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Du rôle de l'OMC et des autorités dans la crise viticole suisse

Le coronavirus, outre ses méfaits sur la santé humaine, a gravement perturbé l’économie mondiale. Ce phénomène est encore aggravé pour les entreprises suisses qui, du fait de la mondialisation, s’approvisionnent en fournitures de base à l’étranger, notamment en Chine.

Il y a bien longtemps que les paysans subissent les impacts négatifs de la mondialisation organisée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La grande erreur des dirigeants de la planète est d’avoir voulu intégrer l’agriculture à l’OMC et la traiter comme l’industrie et les services. Ce fut une grave faute. En effet, l’agriculture est liée au sol et donc étroitement dépendante du climat, contrairement aux autres secteurs de l’économie. De plus, elle n’est pas délocalisable. En fait, le volet agricole de l’OMC est la plus grande escroquerie politico-économique de l’histoire de l’humanité: ces règles ont ruiné les agriculteurs des pays en voie de développement et sévèrement appauvri les familles paysannes des pays occidentaux. D'autre part, elles favorisent le profit immédiat au détriment de toutes considérations sociales et environnementales.

Il est vrai que ceux qui négocient à l’OMC n’ont appris l’économie qu’à l’université et dans les livres, ils n’ont pour la plupart jamais dirigé une entreprise, jamais rien ne produit, ni acheté, ni vendu. Des technocrates pur sucre.

Aujourd’hui, la viticulture est victime de l’OMC et subit une grave crise. Or, elle n’est pas due à une surproduction locale: les vins suisses ne représentent que 35% de la consommation du pays contre 65% de vins étrangers. Voilà les dégâts de l’OMC. Certes, il est prévu une clause de sauvegarde pour protéger l’agriculture suisse. Or, selon les décideurs, elle ne peut être actionnée car le contingent d’importation, inscrit à l’OMC, n’est pas entièrement utilisé et la crise est avant tout la résultante du marché indigène. Mais ce sont les vins étrangers qui perturbent ledit marché!

Le courage pour agir n’est pas au rendez-vous! Les autorités politiques et administratives, après discussion avec les organisations viticoles, ont débloqué des sommes substantielles pour promouvoir la consommation de vins du pays. Est-ce suffisant? Cet argent va avant tout profiter aux distributeurs. Et à quel prix vont-ils acheter les vins? Aujourd’hui, non seulement les vignerons sont en grave difficulté, mais des organisations (coopératives ou privées) sont en danger de survie. Plus dramatique, des secteurs du vignoble risquent de se retrouver en friche ; c’est l’abandon du territoire et à terme la désertification. Ce n’est ni plus ni moins de la part des décideurs et vu leur passivité, qu’une trahison passive.

En 30 ans, la consommation totale des vins en Suisse a diminué de 50 millions de litres. La solution efficace à cette crise est d’obtenir une forte diminution du contingent d’importation fixé par l’OMC, seule condition pour obtenir des prix rémunérateurs pour les vins indigènes. Ces accords ne sont pas gravés dans le marbre. Pourquoi ne pas renégocier vu les changements intervenus en 30 ans? Un ancien vigneron vaudois est en charge de l’agriculture au Conseil fédéral, il devrait être sensible à cette problématique et avoir le courage de revoir cet accord catastrophique et scélérat, notamment pour le secteur viticole. Aujourd’hui, les vignerons doivent adapter leur production aux importations en arrachant des vignes. C’est le monde à l’envers!

Faire de la promotion, c’est se donner bonne conscience à bon marché. Il est urgent d’agir. Le laisser-faire des autorités est plus proche de la nullité que de l’excellence. S’ils devaient être notés, ils n’obtiendraient même pas un zéro, car zéro, c’est encore quelque chose.

John Dupraz, Paysan et ancien conseiller national

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