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Pour Thanksgiving, une dinde sans Donald Trump

Jean-Cosme Delaloye s’intéresse à la conversation que les familles américaines ont évitée jeudi pour ne pas gâcher la fête traditionnelle.

La dinde est encore dans le réfrigérateur avec les airelles, la farce et les patates douces à l’heure où j’écris ces lignes. Comme chaque quatrième jeudi de novembre, je célèbre aujourd’hui Thanksgiving avec tous les Américains. Depuis mon arrivée aux États-Unis en 2002, j’ai embrassé cette fête qui est aussi importante que Noël ici.

Le fait d’être père de deux jeunes Américains m’a sûrement aidé à adopter cette coutume qui n’était pas la mienne quand j’ai grandi en Suisse. Impossible aussi de vivre aux États-Unis sans s’identifier à cette fête qui célèbre la gratitude et réunit les familles, sans préparer religieusement la dinde le jour J, sans regarder la parade dans les rues de New York le matin de la fête ainsi que le traditionnel match de football américain l’après-midi, et sans conclure la journée autour d’une table en partageant un dîner au début duquel chacun exprime sa gratitude.

«Impossible de vivre aux États-Unis sans s’identifier à cette fête qui célèbre la gratitude et réunit les familles»

Cette année encore, et comme c’est le cas depuis 2016, les familles américaines semblent s’être mises d’accord pour bannir un homme de leurs conversations. À Thanksgiving, la dinde se déguste sans hormones et sans Donald Trump, car la présidence du milliardaire new-yorkais est un sujet toxique, comme me l’avait expliqué Ryan Puhrmann au début mois.

Ce jeune père rencontré à Vinton, un hameau planté en plein cœur des États-Unis, m’avait décrit le fossé intergénérationnel creusé par Donald Trump au sein de sa famille. «Il est très dur d’avoir une conversation sur le président avec mon propre père ou mon beau-père», avait-il expliqué, son fils de 10 mois sur les genoux. Si une moitié des Américains reçoit ses informations de sources totalement différentes de celles de l’autre moitié, ce n’est pas un hasard si nous ne pouvons pas nous comprendre.»

Ryan m’avait expliqué que son père et son beau-père regardaient la chaîne de télévision pro-Trump Fox News. Il en avait conclu qu’ils avaient «des faits totalement alternatifs» aux siens. Stuart Varney, un éditorialiste conservateur sur Fox News, a d’ailleurs illustré ce fossé mardi en affirmant que les supporters de Donald Trump étaient en position de force face aux anti-Trump cette année autour de la table de Thanksgiving.

De tels propos ont de quoi agacer les Américains comme Ryan, fatigués de Donald Trump et du flot ininterrompu des révélations qui accablent le président des États-Unis. D’où la «trêve des confiseurs» qui a une nouvelle fois été conclue au sein des familles américaines pour ce jour de retrouvailles.

Cette perspective a visiblement travaillé Donald Trump. Le président âgé de 73 ans a tweeté mercredi un photomontage pathétique de son visage sur le corps de boxeur de Rocky Balboa pour tenter d’entraîner les Américains, à la table de Thanksgiving, dans un nouveau débat miné sur la perception de sa présidence. Et leur rappeler qu’en général le dindon est accompagné d’une farce.

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