La plus vieille centrale nucléaire du monde est en Suisse. Faut-il en avoir peur ou pas?

Face-à-faceA l’arrêt depuis juillet, la centrale de Beznau 1, qui date de 1969, est auscultée. Pour certains, ici Laurent Seydoux, des Vert’libéraux, la centrale devrait fermer. La société exploitante assure qu’elle redémarrera si la sécurité est à nouveau garantie.

Dessin Hermann.

Dessin Hermann.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Nucléaire: stop à la roulette russe!

Laurent Seydoux, vice-président Suisse des Vert'libéraux

Non seulement Beznau est la plus vieille centrale nucléaire du monde, elle date de 1969, mais elle fait partie des quatre plus dangereuses. Il n’y a que certaines centrales situées à Taïwan et en Arménie qui sont considérées comme encore plus dangereuses pour la population.

Cette centrale dans laquelle on vient d’investir 700 millions est à l’arrêt depuis juillet, car 920 trous ont été découverts dans la paroi de la cuve qui est le cœur radioactif de la centrale. Dans ces conditions, nous devons vraiment nous inquiéter si l’exploitant décide de la faire redémarrer en 2016.

Que feriez-vous si nous vous disions que pour votre prochain voyage, la compagnie aérienne vous propose un avion datant de la fin des années 60 avec quelque 900 fissures dans la carlingue? Nous sommes en Suisse, la sécurité est assurée, nous ne risquons rien, tel est le message des exploitants nucléaires. C’est simplement oublier qu’un des premiers accidents nucléaires a eu lieu en Suisse à Lucens en janvier 1969 et ce n’est finalement que trente-quatre ans plus tard, en 2003, que ses derniers déchets radioactifs ont été évacués.

«Un des premiers accidents nucléaires a eu lieu en Suisse à Lucens en janvier 1969»

Dans une période où le principe de précaution et le risque zéro sont mis en exergue dans les domaines comme l’alimentation, le transport et la sécurité, il est incroyable de constater que le nucléaire échappe complètement à cette pression. Pourquoi prendre ce risque insensé puisque l’apport en énergie de cette vieille centrale est minimal, qu’elle est en arrêt régulièrement et que le développement des énergies renouvelables peut compenser facilement sa production d’électricité? Pour preuve, pendant une période l’été dernier, toutes les centrales nucléaires suisses étaient à l’arrêt et nous exportions encore de l’électricité, en partie grâce à l’énergie hydraulique.

Je ne comprends pas cette volonté de jouer à la roulette russe avec notre vie, avec l’écologie et même avec l’économie. En effet, cette centrale, au-delà des risques qu’elle fait courir à la population, coûte bien plus cher qu’elle ne rapporte et est un vrai gouffre financier pour son exploitant.

En l’arrêtant immédiatement nous aurions l’opportunité de développer de nouveaux métiers et des compétences indispensables pour les années à venir. Il s’agit d’activités en lien avec le démantèlement des centrales nucléaires. Plusieurs milliards sont en jeu, ne serait-il pas plus pertinent que des entreprises suisses prennent ce marché et développent ensuite un savoir-faire qui créerait des emplois et pourrait être exporté? Pour le bien de notre santé, de notre environnement et de notre économie, arrêtons et démantelons les centrales de Beznau!


Beznau: la sécurité est prioritaire

Rainer Meier, chef de la communication d'Axpo AG, qui exploite Beznau

Depuis que la centrale nucléaire de Beznau a annoncé cet été que des irrégularités avaient été constatées sur la cuve de pression du bloc 1, lors d’une analyse par ultrasons, les rumeurs alarmistes vont bon train dans les médias où l’on parle de «cœur défaillant», de «graves défauts», de «fissures» et même de «1000 trous». L’apocalypse serait proche, la centrale ressemblerait à un emmental. Il faut la fermer! Immédiatement!

Nous pouvons comprendre que les regards se tournent avec inquiétude vers Beznau. Et que certains acteurs politiques et les médias en cheville avec eux s’en prennent maintenant à la centrale n’en est que la suite logique. Mais que nous disent réellement les résultats des mesures de Beznau 1? Quelles en sont les conséquences? Et quelles leçons peut-on tirer de cet incident?

Premièrement: le réacteur de Beznau 1 est arrêté depuis que les mesures sont en cours et les barres de combustible ont été déplacées. Il ne pourra être remis en service qu’une fois que l’autorité de contrôle aura confirmé au regard des résultats obtenus que ces irrégularités ne présentent aucun danger.

«Les alarmistes font fausse route»

Deuxièmement: ces «1000 trous» sont très probablement des inclusions présentes dans l’acier depuis la fabrication de la cuve. Il faut maintenant déterminer avec précision de quelles substances il s’agit et voir quelles conséquences elles peuvent avoir sur l’intégrité de la cuve. En d’autres termes: peut-on continuer sans crainte à exploiter le réacteur?

Pour apporter une réponse à cette question, l’autorité de contrôle, l’IFSN, fera appel à des experts externes. De notre côté, en tant qu’exploitant, nous fournirons toutes les informations nécessaires qui leur permettront de prendre une décision, notamment en effectuant des mesures, évaluations et calculs supplémentaires complexes. Si nous nous appuyons sur les données actuellement disponibles, nous pouvons considérer que rien n’interdit de continuer à exploiter la centrale – cette estimation reste toutefois provisoire et nous sommes en train d’en vérifier la pertinence.

Les leçons que nous tirons de cette situation? Les alarmistes font fausse route, car la situation de Beznau montre très bien qu’un exploitant de centrale nucléaire suisse sait pleinement prendre ses responsabilités et que l’autorité de contrôle évalue la situation et en tire les conclusions qui s’imposent en toute indépendance, sans tenir compte ni des pressions politiques ni des impacts financiers.

En fin de compte, il n’y a qu’une chose qui compte: la sécurité. Si elle est assurée, Beznau 1 sera remis en service. Si ce n’est pas le cas, il sera déconnecté du réseau. Le processus engagé pour vérifier que la sécurité est garantie est la preuve par excellence que la loi suisse sur l’énergie nucléaire fonctionne et que l’on peut faire confiance au sens des responsabilités de l’exploitant et de l’autorité de contrôle – en dépit de toutes les réactions alarmistes. (TDG)

Créé: 02.11.2015, 19h19

Laurent Seydoux, Vice-président Suisse
des Vert’libéraux.

Rainer Meier, Chef de la communication d’Axpo AG.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Mort de Niki Lauda
Plus...