Trump superstar de la semaine, voire plus

Chronique

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Une dramaturgie aussi improbable, faisant converger trois événements politiques aussi extraordinaires que déterminants, aurait fait pouffer le plus gogo des spectateurs de la génération Netflix. Mais voilà, les faits sont bien réels. Ils se sont déroulés aux États-Unis. Et ils sont plus inquiétants que drolatiques.

Donc, pour résumer, on a assisté entre lundi et jeudi à l’aube:
1. À la plus lamentable primaire de tous les temps en Iowa, où la section locale du Parti démocrate a provoqué l’enlisement de l’ensemble des candidats plutôt que de «booster» le vainqueur.
2. Au discours de l’état de l’Union le plus agressif, le plus controversé et sans doute le plus mensonger, de l’origine à nos jours, de cette tradition annuelle. Il fut délivré par un président Trump au sommet de sa cote, avant que sa version papier ne fût déchirée par la première dame du Congrès devant des dizaines de millions de télé et webspectateurs.
3. À l’acquittement d’un président menteur au terme de la troisième procédure de destitution de l’histoire américaine.

La politique «made in USA» est spectaculaire au sens le plus cinématographique du terme. Elle est aussi outrageante et déstabilisante. Plus rien ne semble pouvoir arrêter Donald Trump dans sa dérive. Profitant des lacunes du système et de la configuration ultrapolarisée des forces politiques, il menace de dévoyer la démocratie américaine et d’affaiblir durablement des institutions qu’il piétine au quotidien. Dans son camp, il opère une purge continue afin de s’assurer de la fidélité absolue des troupes. Dans toute la procédure d’impeachment, il n’y eut au final qu’une seule et unique voix dissonante chez les élus républicains, celle de Mitt Romney, ex-candidat en 2016. Tous ses coups sont permis car il s’est ménagé des soutiens indéfectibles. La majorité républicaine au Sénat lui assurait d’être blanchi. En 1974, Richard Nixon, menacé d’une procédure de destitution, a préféré démissionner. Bien que les républicains détinssent une minorité de blocage au Sénat (42 sièges), rien ne l’immunisait contre les transfuges. Ses mensonges dans l’affaire du Watergate n’auraient pas tenu. Donald Trump, lui, a parié sur la loyauté des siens, qu’il entretient avec un régime de peur. Être dans le viseur Twitter du président se paie cher et peut briser une carrière, voire un homme. Donald Trump sort donc en grand vainqueur de cette extravagante semaine. Chacun des «événements» a tourné à son avantage.

1. Le mauvais comptage des voix des primaires de l’Iowa constitue un magnifique autogoal démocrate. Le choix de l’Iowa, première primaire, était censé électriser la campagne démocrate et surtout donner des ailes à son meilleur élu dans un show extrêmement scénarisé. Les errances de comptage ont tué le suspense et ruiné l’effet porteur pour Pete Buttigieg, triste vainqueur. Trump, lui, peut moquer et tweeter à cœur joie.

2. Le discours de l’état de l’Union a reçu des acclamations triomphales dans les rangs conservateurs. Le président a fait une démonstration de force. Il s’est posé en commandant en chef de la lutte antiterroriste et surtout en «superbusinessman» qui a redonné vie, confiance et succès à l’économie américaine et à ses travailleurs. Les chiffres lui sont favorables. «It’s economy, stupid», clamait Bill Clinton sur le chemin de la campagne en 1996. C’est toujours aussi juste. L’Amérique peut tout pardonner à son président, sauf le déclin économique.

3. Acquitté par le Sénat, Donald Trump possède désormais l’arme fatale contre ses adversaires: ce serait désormais prouvé, la procédure de destitution engagée par les démocrates n’avait d’autre objectif que de le faire tomber. Pour les démocrates, le revers est destructeur. En engageant cette procédure, ils ont donné au président les verges pour se faire battre.

Personne ne croyait en l’élection de Trump en 2016, pas plus qu’il tiendrait ensuite ses promesses absurdes. Tout le monde s’est trompé. Un deuxième mandat? Inimaginable. Pourtant, aujourd’hui, les experts s’accordent pour donner ses meilleures chances à Donald Trump. Ils peuvent, heureusement, se tromper.

Créé: 07.02.2020, 08h09

Pierre Ruetschi

Journaliste, directeur du Club suisse de la Presse

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