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Téléphone portable et rupture du lien humain

Adulé ou exécré, le téléphone portable est l’objet numéro un de notre vie quotidienne. Regardez autour de vous: il devient difficile de ne pas apercevoir une personne en train de tripatouiller cette petite boîte qui est désormais bien plus qu’un téléphone. Grâce à cet outil, jamais l’homme n’a pu aussi facilement communiquer, s’informer, jouer.

Cela dit, le portable génère divers effets pervers tels que de l’anxiété, un manque de sommeil, des troubles oculaires, une tendinite des doigts et de l’inattention, source de multiples accidents. La mortalité par selfie – l’égoportrait comme disent joliment les Québécois – est en hausse constante.

L’avènement de la société du spectacle présagée par Guy Debord bat désormais son plein, nous procurant du divertissement permanent dans un présent perpétuel galvanisé par les réseaux sociaux. Le succès planétaire de Facebook, qui se moque allègrement de la protection des données, en est l’une des preuves manifestes, en ce sens que chacun peut facilement communiquer avec les autres en temps réel, souvent pour glorifier son propre moi.

Ce qui s’est passé le 16 septembre dernier dans la région de Long Island en dit long, beaucoup trop long hélas, sur l’asservissement de l’être humain au portable. En deux mots, les médias américains rapportent qu’un jeune garçon de 16 ans a été attaqué et poignardé à mort sur le parking d’un centre commercial d’Oceanside, près de New York. À première lecture, ce fait divers m’a paru plutôt banal.

Mais très vite, une précision m’a fait tressaillir, car l’article indiquait qu’une cinquantaine d’ados avaient assisté à la scène de bout en bout, sans intervenir, tout en dégainant leurs smartphones. Selon la police, ces jeunes ont filmé cet adolescent attaqué puis agonisant au sol, avant de poster des vidéos de l’agression sur les réseaux sociaux.

Ébranlé par cette lecture, je n’y ai tout d’abord pas cru, me persuadant que c’était une de ces nombreuses fake news qui germent ici et là. J’ai pensé aussi au film de Stanley Kubrick «Orange mécanique», qui montrait la violence urbaine gratuite pratiquée par un groupe de jeunes déjantés dans une Angleterre futuriste. Hélas, cette histoire est authentique. Elle a même valeur de parabole de notre époque brouillée. Elle nous dit à sa manière le grand danger de la violence et de l’obsession de soi. Plus grave encore, elle nous signale le point de rupture du lien humain que peut générer la pratique obsessionnelle et exhibitionniste du téléphone portable et des réseaux sociaux, qui n’ont jamais aussi mal porté leur nom.

Certes, la non-assistance à personne en danger est un réflexe ordinaire, de même que l’instinct de fuite devant la tragédie. Mais dans le cas précis, les témoins se sont faits complices de la tragédie, en décidant de tirer profit de la scène du crime afin de capter l’attention des «amis» et autres followers. Par ce voyeurisme connecté, le principe d’humanité a été poignardé, en écho morbide à la terrible formule de Régis Debray: «Dans le désert des valeurs, on sort les couteaux.»

Pour faire pièce à ces dérives, il est encore temps de prendre ses distances avec le virtuel et de maintenir le contact avec le monde vivant et ses forêts enchantées. Et de cultiver simplement le temps de vivre.

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