Suisse-Europe, oser dire l’indicible

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Pauvre Joseph Deiss. Pour avoir répété sa ferme conviction que la Suisse aurait tout à gagner d’une adhésion à l’Union européenne, le voilà couvert d’insultes et même menacé de mort. L’ancien conseiller fédéral, partisan depuis toujours d’une ouverture du pays au monde (il avait plaidé pour l’entrée de la Suisse à l’ONU), défenseur presque contre tous des avantages pourtant indéniables qui seraient ceux d’une participation pleine et entière à la construction européenne, se heurte donc au «Tabuthema» de nos chers compatriotes alémaniques, rangés nombreux sous la bannière d’une UDC toujours gagnante lorsqu’il s’agit des relations de la Suisse avec l’extérieur.

La méfiance vis-à-vis des puissances environnantes est certes inscrite dans les gènes helvétiques. Mais, de grâce, nous ne sommes plus au temps du bailli Gessler ni des troupes napoléoniennes! La place naturelle de la Suisse est au sein de l’Europe qui l’entoure, et non dans un repli souverainiste qui ne peut à la longue que nuire à sa prospérité et vider de toute substance son indépendance.

Mais il n’est pas facile d’en convaincre ses concitoyens, comme l’avait déjà montré le rejet de l’Espace économique européen, qui n’était pas une adhésion bien qu’il lui ressemblât beaucoup. On a préféré ourler un tissu d’accords bilatéraux qui épuisent les protagonistes à force de contorsions et finissent eux aussi par n’être que du pareil au même. Il y a jusqu’aux Pro-Européens à ne plus sembler totalement convaincus; en tout cas, ils n’affichent plus leurs préférences. Quand moins d’un dixième de l’opinion partage vos idées, vous n’êtes plus très certain d’avoir raison.

Et pourtant. Les bénéfices économiques de la participation au marché unique sont impressionnants. La libre circulation des personnes fonctionne. Elle comble les failles du marché de l’emploi domestique sans effet autre que purement marginal sur les taux de salaires, et encore dans les quelques rares branches où des abus isolés sont pourchassés avec la dernière détermination. L’alignement sur les normes européennes, en rien différent de ce qu’impliquerait leur adoption en situation d’appartenance à l’Union, protège la Suisse de pressions extérieures bien plus menaçantes car émanant d’espaces concurrents encore plus agressifs.

Il fut un temps où le multilatéralisme nous protégeait des abus de pouvoir en matière commerciale. Malheureusement, comme le constatait avec nous le regretté secrétaire d’État Franz Blankart, la volonté d’hégémonie des grandes puissances dans d’autres parties du monde en a enterré le principe. Les tentatives de rapprochement sur une base bilatérale que mène aujourd’hui notre diplomatie avec les États-Unis ou la Chine n’augurent à vrai dire rien de très équilibré, moins en tout cas que celles auxquelles notre pays participerait en tant que membre de plein droit d’une UE pesant d’un tout autre poids.

Las. Ce ne sera sans doute ni cette génération, ni la suivante, qui se rendra enfin à l’évidente nécessité de rejoindre le giron européen.

Créé: 15.07.2019, 17h59

Marian Stepczynski

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