Le travail du CICR, vu de l’intérieur

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Selon le mythe antique du guerrier, son droit de tuer émanait de son acceptation d’être tué. Les techniques de violence ont évolué. Les combattants ne luttent plus les yeux dans les yeux. Ils s’aperçoivent à distance, depuis l’introduction de l’arquebuse puis du fusil. Avec l’artillerie et l’aviation, les conflits se déshumanisent. Les drones sont pilotés depuis des postes lointains; demain, ils seront programmés pour agir de façon autonome. La nature de la guerre a changé et le droit a évolué.

Le cri d’Henri Dunant en 1859, à Solférino, engendra une convention en faveur des blessés sur les champs de bataille. Les expériences des deux Guerres mondiales conduisirent à la signature de nouveaux traités, l’un sur le traitement des prisonniers de guerre (1929) et l’autre sur la protection des populations civiles (1949). Ils constituent les Conventions de Genève, auxquelles deux protocoles furent additionnés, surtout à l’aune des luttes anticoloniales, en été 1977. C’est le maximum que les États ont accepté de respecter.

Le CICR veille à l’application de ces instruments juridiques internationaux. Schématiquement, ils visent à protéger ceux qui ne participent pas, ou plus, aux conflits: blessés, prisonniers et civils. Ils paraissent dérisoires mais sont essentiels, en réintroduisant un peu d’humanité dans la violence. En effet, la victime, quelle qu’elle soit, demeure seule, dans sa douleur et face à son destin.

Ayant été, pendant une décennie (1963-1973), délégué du CICR et après avoir respecté le délai de confidentialité qui m’engageait, je viens de publier un témoignage personnel qui couvre cinq conflits. En Algérie, il s’agissait d’apaiser quelques séquelles de la guerre d’indépendance: disparus et harkis. Au Yémen, il fallut apporter des secours sanitaires et introduire le droit humanitaire dans les tribus, dans des conditions rocambolesques.

Les guerres israélo-arabes des Six-Jours (1967) et du Kippour (1973) furent des conflits interétatiques classiques, sauf que l’un des belligérants n’était pas reconnu par les autres. Enfin, «Septembre noir» (1970), à Amman, opposait deux frères ennemis, Jordaniens et Palestiniens.

Ce petit livre* n’est pas un rapport d’activité ni une réflexion juridique ou politique. Ce sont des souvenirs encore vivaces, présentés sur le ton d’un roman d’aventures: traversées de lignes de front, sauvetage de soldats errant dans le désert, négociations pour des cessez-le-feu, secours alimentaires et médicaux à des hôpitaux sous le feu des combats, visites et rapatriement de prisonniers de guerre, reprise de contact entre personnes séparées par l’occupation militaire, réunions de familles et moult initiatives, simplement humaines, prises dans l’urgence.

Le public en Suisse entend beaucoup parler du CICR, il en aura une vue de l’intérieur.

«Aventurier de l’humanitaire» Marcel A. Boisard, 163 pages, Éd. Panthéon/Hachette

Créé: 24.10.2019, 18h42

Marcel A. Boisard

Ex-délégué du CICR et ancien sous-secrétaire général des Nations Unies

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