Vers une société de «misinformation»?

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Ce vendredi 14 septembre, la Ville de Genève organisait une conférence #ActMedia. En toile de fond, la disparition progressive des titres de presse écrite. L’occasion nous a été donnée d’alerter et de réfléchir sur le risque de la mise en place progressive d’une société de «misinformation». Nous avons recours à ce terme anglais car il traduit deux idées: d’une part, l’idée de désinformation et, d’autre part, l’idée d’une information fausse, erronée, volontairement ou non d’ailleurs.

Les incitations à produire une information de qualité n’existent plus

Pourquoi ce risque existe-t-il? D’abord, nous nous éloignons peu à peu du mythe de la société de l’information. Ce mythe a été alimenté par la montée en puissance des technologies de l’information, par l’accélération des transferts d’informations grâce à des réseaux de plus en plus performants. Mais peu à peu, les GAFA, symbole de ce «nouveau monde», ont accru leur puissance non seulement technologique, mais aussi économique. Aujourd’hui, les GAFA et Microsoft ont ensemble une capitalisation boursière supérieure de près de 50% au PIB de l’Inde, pays qui compte 1,3 milliard d’habitants!

Cette progression exponentielle des capacités des GAFA a eu pour corollaire un double phénomène. D’une part, la baisse brutale des ressources publicitaires des médias, et en particulier de la presse écrite. D’autre part, la concentration comme réponse économique, seule possibilité à court terme pour assurer la survie de certains médias. Les GAFA captent les ressources publicitaires et contrôlent la diffusion d’informations de ces mêmes médias traditionnels. Pour des journaux tels que «Le Temps» ou la «Tribune de Genève», il apparaît que Facebook contrôle environ 90% du trafic provenant des réseaux sociaux et entrant vers ces journaux. Google a la même hégémonie pour le trafic provenant des moteurs de recherche.

Étranglés du point de vue économique, ultradépendants du trafic issu des réseaux sociaux ou des moteurs de recherche, les titres de presse écrite disparaissent les uns après les autres. La concentration atteint des niveaux élevés, mais surtout il y a de moins en moins de journalistes, qui sont les premiers, voire les seuls, producteurs d’information.

La «misinformation» devient le nouveau substrat de nos sociétés. Une enquête du Pew Research Center montre que les experts ne sont pas convaincus quant à la capacité de nos sociétés de faire prévaloir l’information de qualité dans l’écosystème informationnel du futur. Au contraire, certains auteurs montrent que les milliers de forums, de blogs et d’informations alternatives envahissent la Toile, avec, à la clé, rumeurs, «fake news», etc.

Le mécanisme à l’œuvre est très simple: les incitations à produire une information de qualité n’existent plus. Le nombre de journalistes diminue de façon accélérée, alors que les capacités de diffusion d’informations permises par l’essor des technologies (les réseaux) et des matériels (les écrans: tablettes, smartphones ou portables…) n’ont jamais été aussi élevées. La population cherche et échange de plus en plus d’informations en ligne. L’écart se creuse entre la production d’informations de qualité, de plus en plus raréfiées, et les besoins des utilisateurs. La nature a horreur du vide: cet écart, ce besoin croissant d’informations, est comblé par la «misinformation»… (TDG)

Créé: 13.09.2018, 16h11


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