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Les Verts au Conseil fédéral? Votons!

«Mon vote ne changera rien. Donc je m’abstiens.» Entendu mille fois, dans la bouche de jeunes surtout. Sentiment d’impuissance, conviction que les institutions politiques sont totalement figées, insensibles à l’air du temps comme aux forces profondes qui traversent la société. Eh bien, non. Depuis dimanche, preuve est faite que le système n’est pas immunisé contre les mouvements de rue massifs, quand des citoyens déterminés et en bon ordre posent leurs exigences.

«Tsunami vert», «ouragan écologiste». Les «hyperlatifs» se bousculent et laissent entendre que la Suisse n’est plus qu’un champ de ruines politique. C’est évidemment sous-estimer la formidable capacité d’absorption de chocs (inertie régulatrice, en bon français) de la démocratie helvétique. Ainsi, pour que les effets de la révolution verte se déploient à Genève par exemple, où les écologistes ont décroché une incroyable première place, il faudra que le parti confirme sa force aux élections cantonales de 2023. Le fédéralisme ajoute encore un effet amortisseur.

Reste que ce scrutin a redonné du tonus à notre démocratie directe. Voter n’est pas juste une obligation civique qui permet de perpétuer le système. Voter permet le changement. C’est nouveau ou presque en matière d’élections fédérales. Mais ce changement peut-il s’arrêter au parlement? Ou doit-il se prolonger au gouvernement? Poser la question, c’est relancer une interrogation aussi lancinante qu’existentielle: faut-il faire sauter la formule magique, ce «2, 2, 2, 1» qui donne deux sièges à chacun des trois plus grands partis, réservant le 7e siège au vient-ensuite?

Déclarée magique en 1959 avec l’entrée d’un second socialiste au Conseil fédéral, la formule a perduré tout en subissant quelques secousses au tournant du siècle avec la montée en force de l’UDC et de son imperator Christoph Blocher. Mais tout est rentré dans l’ordre en 2015, lorsque l’UDC vaudois Guy Parmelin a été élu en remplacement de la conseillère fédérale PBD Eveline Widmer-Schlumpf. Deux PLR, deux PS, deux UDC, un PDC. Le bonheur est dans le pré.

Mais voilà que le «tsunami-ouragan vert» vient briser l’arithmétique. Les Verts dépassent le PDC pour devenir le quatrième plus grand parti de Suisse. En toute bonne logique, il suffirait de remplacer le conseiller fédéral PDC, en l’occurrence la fraîchement élue Viola Amherd, par un(e) Vert(e). N’y songez même pas! Le PDC, parti du compromis, donc nécessaire, est le mieux représenté au Conseil des États. L’écarter reviendrait à tuer le système, affirment démocrates-chrétiens et Verts en chœur. Calées sur l’intérêt très égoïste des partis, trois autres options émergent:

1. Remplacer un siège PLR, formation surreprésentée en regard de sa force électorale. À entendre les cris, c’est comme si on castrait le roi. Le gouvernement glisserait radicalement à gauche.

2. Remplacer un siège PS, parti également surreprésenté. Cris tout aussi déchirants. Cela reviendrait à priver la mouvance de gauche de sa victoire.

3. Quant à l’UDC, pour une fois, elle fait profil bas. Le premier parti de Suisse reste intouchable même s’il a reculé de quelques points. Ce qui lui permet d’envisager la mort de la formule 100% helvétique avec une sidérante décontraction.

Reste l’option numéro 4: ne rien changer et préserver la formule magique en l’état. Argument: les Verts, avant d’être intronisés, doivent prouver que leur succès est aussi durable que le sont leurs objectifs de développement. Laissons décanter et on verra. Solution «Swiss made» à macération lente.

Mais le peuple a-t-il envie d’attendre cette fois? Son vote disruptif a changé la configuration du parlement. Pourquoi la vague s’arrêterait-elle aux portes du gouvernement, là où les décisions comptent le plus et où le décalage est désormais saisissant? Voici des années que la formule magique à l’ancienne n’est plus qu’une feuille de vigne jaunie. Le «2, 2, 2, 1» ne traduit plus les rapports de force réels entre partis. Les équilibres ont profondément changé et une révision de la formule s’imposera de toute manière. Donc osons! Et si le peuple ne voulait pas tout de suite le grand chambardement, gouvernement compris? Alors votons!

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