Qui sème le vent, ramasse la tempête…

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Selon un rapport récent de World Inequality Database (https://wid.world/document/bcg2019-full-paper/) sur les inégalités en Europe, le 1% de la population la mieux lotie en Europe, aurait capté en presque 40 ans (1980-2017) 17% des fruits de la croissance générée pendant cette période, alors que les 50% les moins prospères auraient capté 15%.

Ce seul ratio suffit pour montrer que l’écart n’est pas sur le point de se refermer, en effet presque systématiquement sur la période et à travers tout le continent, le taux de croissance du haut de la pyramide des revenus était supérieur de plusieurs points de pourcentage à la vitesse d’augmentation de la base de cette même pyramide. Cela est vrai aussi de la Suisse. Cette étude montre aussi que c’est parmi les nouveaux pays membres de l’Union européenne, notamment la Pologne, que l’on trouve les situations où les inégalités progressent le plus rapidement.

De telles observations posent une question essentielle: est-ce que le jeu de la croissance en vaut la chandelle? Si, paradoxalement, la croissance contribue à détériorer – certes en termes relatifs seulement – les situations les plus fragiles, faut-il déployer tant d’efforts pour faire croître l’économie nationale?

Or, la croissance économique n’est pas un phénomène naturel, elle est le résultat d’efforts consentis par tous, les collaborateurs au premier chef. C’est l’ouvrier, le travailleur de chantier, ou l’employé de commerce qui doit trouver les moyens de faire plus et plus vite avec le concours de sa hiérarchie et grâce, parfois, à des outils plus performants.

Or, au bout du compte, les fruits de ces «gains de productivité» lui échappent en grande partie, on pourrait même ajouter après la lecture de l’étude en question – chaque année un peu plus. Une des raisons, probablement la principale, vient du fait que c’est le capital qui capte une part tendanciellement croissante du produit national, or le capital – actions et sociétés – est détenu davantage par les 1% des revenus les plus hauts que par les 50% les plus bas.

Ce sont donc les écarts de salaires mais surtout ceux des revenus de la propriété qui creusent les différences. En conclusion, une baisse du rendement du capital – lequel en dépit des taux d’intérêt proches de zéro se porte bien – serait une solution pour réduire la montée en épingle des inégalités. Or, un des arguments – martelé ad nauseam – au moment de toutes les votations, consiste à dire «ne touche pas au rendement de capital» puisqu’il va s’en aller de l’autre côté de la frontière. Avec cet argument le haut du pavé de la distribution des revenus gagne bataille après bataille, en Suisse comme en Europe.

Le vécu de l’inégalité croissante est sans doute pour beaucoup dans le repli identitaire que l’on détecte aux quatre coins de l’Europe en cette veille d’élections. La volonté de reprendre le contrôle – le «take back control» du début de Brexit – s’adresse aussi aux niveaux de la rémunération des capitaux. À force d’augmenter sa part aux gains de la croissance, le capital-risque aujourd’hui en Europe un retour de balancier: réduction de la mobilité et réduction des rendements.

Dans cette perspective, le populisme serait plus une conséquence de l’injustice flagrante en matière de répartition des richesses, qu’une cause à proprement parler. Qui sème le vent, ramasse la tempête…

Créé: 16.05.2019, 18h18

Paul H. Dembinski

Directeur de l’Observatoire de la finance

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