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La Suisse n'aime pas assez ses femmes

Mais qu’est-ce que la Suisse a donc contre les femmes? Leur émancipation n’en finit pas de traîner et de capoter, rencontrant au fil des années de nouveaux obstacles qu’on croyait d’un autre temps. Cette année, une grève féministe veut marquer un tournant, une rupture avec cette histoire contrariée. Elle aura lieu le 14 juin, en commémoration de la grande grève de 1991, qui vit un demi-million de femmes manifester pour l’égalité dans tout le pays.

Bien qu’inscrite depuis 1981 dans la Constitution, cette égalité tarde à s’inscrire dans la réalité. Pire, dans certains domaines, elle régresse. Dans une étude que vient de publier ces jours l’Office fédéral de la statistique, on apprend que l’écart salarial discriminatoire entre les hommes et les femmes se creuse. La part du différentiel, qui ne s’explique ni par le niveau de formation ni par les responsabilités ou l’âge, aurait progressé, passant de 39,1% à 42,9% entre 2014 et 2016. On peut craindre que cela ne se soit pas arrangé depuis…

Qu’il ait fallu attendre le 6 mars 1960 pour que les citoyennes de Genève obtienne le droit de vote cantonal – et Genève fait partie des premiers cantons à l’avoir accordé! – n’était pas le signe d’une urgence paritaire. Qu’il ait fallu attendre le 7 février 1971 pour qu’une votation populaire impose le droit de vote et l’éligibilité au niveau fédéral l’était encore moins! Il n’y a guère qu’Andorre, le Portugal débarrassé de la dictature salazariste, l’Espagne sans Franco et le Liechtenstein qui n’aient accordé le vote encore plus tard.

L’année 2019 pourrait aussi être marquée par une avancée ou plutôt un rattrapage en matière de congés parentaux. Car sur ce chapitre aussi, la Suisse n’est pas un modèle de modernité. En Europe, elle se distingue en effet. Non seulement le congé maternité est un des plus courts (14 semaines) et un des moins bien rémunérés, mais le congé paternité, qui s’est installé partout sur le Vieux-Continent, ne parvient pas à naître en Suisse.

Le droit suisse ne prévoit en effet ni congé paternité, ni congé parental. Un papa n’a droit qu’à un jour pour une naissance: pas plus que pour un déménagement. On ne compte pourtant plus les propositions lancées au parlement. Las. Un congé paternité de deux semaines pourrait peut-être introduit en Suisse en 2019. Le PDC défendait déjà cette option en 2014. Et la gauche aussi depuis longtemps. Mais PLR («Trop cher!») et UDC («Fantaisiste!») s’y opposent fermement.

La Commission de la sécurité sociale du Conseil des États a mis ce projet en consultation jusqu’au 2 mars. Elle le présente comme un compromis. Mais le Conseil fédéral a appelé à son rejet, sans contre-projet. Permettre aux parents de partager en partie des droits à des congés s’impose petit à petit partout ailleurs. En Suisse, la Commission fédérale de coordination pour les questions familiales propose 38 semaines depuis 2010, sans être suivie. La moitié des pays de l’OCDE accordent des congés maternité ou parentaux d’au moins 43 semaines. Et la Suisse n’est pas le pays le plus pauvre de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Il aura fallu du temps aussi pour que la définition du viol en Suisse soit élargie. Le viol conjugal n’est reconnu que depuis 2004. Celui des hommes devrait l’être. Quant aux peines à l’encontre des violeurs, elles sont bien moins lourdes en Suisse qu’en France, par exemple. Faut-il rappeler que dans les années 60, le concubinage était interdit? Et qu’il a fallu attendre l’an dernier pour que les concubins puissent adopter l’enfant de la personne avec qui ils sont en couple?

Les femmes suisses, mais surtout les hommes, et notamment ceux qui sont élus, pourraient se demander si le bon vieux conservatisme sociétal suisse est à même de répondre aux désormais pressantes demandes d’amélioration de la condition des femmes.

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