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Les rues se féminisent

Le projet inquiète l’Association pour l’étude de l’histoire régionale, mais les historiennes de 100Elles restent inflexibles.

Herrmann

En annonçant son intention de demander le changement du nom de plusieurs rues en faveur de personnalités féminines, la Ville de Genève a fait réagir de nombreux Genevois. Le projet de rayer du plan de Genève des noms anciens et respectables les a surpris et peinés. L’Association pour l’étude de l’histoire régionale (AEHR) s’en inquiète, mais les historiennes de 100Elles restent inflexibles.

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Espérons que la raison historique reviendra

L’Association pour l’étude de l’histoire régionale (AEHR), dont le but est de promouvoir l’histoire de Genève et de sa région, n’est pas du tout opposée à la féminisation de l’espace public, qui passe aussi par celle des noms de rues. À chaque création de rue ou de place, on doit pouvoir trouver une dénomination se référant à une femme. Toutefois, cela doit se faire avec méthode, dans le respect de la loi et de la mémoire historique.

Genève ne manque pas d’historiennes et d’historiens professionnels soucieux du patrimoine historique, qui auraient pu – qui pourraient encore – offrir de judicieux conseils.

Aujourd’hui il est donc temps d’introduire dans l’espace public des «noms de personnalités féminines ayant marqué l’histoire genevoise». Bien sûr, cette appréciation varie suivant les époques. Choisir des noms de femmes qui n’ont qu’un lien ténu avec Genève n’est certainement pas la meilleure manière d’atteindre le but poursuivi.

Qui connaît cette déléguée internationale qui remplacerait la rue de la Scie, nom provenant du nant de la Scie, lequel évoque la scierie établie à cet endroit dès le XVIe siècle?

Comment imaginer qu’un compositeur mondialement connu comme Frank Martin puisse être éliminé froidement de l’espace public sans même être remplacé par une compositrice genevoise – lesquelles sont d’ailleurs curieusement absentes de la liste proposée?

On peut difficilement admettre que les Genevois puissent renoncer à de beaux noms, chargés d’histoire et connus de tous. Il est toujours regrettable de supprimer des dénominations qui ont une certaine valeur concrète ou affective.

Le changement de nom d’une rue est une opération délicate qui ne peut se faire dans la précipitation, et ce d’autant moins qu’il est destiné à durer. Le plus gênant nous paraît, bien que tout choix soit subjectif, que les noms retenus (par qui, la Ville de Genève, la Commission cantonale de nomenclature?) ne semblent pas tous s’imposer comme des marqueurs de la mémoire féminine genevoise, alors que d’autres personnalités paraissent davantage dignes de figurer dans la toponymie d’une ville ouverte et cosmopolite.

On pourrait objecter, et elle ne s’en fera pas faute, que la Ville ne fait que suivre une motion votée par le Grand Conseil. Cette objection aurait plus de poids si le Conseil d’État et le Conseil administratif ne se reposaient pas sur des dizaines de motions parlementaires (non contraignantes) restées sans suite.

L’AEHR espère que dans ce dossier, la raison historique reviendra et qu’il ne sera pas nécessaire d’attaquer le futur arrêté du Conseil d’État.

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N'attendons pas de nouvelles rues!

Par les historiennes de 100Elles et de l’Escouade (l’Escouade est une association féministe fondée en 2017 qui a pensé et réalisé le projet 100Elles pour les noms de rues)

Au nom du projet 100Elles, les membres du collectif l’Escouade et des historiennes de l’Université de Genève tiennent à exprimer leur soutien à la modification de seize intitulés de plaques de rue à Genève.

Nous sommes convaincues que la proposition de la Ville gagne encore en importance dans le contexte actuel de la pandémie du Covid-19, où de nombreuses professions et occupations jusque-là considérées comme peu qualifiées se révèlent essentielles au bon fonctionnement de la société. L’un des éléments fondamentaux du projet 100Elles est justement de reconnaître des parcours de vie qui ont été rendus invisibles.

La proposition de la Ville vise à mettre en lumière la présence de femmes dans l’histoire de la ville et du canton.

À travers la pérennisation de seize plaques de rue posées dans le cadre du projet 100Elles, les habitant·e·s de tout âge, et surtout les plus jeunes, pourront découvrir des femmes qui ont – elles aussi! – fait de Genève le lieu cosmopolite et vivant qu’il est aujourd’hui. Les personnalités choisies incarnent une riche diversité de parcours sur le plan social, à l’image des trois blanchisseuses du début du siècle, dont la mort accidentelle initia une meilleure protection des ménagères de la classe ouvrière. Il y aura aussi une rue Alice-Favre, qui fut directrice de la Croix-Rouge genevoise pendant la Première Guerre mondiale, jouant un rôle local primordial, et pourtant largement oublié, dans une période de crise majeure. Et une rue Grisélidis-Réal, personnalité courageuse, reconnue pour son combat de prostituée et son engagement d’artiste. Aujourd’hui plus que jamais, ce choix pluriel est nécessaire pour prendre en compte l’ensemble de la population lorsqu’il s’agit d’honorer la mémoire d’une ville.

Nous nous réjouissons de la proposition de rebaptiser des rues et des places centrales de Genève et, de ce fait, de ne pas cantonner les noms féminins aux possibles nouvelles rues et ruelles, éloignées du centre-ville et souvent plus petites ou peu fréquentées; une option qui reproduirait symboliquement la marginalisation historique des femmes. Lise Girardin a été la première Suissesse à exercer la fonction de maire. Elle peut bien occuper la place des Vingt-Deux-Cantons.

Il est primordial et urgent de reconnaître le rôle fondamental qu’ont joué toutes ces femmes, blanchisseuses, politiciennes, philanthropes, prostituées, scientifiques, ouvrières, journalistes, vendeuses ou artistes dans l’histoire de Genève et de leur accorder une place dans la mémoire patrimoniale.

L’arrachage violent d’une trentaine de plaques provisoires montre à quel point le soutien à cette proposition est fondamental pour que soit définitivement reconnue l’importance de toutes et tous dans notre société.

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