Tango avec l’Iran: et si on invitait Salman Rushdie?

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A la fin d’avril, une cinquantaine de chefs d’entreprise genevois et le ministre de l’Economie Pierre Maudet se rendront en Iran. Partout, c’est la ruée. L’accord sur le nucléaire signé entre ce pays et cinq grandes puissances en juillet dernier a conduit en janvier à la levée des sanctions économiques qui le frappaient depuis douze ans. La page se tourne et la modernisation de cette économie épuisée fait saliver les entreprises du monde entier. Déjà les délégations se croisent: le président iranien est en ce moment en visite officielle en Europe, le président de la Confédération, accompagné par Pierre Maudet, sera à Téhéran à la fin du mois. Le conseiller d’Etat retournera donc à la fin d’avril avec une délégation de l’économie genevoise: «A terme, notre but est de gagner des parts de marché», confie Vincent Subilia, directeur adjoint de la CGI, qui rappelle que «le travail principal de la Chambre consiste à maintenir et développer les emplois dans le canton».

Mais peut-on traiter l’Iran comme n’importe quel autre pays? La question est plus difficile qu’il n’y paraît. Economie mise à part, l’Iran, comme la Turquie, semble désormais faire partie de l’équation qui permettra peut-être de stabiliser un Moyen-Orient dévasté par la chute du régime irakien, l’effondrement de la Syrie et l’essor de l’Etat islamique. En ce sens, la Suisse, qui représente depuis 1980 les intérêts de l’Iran aux Etats-Unis et réciproquement, a raison de s’en rapprocher. Mais de longues pincettes, celles dont on se sert pour dîner avec le diable, dit-on, sont de mise. Car quels que soient son rôle futur au Moyen-Orient et l’état des relations économiques avec la Suisse, l’Iran reste une dictature religieuse, homophobe, misogyne et violente, dont sa population est la première victime. En 2014, ce pays a exécuté au moins 243 personnes, plus de 743 selon Amnesty International. Il réclame la disparition de l’Etat d’Israël, dont il soutient militairement de nombreux adversaires. Depuis 1989, l’Iran demande la tête de Salman Rushdie, même si depuis 1998 le pays affirme ne plus le poursuivre. Une fondation religieuse a toutefois fixé à 3,3 millions de dollars la prime à verser à son éventuel assassin. Questionné sur ces points, le Département présidentiel rétorque que «le Canton est conscient de la situation qui prévaut en Iran» et affirme que «la diplomatie et la politique nécessitent que l’on s’ouvre aux autres pays, permettant un partage des idées et une défense des valeurs démocratiques et relatives aux droits de l’homme».

Certes. Mais concrètement? A l’heure du rapprochement avec l’Iran, le temps ne serait-il pas venu d’inviter Salman Rushdie à l’Université de Genève, comme le demandait une résolution déposée en 1994? Genève et la Suisse démontreraient ainsi concrètement à l’Iran leur engagement pour leurs valeurs, qui ne sont pas à vendre et doivent être réaffirmées. (TDG)

Créé: 28.01.2016, 18h03

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