Qui en Suisse serait assez bête pour parler de «nos ancêtres les Helvètes»?

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Entendre Nicolas Sarkozy à l’heure du déjeuner, ce n’est déjà pas un plaisir. Mais l’entendre parler d’assimilation façon «nos ancêtres les Gaulois», cela fait avaler de travers. Il l’a dit, il l’a répété, l’histoire de ses ancêtres hongrois et grecs ne l’intéresse pas.

Né Français, seule l’histoire de Vercingétorix le concerne. Et que ceux qui ont comme lui des aïeux au-delà des frontières de la République les oublient! Qu’ils adoptent ceux de leurs voisins, de leurs élus ou de leurs ennemis, pourvu que ce soient de bons Gaulois!

Ce discours électoraliste insane résonne encore à mes oreilles, quand une affichette placardée sur la vitrine de la Società Dante Alighieri attire mon attention courroucée. Elle donne rendez-vous aux curieux d’histoire le samedi 24 septembre à 10 heures devant la cathédrale Saint-Pierre à Genève. Le thème de cette visite commentée est «Les Italiens qui ont fait Genève et les Genevois qui ont fait l’Italie». N’en déplaise au candidat Sarkozy, l’organisateur est l’Alliance française de Genève!

L’annonce de cette intéressante matinée est accompagnée d’un résumé des liens qui unissent Genève à l’Italie depuis le temps des foires du Moyen Age jusqu’à l’époque contemporaine. Il y sera question des citadins éclairés du XVIe siècle, venus des républiques italiennes à Genève pour y exercer leur commerce hors de portée du Vatican; l’un d’eux traduit pour la première fois la Bible en italien. Plus tard, on verra des descendants d’Italiens aux plus hautes charges de la République. Celle-ci fera appel à des architectes italiens pour reconstruire le porche de Saint-Pierre et les Camoletti, auxquels on doit le Musée d’art et d’histoire et la poste de la rue du Mont-Blanc, sont originaires de Novare.

Ces détails nous rappellent qu’en Suisse, la phrase «nos ancêtres les Helvètes» sonnerait aussi absurdement qu’en France «nos ancêtres les Gaulois». D’ailleurs, personne ne l’a jamais prononcée. Elle nierait l’essence même de l’esprit suisse, forgé par les alliances entre populations voisines, affiné au rythme des arrivées de l’étranger et des départs vers l’étranger.

A Genève comme ailleurs en Suisse, chacun sait d’où il vient et ne s’en cache pas, même si des générations séparent le citoyen d’aujourd’hui de son aïeul venu d’ailleurs. Nier ses racines empêche de se sentir bien sur un sol inconnu et de s’y développer utilement. Si un candidat à la présidence d’un pays comme la France refuse de tenir compte de cette vérité-là, c’est qu’il est guidé par sa seule ambition.

Celle-ci l’égare au point de le faire ressembler à tel dictateur du siècle dernier qui aurait voulu que tous ses sujets fussent les enfants blonds d’une même légende nordique.

(TDG)

Créé: 20.09.2016, 19h40

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