rocher, 352 p
Donner à voir et à réfléchir le passé
Philosophie Directeur du Centre allemand d’histoire de l’art à Paris, Peter Geimer interroge avec une acuité stimulante le statut des représentations visuelles du passé, dans un essai qui parcourt la peinture, la photographie et le film, et problématise le statut des archives face aux tentatives de recréation de la fiction. Avec clarté mais aussi un sens consommé des débats théoriques autour de ces questions, l’historien de l’art ne se contente pas de développer un discours abstrait mais propose toute une série d’exemples aussi concrets qu’originaux pour illustrer son propos.
De l’obsession du peintre Meissonnier, spécialiste des toiles historiques napoléoniennes, pour les plus infimes détails de l’équipement de la Grande Armée aux dernières avancées en matière de colorisation de films d’archives, en passant par les quelques rares images échappées des camps de concentration grâce au courage de résistants de l’intérieur, le spécialiste parvient à rendre ses réflexions palpitantes, malgré leur caractère pointu. (BSE)
«Les couleurs du passé», Peter Geimer, Éd. Macula, 300 p.

Inventaire aventureux d’un domicile
Essai Écrivain autrichien majeur, Karl-Markus Gauss est avant tout essayiste, critique littéraire et grand arpenteur de l’Europe centrale. En Suisse, il avait été couronné par le Prix Veillon 1997, mais son œuvre n’a été que peu traduite en français. Son «Périple autour de ma chambre» dessine une sorte d’autobiographie malicieuse, prenant pour point de départ les objets familiers de son appartement dans une vieille maison salzbourgeoise.
À la manière de Xavier de Maistre et son «Voyage autour de ma chambre» écrit en 1795, Gauss raconte des morceaux de sa vie en décrivant son lit, une chemise, une tasse de Gagaouzie, son meuble de bureau, la personne qui le lui a offert, l’ouvrier qui l’a restauré, les objets qu’il y a déposés, sa manière de classer ses manuscrits et ses archives, un livre de recettes de sa grand-mère à la cuisine…
C’est à la fois forcément anecdotique et vertigineux. Il tisse des fils improbables qui remontent les générations, les guerres, et les déplacements de population dans cette Mitteleuropa dont il chérit les minorités et les poètes maudits. (MCH)
«Périple autour de ma chambre», Karl-Markus Gauss, Éd. Noir sur Blanc, 190 p.
Suspendre le temps avec Philippe Delerm

«Philippe Delerm saisit avec bonheur «Les instants suspendus» Après «La vie en relief», le romancier normand photographie de nouveaux moments hors du temps. Et défend un art «orgueilleux». Lire ici l’interview de l’auteur français.
Décoder la «Langue des choses cachées» avec Cécile Coulon

«Attendue, Cécile Coulon hypnotise» Dans la «Langue des choses cachées», roman aussi court qu’incisif, la Française de 33 ans, également poète, ne laisse aucune échappatoire. Même aux secrets! Lire ici notre critique et l’entretien avec l’autrice française.
Partir en road trip avec Joseph Incardona

«Joseph Incardona revient avec une jubilatoire comédie noire» Le Genevois fait des miracles dans un bijou de dérision autour d’une sainte moderne, qui a le don de guérir par l’acte sexuel. Lire ici notre critique et entretien avec l’auteur suisse.
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