Pourquoi la RIE III va détruire des emplois

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La surenchère de cette fin de campagne sur la RIE III est à la hauteur des cadeaux fiscaux qu’empocheront les Credit Suisse, Richemont et autres grandes entreprises: après les citations truquées et les manipulations de photos, voici que les partisans brandissent l’épouvantail de la perte d’emplois. Selon EconomieSuisse, pas moins que 200 000 postes seraient menacés en cas de refus de la réforme, carrément 60 000 à Genève à en croire le grand argentier cantonal!

En cas d’acceptation, au contraire, on nous promet monts et merveilles, notamment sous forme de plusieurs centaines de milliers d’emplois créées par les PME. Or, le chantage sur le départ immédiat et simultané de toutes les multinationales n’est qu’une imposture. La très sérieuse NZZindiquait récemment que la charge fiscale n’était que le quatrième facteur de compétitivité pour les multinationales, loin derrière le niveau de qualification de la main-d’œuvre locale, la qualité des infrastructures publiques et la stabilité politique. Elles iraient où d’ailleurs? En Roumanie ou aux Emirats arabes unis, pays au taux fiscal comparable voire inférieur à celui visé par la réforme? C’est peu probable. Ou a-t-on déjà oublié Merck Serono, parti en Allemagne où l’imposition est nettement supérieure au niveau suisse?

C’est vrai, certaines entreprises à statut spécial, telles que les sociétés de négoce, risquent de vouloir profiter de la baisse d’impôts annoncée à Londres et aller s’établir outre-Manche. On parle de quelques milliers de postes de traders, postes dont les retombées pour la population locale sont à mettre en relation avec l’utilité sociale des dizaines de milliers de postes d’infirmières, d’enseignants et autres employés publics qui risquent réellement de disparaître. Car c’est là la véritable arnaque des partisans de la réforme, qui taisent les conséquences sur l’emploi des quatre milliards de francs qui manqueront aux collectivités publiques pour financer les prestations publiques et le personnel qui les fournit, mais aussi en termes de soutien direct aux emplois dans les PME par le biais des marchés publics ou autres subventions.

Car cette réforme n’est pas taillée pour les PME. Au contraire, la majorité des PME n’en sentira aucun impact, car 81% d’entre elles ne réalisent pas ou presque pas de bénéfices. Par contre, elles verront leur charge fiscale augmenter, si l’on se tient à l’introduction d’une taxe de 0,22% sur la masse salariale prévue par le projet d’application genevoise de la RIE III.

Non, les véritables bénéficiaires de la RIE III sont les sociétés qui font plus d’un million de bénéfices, notamment dans le secteur bancaire (destructeur net d’emplois en 2016) ou horloger (avec des groupes comme Richemont qui ont licencié plusieurs centaines de travailleurs tout en payant 800 millions de dividendes aux actionnaires). Des sociétés, dont le 80% des actionnaires sont sis à l’étranger et qui verront le cadeau fiscal s’évaporer dans des fonds souverains au Qatar ou à Singapour sans créer un seul emploi.

Pour défendre non pas les actionnaires, mais les emplois, on ne peut que voter non le 12 février.

Créé: 23.01.2017, 18h13

Alessandro Pelizzari, secrétaire syndical UNIA (Image: DR)

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